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RD CONGO
The Post, Edition n°9-145 de samedi 8 décembre 2001
Le bi-hebdomadaire kinois rend hommage au secrétaire général de Journaliste en danger (JED), "Morro" Mwamba wa ba Mulamba,
mort d'un arrêt cardiaque à l'âge de 38 ans, le dimanche 2 décembre, à Kinshasa. Morro
directeur du journal Bloc Notes, était le président de l'Union des journalistes et agents de la communication (UJAC).

REQUIEM

Hommage à un confrère, combattant de la liberté

par MUKEBAYI NKOSO

Morro est parti pour toujours mais il lui survivra son téméraire
engagement pour la liberté de la presse

Dimanche 2 décembre en fin d'après-midi, mon téléphone grésille. La voix de mon correspondant m'est bien familière, c'est celle de mon ami de galère Freddie Tshilumba, correspondant de La Voix de l'Amérique à Kinshasa et journaliste fouineur des poubelles à TKM. D'ordinaire, ce timbre habituel m'apporte de bonnes nouvelles. Du genre eh! pote, j'ai une à partager pour oublier la grisaille de la dure vie du journaliste congolais aussi mal chaussé que le cordonnier. Cette fois-ci, elle m'annonce une de ces nouvelles qui rappelle à chacun d'entre nous l'inanité de la vie, Morro est mort. De quel Morro parles-tu? Stupide question de ma part puisqu'entre Freddie et moi, il n'y a qu'un seul Morro nommé Mwamba wa ba Mulamba, secrétaire général de Journaliste en danger -JED. Mon ami d'interlocuteur poursuit sur ces longues litanies qui accompagnent les nouvelles nécrologiques comme sait le décrire Frédéric Dard seul dans San Antonio. Mort inopiné. Alors qu'il faisait du jogging au stade des Martyrs, Morro est tombé raide mort. Le toubib a tout de même trouvé une explication (c'est son boulot) à ce mystère: arrêt cardiaque. Son corps est transféré à la morgue de l'hôpital général de Kinshasa pour être levé mardi 4 décembre. Ce jour là, une foule de journalistes ont pris d'assaut la morgue pour se recueillir sur les restes de Morro. Ce que je n'ai pas daigné faire à cause de l'horreur que j'éprouve pour la matière. A la place, je me suis incliné sur l'esprit de Morro, sur ce qui reste d'un homme lorsque son propre corps se mue en une carapace inanimée.

Pour un esprit, Morro en a été et en restera un dans la profession. Homme de conviction, le disparu fait partie de la très sélective génération consciente dans la presse congolaise, celle qui tente d'anoblir la profession malgré les contingences d'une vie qui ne laisse pas au journaliste congolais assez de liberté pour penser plus loin que son estomac. Avec lui et son organisation -JED- la presse congolaise a consolidé la liberté de la presse acquise de haute lutte depuis les années-transition. Le brave salaud, il n'a jamais eu froid aux yeux lorsqu'il s'est agi de défendre la liberté de la presse. Comme un beau jour en l'église Notre Dame de Fatima devant le ministre de la Communication d'alors, Dominique Sakombi Inongo. A l'époque, celui-ci vient de décider de la mise sous tutelle de la chaîne de télévision privée TKM. Il s'en défend devant un aréopage des journalistes réunis à Fatima. Le sujet est quasi tabou. Tous ceux qui prennent la parole l'élude les uns après les autres. Puis vient le tour de Morro. Sans ambages, il affirme que le public n'a pas besoin de plusieurs autres RTNC et condamne la mise sous tutelle de TKM. Son propos est prémonitoire. Quelques jours après, TKM est rebaptisée RTNC 4 et Canal Kin, une autre chaîne privée aussi mise sous tutelle, RTNC 3. Cette sortie ressemble bien à l'insoumis Morro. Il n'avait pas besoin de se convaincre d'une quelconque motivation pour se lancer tête baissée dans la défense d'une cause pour la liberté de la presse.

