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Lettre
à M. Abderramahne Youssoufi
Premier ministre du Royaume du Maroc
Le
Secrétaire général international de l'UIJPLF
Paris,
le 27 décembre 2000
Monsieur
le Premier Ministre,
L'UIJPLF
a pour seule ambition de faire progresser la démocratie
lorsque celle-ci est encore fragile, et de la défendre
si elle est menacée.
Rien
n'étant plus fondamental, sur ce plan, que la sauvegarde
de la liberté d'expression, c'est tout naturellement
que nous nous tournons vers vous, fidèles à notre
démarche et soucieux du respect de ce principe.
Trois
hebdomadaires de votre pays ont été interdits définitivement
de paraître par votre gouvernement, en application
de l'article 77 du code de la presse qui réprime l'atteinte
"aux fondements politiques ou religieux de l'Etat".
Le tribunal administratif est saisi d'un recours aux
fins d'annulation de cette décision gouvernementale.
Vous
avez précisé récemment, dans une interview au journal
Le Monde, que "les trois hebdomadaires
interdits ont osé s'attaquer à la monarchie et à l'armée".
Il
nous suffit d'attirer votre attention sur trois points
et de souligner une évidence.
D'abord,
même selon la logique étatique, quelle disproportion
choquante, scandaleuse entre une information, peut-être
déstabilisante, et la véritable "peine de mort"
édictée contre ces publications ! Celles-ci, pourtant,
n'avaient fait qu'accomplir leur mission sauf à considérer
que la liberté d'expression n'a le droit d'exister
que si elle consent à un consensus que nul n'a à remettre
en cause. Vous savez que c'est priver la liberté d'une
part essentielle que de lui interdire, si la situation
et la vérité l'exigent, la contestation et la pluralité
des points de vue.
Ensuite,
l'article 77, sur lequel le gouvernement s'est fondé,
privilégie la sûreté de l'Etat et de ses fondements
avec une conception tellement extensive que l'exigence
démocratique est battue en brèche. Une telle définition
de la protection de l'Etat permet de faire disparaître,
sans coup férir, des organes de presse qui lui déplaisent!
Enfin,
on ne peut que regretter la nature administrative
de la procédure qui fait échapper le conflit à l'institution
judiciaire, gardienne des libertés individuelles et
collectives, et, théoriquement, moins soumise à la
logique impérieuse de l'Etat.
L'évidence
est que cette mesure gouvernementale si fortement
contestée, offense à la fois la démocratie et l'intérêt
bien compris de votre politique. Qui ne voit, en effet,
que les défenseurs de votre pays seront d'autant plus
à l'aise pour soutenir votre cause qu'ils ne seront
pas sans cesse obligés de dénoncer des violations
du droit, l'arbitraire gouvernemental ou une conception
hypertrophiée de l'Etat. L'esprit démocratique et
l'efficacité politique se rejoignent pour vous conduire
à revenir sur ces mesures d'interdiction définitive.
Vous
pardonnerez ce langage de vérité qui est celui qu'on
tient à ceux qui ne vous sont pas indifférents.
Je
vous prie d'agréer, Monsieur le Premier ministre,
l'expression de ma très haute considération.
Georges
Gros
Secrétaire général international
de l'UIJPLF
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