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Paris, jeudi 23 janvier 2003

Réponse de René FINKELSTEIN

à Jacques MAROT (discours),
ancien président de la section française de l'UIJPLF,
ancien inspecteur général de l'AFP

à l'occasion de la réception des insignes de Commandeur
dans l'ordre national du Mérite

René Finkelstein est administrateur et membre fondateur de la Section française de l'Union internationale de la presse francophone (UPF).
Administrateur du Revenu français, il a débuté dans le journalisme au quotidien L'Aube, après la Libération. Directeur général des Editions Fleurus, puis responsable aux Editions du Rond-Point, il a été président du Syndicat de la presse hebdomadaire, et membre de la Commission, puis de la commission supérieure de la carte d'identité des journalistes professionnels.

 

Discours de René FINKELSTEIN

Lorsque je rencontrai Dostaler O'Leary, un soir d'automne frisquet au bord du Saint- Laurent, c'était au bout d'un large couloir du Parlement de Québec, au style outrageusement victorien, il devisait alors familièrement avec le Premier Ministre de l'époque Maurice Duplessis, sorte de notaire de Province madré et méfiant.

Dostaler couvrait alors les débats politiques pour son journal montréalais "La Patrie". La devise du Québec "Je me souviens" était sans doute pour le dernier chef du Gouvernement conservateur symbole non pas seulement d'une résistance héroïque à l'Anglais mais peut-être aussi le symbole d'une sorte de ressentiment envers ce pays qui avait abandonné la belle et rude province en y laissant ses curés, ses bonnes sœurs et ses quelques 60 000 paysans accrochés à leur terre, à leur prêtre et à leur langue.
Alors, René Lévêque, journaliste déjà prestigieux, m'expliquait que bientôt une révolution qu'il voulait tranquille se mettrait en marche, qui réunirait tous les francophones sans pour autant être une nouvelle France.

Cette révolution, elle fut faite, et sans doute pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, elle fut tranquille.
Les croyances, les mœurs, les mythes, les comportements changèrent radicalement en moins de 10 ans. Il s'en faillit de peu que l'indépendance en soit proclamée. Quoiqu'il en soit, nous savons qu'il existe maintenant au bord du Saint-Laurent un peuple libre de 7 millions d'habitants assumant à la fois sa modernité et sa francophonie.

L'intuition d'un homme comme Dostaler et de tous ses amis, c'est d'avoir compris qu'il fallait s'appuyer sur toute la communauté francophone à travers le monde alors que la France métropolitaine voyait disparaître son empire colonial.
Il s'adressa en premier lieu à sa famille de pensée, ses amis de combat, j'étais de ceux-là, et nous avons tenté d'y répondre en lançant un appel à tous ceux qui dans les journaux, les magazines, les stations de radio s'exprimaient en français.
Et nous avons été entendus et nous avons découvert tout autour du monde des témoins actifs de la vitalité de la langue française mais au-delà de la langue "en partage", nous avons découvert que ce que nous écrivions, ce que nous transmettions par les ondes, le papier ou les câbles, c'était plus qu'une langue mais une certaine manière de voir, de comprendre et de faire comprendre les événements et les idées.

Henri Grégoire en 1793 fit voter par la Convention, une motion où il demandait qu'il y ait dans chaque commune un instituteur pour enseigner aux enfants en même temps que la langue française, la déclaration des droits de l'homme, l'idiome de la liberté disait les conventionnels.

Notre langue sera dorénavant plus qu'une syntaxe et qu'un vocabulaire car elle sera lourde d'une certaine conception de la vie en société. Nous journalistes, éditeurs, hommes de presse déchiffrons le présent en essayant de décrypter les signes de l'avenir. Nous sommes inconsciemment parfois imprégnés par ces grandes traditions des francophonies diverses mais dont la source reste la même éternellement jaillissante.

Merci Jacques Marot d'être aujourd'hui mon parrain dans cet ordre national. Vous êtes le représentant du Grand Chancelier qui a bien voulu me compter dans son contingent dont je lui suis reconnaissant ainsi qu'aux amis qui ont intercédé en ma faveur aussi discrètement qu'ils ont voulu m'offrir la médaille et le ruban que je conserverai dans mon musée personnel et précieux.

Jacques Marot, vous avez eu une carrière exceptionnelle et la section française de l'UPF est heureuse de vous compter parmi ses anciens présidents. Vous avez consacré la totalité de votre carrière à l'agence France Presse. Vous êtes de ceux qui l'ont hissée au niveau des grandes agences mondiales de l'information. Sans capitaux, sans autres moyens que l'enthousiasme de ses promoteurs autour de Jean Marin. Cette institution française qui achemine dans le monde entier pour des milliers de journaux, de stations de radio et de télévision, information, enquêtes, photos ; c'est pourquoi je suis fier de recevoir cette distinction des mains de celui qui en fut l'inspecteur général.

Merci encore Jacques Marot d'avoir bien voulu rappeler à travers ma vie cette seule vertu que je me reconnais, la fidélité totale à cette conviction, "ma patrie, c'est ma langue".

Le bleu qui entoure mon cou est le symbole de l'été dont l'hiver, porte l'espoir. Il en est des saisons comme de la foi en notre métier et en notre langue qui parfois vacille.
Merci à tous mes amis, mes confrères d'être là.

Je serai tenté de vous inviter à fredonner la comptine franco-québécoise
"à la claire fontaine, nous allant promener".
Sur la plus haute branche le soir un rossignol chante, il chante en français et le monde entier l'écoute.

René FINKELSTEIN
Paris, au siège de TV5, 19, rue Congnacq-Jay,
jeudi 23 janvier 2003

âtillo