Ce combat lui était intrinsèque. Il était lié à sa propre personnalité de contestataire né. Déjà aux études à l'ex-ISTI, il en est parti chassé pour avoir critiqué ouvertement les autorités de l'institut dans un article de presse qu'il a pris le risque de signer de son propre nom. Chose qui ne pardonne pas à l'époque de la survenue des faits, en 1989, où les milieux universitaires sont soumis à la discipline que le MPR fait régner sur toute l'étendue du Zaïre du dictateur Mobutu Sese Seko. Sa vocation le rattrape et il s'engage dans la Ligue zaïroise des droits de l'homme. Il retrouve la presse en 1993 au quotidien Le Potentiel où il gravit tous les échelons jusqu'au poste de directeur de publication avant de créer son propre journal Bloc-Notes. L'homme avait une très haute idée de lui-même et se sentait ainsi gêné toujours aux entournures chaque fois que la hiérarchie tentait de le réduire à un rôle de simple exécutant. La vie a fini par lui donner raison. JED aura été pour lui non seulement un cadre pour servir la cause de la liberté qu'il a toujours portée en lui mais aussi et surtout un espace qui lui a permis de s'épanouir pleinement. Mais voilà que lorsque la nature commence à se montrer clémente à son endroit, le destin le fauche dans la fleur de l'âge, à 38 ans.
Le salaud! Je lui en veut d'être parti si tôt. Dans une profession où peu ont compris son combat, il n'est pas évident de voir se reproduire un autre Morro. Les espoirs se retournent sur son alter ego, Donna Mbaya, président du JED, à qui sa complicité amicale et militantiste avec le défunt lui rappelle le combat pour que survive la mémoire de Morro.

MUKEBAYI NKOSO


La mort de wa ba Mulamba ressentie comme une perte sèche

par J.A. NGALU

Morro Mwamba wa ba Mulamba a reçu un vibrant hommage de la profession avant d'être porté en terre mercredi 5 décembre au cimetière de la Gombe. De la résidence du défunt sur les hauteurs de la Cité Mama Mobutu à l'Eglise Notre Dame du Congo jusqu'à la sépulture, la dépouille de Morro a drainé une longue colonne des confrères et de beaucoup d'autres personnalités du monde politique et des affaires. La quasi totalité des patrons de la presse congolaise étaient là. Modeste Mutinga Mutuishayi, éditeur du quotidien Le Potentiel où le disparu a presté avant de se lancer dans la défense et la promotion de la liberté de la presse, Michel Ladi Luya, éditeur du quotidien Le Palmarès, Polydor Muboyayi Mubanga, éditeur du quotidien Le Phare, André Ipakala Abeiye Mobiko, éditeur du quotidien La Référence et Kileba Pok-A-Mes, éditeur du bi-hebdomaire The Post ont accompagné Morro jusqu'à sa dernière demeure. Il ne manquait aucune des grandes plumes de la presse kinoise comme Franck Baku Fuita, Kabeya Pindi Pasi, Kenge Mukengeshayi, Tshidibi Ngodavi, Moïse Musangana, Kalala Tshimankinda et Eugène Jonas Kota très affecté d'avoir perdu un ami. Aussi affecté, Kileba Pok-A-Mes, très proche de la direction du JED dont il a accompagné les premiers pas. Dimanche, il est tombé à la renverse au téléphone lorsqu'il a appris la nouvelle de la mort de celui sur qui il misait parmi tant d'autres pour changer la profession. Il n'a eu de cesse de répéter pendant toutes les funérailles que la disparition de Morro est une énorme perte pour la profession. La même phrase a été entendue de la bouche de nombreux confrères venus dire adieu à Morro. Tous ont été unanimes. Me Richard Bondo a eu les mots à l'endroit de la mémoire de l'illustre défunt. La perte de Morro est davantage ressentie au sein du JED. Son président Donna Mbaya a perdu bien plus qu'un collaborateur, un ami et un compagnon de lutte avec qui ils ont créé JED dans la plus grande douleur pour voir l'organisation rayonner aujourd'hui. Le directeur des informations de l'organisation, Kiki Epaba Matasio Nganzal s'imagine toute l'expertise que Morro emporte avec lui. Rendu presque aphone le jour de la disparition de Morro, il répétait mécaniquement que c'est dommage ce qui arrive à la profession journalistique.

