Ouverture du Centre Culturel
Européen à Suleymanié
par Philippe GAPET
Paris, 11 juillet 2006
Aprés deux longues années de
travail, de doutes et d'incertitudes, un centre culturel francophone
voit enfin le jour à Suleymanié au Kurdistan irakien
(cf. UPF janvier 2005).
Trop longtemps réticentes ou absentes, les
autorités françaises semblent manifester depuis
peu un intérêt nouveau mais certain pour le projet
: preuve en est la visite du premier conseiller de l'ambassade
de France à Bagdad à la fin du mois de juin 2006.
Accompagné du conseiller culturel, il a pu visiter les
locaux du centre à quelques jours seulement du démarrage
officiel de ses activités. Les contacts pris sur place
avec le directeur du Centre culturel européen de Suleymanié,
Aram Saeed, un journaliste kurde francophone, ont été
très positifs et des promesses d'aide ont même été
prononcées ... Evolution d'une situation qui doit être
soulignée et efforts de l'ambassade qui ne peuvent qu'être
encouragés.
Le centre culturel a un format réduit pour
l'instant, ne disposant pas d'un budget de fonctionnement à
la mesure de grandes ambitions; pourtant les idées sont
là et ne demandent qu'à être soutenues. Le
local, implanté dans le centre de Suleymanié, permet
d'accueillir deux classes d'anglais et deux classes pour des cours
de français s'adressant exclusivement aux débutants.
Un cours de peinture est assuré par un professeur de la
faculté des beaux arts de Suleymanié. Ce cours,
destiné aux étudiants qui souhaitent intégrer
cette école, sert de classe préparatoire à
l'année universitaire. Le centre dispose d'une bibliothèque
de taille modeste qui ne demande qu'à s'enrichir de nouveaux
ouvrages. Le bon fonctionnement du centre devrait permettre de
développer des activités fortement demandées
localement comme la musique, le théâtre, la photo
et la vidéo. Le conservatoire de musique de Suleymanié,
qui recherche un professeur pour l'enseignement des instruments
à vent, souhaiterait vivement un Français pour assurer
ces cours... Quant au théâtre, les activités
sont prévues en 2007, tout comme la photographie et la
vidéo sous forme d'expositions mais aussi de cours techniques.
Le centre est un formidable vecteur pour la francophonie
et toutes les activités qui s'y rattachent. Il devrait
permettre des échanges fructeux dans les domaines de la
sociologie, l'anthropologie, l'histoire ou encore l'archéologie.
Sur ce dernier point, le Kurdistan recèle des trésors
encore enfouis et qui mériteraient toute l'attention des
spécialistes mondiaux pour les mettre à jour et,
surtout, les protéger de la convoitise des pillards en
col blanc et des marchands sans scrupules qui rodent dans la région
...
Le centre souhaiterait se doter d'un magazine mensuel
bilingue, français et anglais. La publication de livres
est également possible grâce aux coûts de fabrication
peu élevés. Nombreux sont les francophiles qui souhaiteraient
pouvoir lire les plus grands auteurs en traduction kurde, mais
aussi directement en français.
Finalement, ce projet de centre culturel lancé
il y a à peine plus de deux ans, grâce à des
initiatives personnelles et à l'aide du gouvernement local
et de partenaires extérieurs (dont l'UPF), a donc pu voir
le jour en juillet 2006.
Une aide concrète du gouvernement français
serait un signal fort dans cette région où régnent
la paix et la sécurité, et entraîner le développement
d'autres secteurs d'activité, en particulier dans le domaine
économique où les perspectives sont importantes
... d'autres pays européens sont déjà passés
à l'action, mais il n'est pas encore trop tard pour les
francophones dans une région ou les intellectuels citent
couramment Rousseau, Hugo ou encore Sartre dans la conversation....
Le rayonnement du français dans le monde
passe aujourd'hui par une réelle volonté politique
de la France, car sur le terrain les volontaires sont déjà
là, effectuant un travail considérable, loin de
toute publicité et récupération médiatique,
dans un seul but : faire que dure cette flamme qui brille encore
de par le monde ...
Philippe GAPET
Paris, 11 juillet 2006