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Discours
de René FINKELSTEIN
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Lorsque je rencontrai Dostaler O'Leary,
un soir d'automne frisquet au bord du Saint- Laurent, c'était
au bout d'un large couloir du Parlement de Québec,
au style outrageusement victorien, il devisait alors familièrement
avec le Premier Ministre de l'époque Maurice Duplessis,
sorte de notaire de Province madré et méfiant.
Dostaler couvrait alors les débats politiques
pour son journal montréalais "La Patrie".
La devise du Québec "Je me souviens"
était sans doute pour le dernier chef du Gouvernement
conservateur symbole non pas seulement d'une résistance
héroïque à l'Anglais mais peut-être
aussi le symbole d'une sorte de ressentiment envers ce pays
qui avait abandonné la belle et rude province en y
laissant ses curés, ses bonnes surs et ses quelques
60 000 paysans accrochés à leur terre, à
leur prêtre et à leur langue.
Alors, René Lévêque, journaliste déjà
prestigieux, m'expliquait que bientôt une révolution
qu'il voulait tranquille se mettrait en marche, qui réunirait
tous les francophones sans pour autant être une nouvelle
France.
Cette révolution, elle fut faite, et
sans doute pour la première fois dans l'histoire de
l'humanité, elle fut tranquille.
Les croyances, les murs, les mythes, les comportements
changèrent radicalement en moins de 10 ans. Il s'en
faillit de peu que l'indépendance en soit proclamée.
Quoiqu'il en soit, nous savons qu'il existe maintenant au
bord du Saint-Laurent un peuple libre de 7 millions d'habitants
assumant à la fois sa modernité et sa francophonie.
L'intuition d'un homme comme Dostaler et de
tous ses amis, c'est d'avoir compris qu'il fallait s'appuyer
sur toute la communauté francophone à travers
le monde alors que la France métropolitaine voyait
disparaître son empire colonial.
Il s'adressa en premier lieu à sa famille de pensée,
ses amis de combat, j'étais de ceux-là, et nous
avons tenté d'y répondre en lançant un
appel à tous ceux qui dans les journaux, les magazines,
les stations de radio s'exprimaient en français.
Et nous avons été entendus et nous avons découvert
tout autour du monde des témoins actifs de la vitalité
de la langue française mais au-delà de la langue
"en partage", nous avons découvert
que ce que nous écrivions, ce que nous transmettions
par les ondes, le papier ou les câbles, c'était
plus qu'une langue mais une certaine manière de voir,
de comprendre et de faire comprendre les événements
et les idées.
Henri Grégoire en 1793 fit voter par
la Convention, une motion où il demandait qu'il y ait
dans chaque commune un instituteur pour enseigner aux enfants
en même temps que la langue française, la déclaration
des droits de l'homme, l'idiome de la liberté disait
les conventionnels.
Notre langue sera dorénavant plus qu'une
syntaxe et qu'un vocabulaire car elle sera lourde d'une certaine
conception de la vie en société. Nous journalistes,
éditeurs, hommes de presse déchiffrons le présent
en essayant de décrypter les signes de l'avenir. Nous
sommes inconsciemment parfois imprégnés par
ces grandes traditions des francophonies diverses mais dont
la source reste la même éternellement jaillissante.
Merci Jacques Marot d'être aujourd'hui
mon parrain dans cet ordre national. Vous êtes le
représentant du Grand Chancelier qui a bien voulu me
compter dans son contingent dont je lui suis reconnaissant
ainsi qu'aux amis qui ont intercédé en ma faveur
aussi discrètement qu'ils ont voulu m'offrir la médaille
et le ruban que je conserverai dans mon musée personnel
et précieux.
Jacques Marot, vous avez eu une carrière
exceptionnelle et la section française de l'UPF est
heureuse de vous compter parmi ses anciens présidents.
Vous avez consacré la totalité de votre carrière
à l'agence France Presse. Vous êtes de ceux qui
l'ont hissée au niveau des grandes agences mondiales
de l'information. Sans capitaux, sans autres moyens que l'enthousiasme
de ses promoteurs autour de Jean Marin. Cette institution
française qui achemine dans le monde entier pour des
milliers de journaux, de stations de radio et de télévision,
information, enquêtes, photos ; c'est pourquoi je suis
fier de recevoir cette distinction des mains de celui qui
en fut l'inspecteur général.
Merci encore Jacques Marot d'avoir bien voulu
rappeler à travers ma vie cette seule vertu que je
me reconnais, la fidélité totale à cette
conviction, "ma patrie, c'est ma langue".
Le bleu qui entoure mon cou est le symbole de
l'été dont l'hiver, porte l'espoir. Il en est
des saisons comme de la foi en notre métier et en notre
langue qui parfois vacille.
Merci à tous mes amis, mes confrères d'être
là.
Je serai tenté de vous inviter à
fredonner la comptine franco-québécoise
"à la claire fontaine, nous allant promener".
Sur la plus haute branche le soir un rossignol chante, il
chante en français et le monde entier l'écoute.