Les funérailles de Morro ont aussi mobilisé les activistes des droits de l'homme. L'ancien journaliste avait fini par se bâtir une grande réputation dans les milieux des droits de l'homme au nom de JED. La veille de l'inhumation de Morro, les journalistes ont enterré un autre d'entre eux, Lisette Ntumba Kamwanya, ancien journaliste du Potentiel employée jusqu'à sa mort comme attachée de presse au ministère de la Communication et Presse. Une semaine plus tôt, la profession pleurait Kitungano Milenge, rédacteur en chef de La Référence Plus succombé après plusieurs mois de maladie. A ces deux funérailles, Kikaya Bin Karubi a marqué sa solidarité à la presse. Il s'est fait représenter par une importante délégation conduite par son conseiller chargé de l'audiovisuel, Marc Ngwanza Kassong Abor. Un gros bouquet de fleurs porté par la délégation partageait la douleur de Kiki avec l'ensemble de la profession.

J.A. NGALU

Ceux qui ont connu MORRO parlent de lui

Cléophas Kamitatu: J'ai beaucoup apprécié son travail, les bonnes relations humaines qu'il a entretenues avec moi en ma qualité de pionnier de l'indépendance et d'ami de la presse congolaise. J'apprécie également l'intérêt qu'il accordait à la défense des droits de l'homme. Vieux combattant de la liberté depuis 40 ans, j'ai trouvé en lui un collègue que notre pays regrettera longtemps. Que son âme repose en paix et que son combat pour la liberté ne soit pas arrêtée.

Yewawa Gbiamango: Je viens d'apprendre avec consternation la mort inopinée de Mwamba Morro. J'ai connu Morro en 1988 lorsque je venais de débuter ma carrière comme jeune professeur à l'ISTI. Ce fut un de mes étudiants avec lequel on discutait énormément. A cause de nos francs parlers, on s'est vite lié d'amitié qui n'a souffert d'aucune faille jusqu'à présent. Morro meurt au moment où la nation a besoin de ses enfants incorruptibles pour dire tout ce que tout le monde pense tout bas. Cette mort crée un vide qui ne sera pas comblé de sitôt. Que toute la profession, la famille et mes amis istiens trouvent dans ces quelques lignes l'expression de mes sentiments les plus attristés.

Ngongo Luwowo: Cher Donat. Dans la vie, il existe des évènements face auxquels, les réactions sont parfois difficiles à décrire. L'annonce de la mort de Mwamba wa ba Mulamba Morro, m'a atteint de plein fouet comme une décharge électrique. Devant cette fatalité qui nous arrache à fleur d'âge notre frère, que devons-nous faire? Continuer à réaliser ses idéaux est la seule façon de lui rendre hommage. Et là haut d'où il nous regarde en ce moment, il ne peut que se réjouir. Les mots me manquent réellement pour t'exprimer mon grand chagrin. Toutefois, je te prie de transmettre à sa chère épouse ainsi qu'à ses enfants, mes condoléances les plus attristées. Que Dieu, le Miséricordieux, daigne accorder à Morro, une place de choix auprès de lui.

 

La dépêche UPF
PARIS, 3 déc (UPF) - Le comité directeur de Journaliste en danger (JED) a annoncé hier la mort de Mwamba wa ba Mulamba, secrétaire général de cette organisation, dans un communiqué. Le directeur du journal kinois Bloc Notes, président de l'Union des journalistes et agents de la communication (UJAC), est décédé le 2 décembre d'un arrêt cardiaque au stade des Martyrs de Kinshasa, précise ce communiqué.
Mwamba wa ba Mulamba, né à Port-Francqui (Ilebo, province du Kasaï occidental), le 30 octobre 1963, était diplômé de sciences et techniques de l'information (1989) de l'Institut facultaire des sciences de l'information et de la communication (IFASIC, ex-ISTI). Stagiaire à la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC, ex-OZRT) à sa sortie de l'IFASIC, il avait rejoint Le Potentiel en 1993 comme reporter, puis chef de rubrique, rédacteur en chef, directeur de la rédaction et directeur de publication du Groupe. Directeur du Bloc-Notes depuis 1998, il était devenu la même année secrétaire général de Journaliste en danger. Mwamba avait travaillé auprès la Ligue zaïroise des droits de l'homme (1991) et du Haut commissariat de Nations unies aux droits de l'homme à Kinshasa (1999). Membre du Comité de suivi des états généraux de la communication du Congo depuis 1995, il était président de l'UJAC et membre du Conseil d'administration de la Conférence pour le développement économique et social de la province du Kasaï occidental (CODESKO) depuis 1996.

âtillo