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Réponse
de René Finkelstein |
Discours
de Jacques MAROT
ancien
président de la section française
de l'Union internationale des journalistes
et de la presse de langue française (UIJPLF),
ancien inspecteur général de l'AFP.
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Monsieur,
J'emploi ce mot à dessein, car il ne
s'agit évidemment pas d'un discours de réception
à l'Institut, mais il me plait assez pour donner à
cette amicale rencontre une sorte de solennité, j'allais
dire, pour être à la mode, "un espèce"
de solennité.
Mais vous n'auriez pas manqué de me corriger.
Je me sens seulement totalement écrasé
par la charge que vous avez mise sur mes épaules car
je n'oublie pas qu'entre la Légion d'honneur, les Palmes
académiques, le Phoenix de Grèce, vous avez
été décoré chevalier de Saint-Grégoire
par Pie XII lui-même.
Avouez que la comparaison n'est pas à
mon avantage mais je suis flatté que vous ayez demandé
à un ancien président de la section française
le jour même de notre assemblée générale,
de vous décorer au titre de fondateur de notre Union.
L'idée d'une Union internationale de
la presse de langue française était venue à
Dostaler O'Leary, correspondant de Radio Canada à Paris,
québécois bon teint à l'accent discret
mais évident, homme jovial, qui avait cette particularité
pour un journaliste d'être propriétaire d'un
hôtel particulier dans le 16e arrondissement.
Le projet n'était sans doute pas dénué
d'arrière-plan plus politique mais vous l'avez, tout
de suite, ainsi que Max Jalade et Roger Queyroi, soutenu avec
enthousiasme et convaincu de vous accompagner dans cette entreprise
quelques confrères comme, je cite de mémoire
et parmi d'autres Régis Brayer que je n'ai connu que
plus tard mais toujours loquace et Roger Dapoigny dont un
des titres de gloire était d'avoir conduit des locomotives
à vapeur aux Etats-Unis où, à un moment
difficile de votre vie, vous avez envisagé d'aller
enseigner.
Vous aviez les qualités et les titres
nécessaires puisqu'après avoir préparé
Khâgne à Condorcet, vous étiez devenu,
tout jeune, agrégatif en Sorbonne et diplômé
d'études littéraires supérieures. Il
est vrai que vous aviez passé votre baccalauréat
à 15 ans. Je dois sans doute y voir l'excellence de
l'enseignement des oratoriens où vous avait placé
votre mère, catholique, qui avait avant son mariage,
sans difficulté, convaincu un jeune Polonais dont elle
était amoureuse, de partager la foi de sa propre famille.
Elle-même chimiste, biologiste, est l'auteur d'une thèse
importante sur le pancréas.
Votre existence paraissait toute tracée
et consacrée à la philosophie. La guerre en
a décidé autrement et après deux ans
de France Libre vous vous retrouvez à " L'Aube
" en 1945, puis rapidement directeur général
des Editions Fleurus avant de prendre des responsabilités
aux Editions du Rond-Point.
Parallèlement vous avez exercé
d'importantes fonctions qui ont fait de vous un personnage
important de la presse française, parmi lesquelles,
je retiens que vous avez été, longtemps, secrétaire
du Syndicat de la Presse hebdomadaire sous la présidence
d'Emilien Amaury, donc vous étiez de droite, puis de
Georges Montaron, donc vous étiez de gauche (ces Français
sont incorrigibles), et pendant plus de trente ans vous avez
été membre de la Commission puis de la Commission
supérieure de la carte de journaliste professionnel.
Le Petit Larousse donne du journaliste
professionnel la définition qui est exactement celle
de la Commission pour laquelle l'aspect financier, si étonnant
qu'il soit, correspond à une évidente nécessité.
Le " Dictionnaire Plus " se
livre, lui à une sorte de " thème et variation
" : rédacteur, chroniqueur, courriériste,
reporter, grand reporter, libelliste, correspondant, pamphlétaire,
journaleux, plumitif, fulliculaire. Il y manque, photographe,
agencier, l'indispensable secrétaire de rédaction
et l'assez étonnant et nouveau "journaliste d'investigation"
comme si tous les autres attendaient benoîtement, de
je ne sais qui, une information précuite.
Le métier de journaliste est difficile
pour soi et pour les autres. Il y faut de la rigueur et beaucoup
d'humilité. C'est un travail d'équipe. En sports
si l'on retient le nom du marqueur ou du joueur qui transforme
l'essai il a fallu que vingt deux jambes ou trente six mains
aient permis à la balle d'être du bon côté.
Même si comparaison n'est pas raison
c'est naturellement ce que vous avez appris aux étudiants
de la section journalisme du Centre d'études littéraires
et scientifiques appliquées que vous avez porté
sur les fonds baptismaux et suivi de près dans le cadre
de la Sorbonne. Il s'agit de jeunes gens, déjà
titulaires d'un diplôme d'études supérieures,
tentés par le journalisme. Ils savent, après
deux ans d'études, qu'il n'est pas besoin d'être
grand reporter, éditorialiste ou présentateur
d'un journal télévisé pour exercer un
métier passionnant.
Au nombre de vos vertus, il convient enfin de
retenir celle-ci : vous êtes un amateur - éclairé
comme tous les amateurs - de ces cigares que les caricaturistes
peu imaginatifs mettent entre les lèvres d'un méchant
patron ou d'un capitaliste bedonnant, alors que leur lente
consommation est un plaisir d'esthètes intelligents
et raffinés.
Je me plais d'imaginer l'administrateur délégué
du " Revenu ", auteur d'une grave thèse
sur Malebranche, poursuivre au travers de l'invisible fumée
de son cigare les dialogues jamais interrompus avec Descartes,
Pascal, les messieurs et les dames de Port-Royal, lieu proche
de vous et de votre cur et que vous souhaitez ne jamais
quitter, jamais.
Monsieur,
Vous voici donc " cravaté ". Vos amis s'en
réjouissent mais avouez que, dans sa clarté,
votre langue française n'est pas si claire !