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Paris, jeudi 23 janvier 2003

Remise des insignes de Commandeur
dans l'ordre national du Mérite
à
René FINKELSTEIN
administrateur et membre fondateur
de la Section française de l'Union internationale
de la presse francophone (UPF)

René Finkelstein est administrateur du Revenu français. Il a débuté dans le journalisme au quotidien L'Aube, après la Libération. Directeur général des Editions Fleurus, puis responsable aux Editions du Rond-Point, il a été président du Syndicat de la presse hebdomadaire, et membre de la Commission, puis de la commission supérieure de la carte d'identité des journalistes professionnels.

* Réponse
de René Finkelstein

Discours de Jacques MAROT
ancien président de la section française
de l'Union internationale des journalistes
et de la presse de langue française (UIJPLF),
ancien inspecteur général de l'AFP.

Monsieur,

J'emploi ce mot à dessein, car il ne s'agit évidemment pas d'un discours de réception à l'Institut, mais il me plait assez pour donner à cette amicale rencontre une sorte de solennité, j'allais dire, pour être à la mode, "un espèce" de solennité.
Mais vous n'auriez pas manqué de me corriger.

Je me sens seulement totalement écrasé par la charge que vous avez mise sur mes épaules car je n'oublie pas qu'entre la Légion d'honneur, les Palmes académiques, le Phoenix de Grèce, vous avez été décoré chevalier de Saint-Grégoire par Pie XII lui-même.

Avouez que la comparaison n'est pas à mon avantage mais je suis flatté que vous ayez demandé à un ancien président de la section française le jour même de notre assemblée générale, de vous décorer au titre de fondateur de notre Union.

L'idée d'une Union internationale de la presse de langue française était venue à Dostaler O'Leary, correspondant de Radio Canada à Paris, québécois bon teint à l'accent discret mais évident, homme jovial, qui avait cette particularité pour un journaliste d'être propriétaire d'un hôtel particulier dans le 16e arrondissement.

Le projet n'était sans doute pas dénué d'arrière-plan plus politique mais vous l'avez, tout de suite, ainsi que Max Jalade et Roger Queyroi, soutenu avec enthousiasme et convaincu de vous accompagner dans cette entreprise quelques confrères comme, je cite de mémoire et parmi d'autres Régis Brayer que je n'ai connu que plus tard mais toujours loquace et Roger Dapoigny dont un des titres de gloire était d'avoir conduit des locomotives à vapeur aux Etats-Unis où, à un moment difficile de votre vie, vous avez envisagé d'aller enseigner.

Vous aviez les qualités et les titres nécessaires puisqu'après avoir préparé Khâgne à Condorcet, vous étiez devenu, tout jeune, agrégatif en Sorbonne et diplômé d'études littéraires supérieures. Il est vrai que vous aviez passé votre baccalauréat à 15 ans. Je dois sans doute y voir l'excellence de l'enseignement des oratoriens où vous avait placé votre mère, catholique, qui avait avant son mariage, sans difficulté, convaincu un jeune Polonais dont elle était amoureuse, de partager la foi de sa propre famille. Elle-même chimiste, biologiste, est l'auteur d'une thèse importante sur le pancréas.

Votre existence paraissait toute tracée et consacrée à la philosophie. La guerre en a décidé autrement et après deux ans de France Libre vous vous retrouvez à " L'Aube " en 1945, puis rapidement directeur général des Editions Fleurus avant de prendre des responsabilités aux Editions du Rond-Point.

Parallèlement vous avez exercé d'importantes fonctions qui ont fait de vous un personnage important de la presse française, parmi lesquelles, je retiens que vous avez été, longtemps, secrétaire du Syndicat de la Presse hebdomadaire sous la présidence d'Emilien Amaury, donc vous étiez de droite, puis de Georges Montaron, donc vous étiez de gauche (ces Français sont incorrigibles), et pendant plus de trente ans vous avez été membre de la Commission puis de la Commission supérieure de la carte de journaliste professionnel.

Le Petit Larousse donne du journaliste professionnel la définition qui est exactement celle de la Commission pour laquelle l'aspect financier, si étonnant qu'il soit, correspond à une évidente nécessité.

Le " Dictionnaire Plus " se livre, lui à une sorte de " thème et variation " : rédacteur, chroniqueur, courriériste, reporter, grand reporter, libelliste, correspondant, pamphlétaire, journaleux, plumitif, fulliculaire. Il y manque, photographe, agencier, l'indispensable secrétaire de rédaction et l'assez étonnant et nouveau "journaliste d'investigation" comme si tous les autres attendaient benoîtement, de je ne sais qui, une information précuite.

Le métier de journaliste est difficile pour soi et pour les autres. Il y faut de la rigueur et beaucoup d'humilité. C'est un travail d'équipe. En sports si l'on retient le nom du marqueur ou du joueur qui transforme l'essai il a fallu que vingt deux jambes ou trente six mains aient permis à la balle d'être du bon côté.

Même si comparaison n'est pas raison c'est naturellement ce que vous avez appris aux étudiants de la section journalisme du Centre d'études littéraires et scientifiques appliquées que vous avez porté sur les fonds baptismaux et suivi de près dans le cadre de la Sorbonne. Il s'agit de jeunes gens, déjà titulaires d'un diplôme d'études supérieures, tentés par le journalisme. Ils savent, après deux ans d'études, qu'il n'est pas besoin d'être grand reporter, éditorialiste ou présentateur d'un journal télévisé pour exercer un métier passionnant.

Au nombre de vos vertus, il convient enfin de retenir celle-ci : vous êtes un amateur - éclairé comme tous les amateurs - de ces cigares que les caricaturistes peu imaginatifs mettent entre les lèvres d'un méchant patron ou d'un capitaliste bedonnant, alors que leur lente consommation est un plaisir d'esthètes intelligents et raffinés.

Je me plais d'imaginer l'administrateur délégué du " Revenu ", auteur d'une grave thèse sur Malebranche, poursuivre au travers de l'invisible fumée de son cigare les dialogues jamais interrompus avec Descartes, Pascal, les messieurs et les dames de Port-Royal, lieu proche de vous et de votre cœur et que vous souhaitez ne jamais quitter, jamais.

Monsieur,
Vous voici donc " cravaté ". Vos amis s'en réjouissent mais avouez que, dans sa clarté, votre langue française n'est pas si claire !

Jacques MAROT
ancien président
de la section française de l'UIJPLF
Paris, au siège de TV5, 19, rue Congnacq-Jay,
jeudi 23 janvier 2003

âtillo