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Lettre du secrétaire général de l'UPF aux chefs d'État et de gouvernement,
aux ministres de la justice, de la culture et de la communication
des pays de la Francophonie

Paris, le 23 mai 2008

L'Union internationale de la presse francophone (UPF) a déjà eu l'honneur, depuis 1999 et à plusieurs reprises, d'attirer votre attention sur la situation des journalistes emprisonnés pour avoir exercé leur métier d'informer.

Si, à nouveau, nous entreprenons une démarche auprès de vous, avant le Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays francophones (17-19 octobre à Québec), ce n'est pas seulement parce qu'il s'agit d'un problème à l'évidence préoccupant. Ce n'est pas non plus parce qu'une conception humaniste de la politique et de l'Etat nous conduit, tout naturellement, à mettre l'accent sur la nécessité de sauvegarder la liberté d'expression, fondement essentiel de toute société démocratique.

Nous ne doutons pas que ce dernier impératif soit partagé par vous.

Aussi, plutôt que de vous lasser avec une argumentation répétitive sur la honte de l'enfermement appliqué aux délits de la pensée ou de la controverse publique, nous voudrions tenter de vous persuader, par d'autres biais, de la justesse de nos sollicitations et, surtout, de l'intérêt qu'elles devraient représenter pour vous.

En effet, soutenir seulement que la prison ferme ne constitue pas une sanction légitime pour le journaliste, même le plus défaillant, relève du décret éthique mais pas forcément de l'argumentation efficace.

La méconnaissance des droits de l'homme, dans ce domaine de la liberté d'expression, entraîne pour conséquence essentielle la focalisation sur les seules atteintes des pouvoirs publics et donc porte préjudice à la réputation de ceux-ci.

Sur le plan de l'utilité sociale, il est infiniment moins dommageable d'oser le défi de la liberté en laissant s'exprimer les médias dans le cadre des règles nécessaires qui les régissent, que de les étouffer en leur refusant le droit à un exercice normal et en les emprisonnant. D'un côté, l'Etat que vous présidez en sortirait grandi, de l'autre il en sortirait affaibli et critiqué.

Pour résumer une position à laquelle j'ose espérer que vous serez sensible, incarcérer les journalistes pour des délits de presse est à la fois une maladresse pénale, une faute démocratique et un préjudice causé à votre propre gouvernance. Ce triple constat nous semble pertinent et de nature à ajouter à l'humanisme traditionnel une perspective plus pragmatique.

Cette lettre est adressée aux hauts responsables des membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour les informer de la situation préjudiciable à la liberté d'expression qui se maintient encore, dans certains de ses pays.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma très haute considération.

Georges GROS
Secrétaire général international

Journalistes en prison

24 pays de l'OIF ont emprisonné des journalistes juin 2007-mai 2008