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Patrick GOMONT,
maire de Bayeux
Discours de clôture du XIIe Prix des correspondants de guerre
samedi 8 octobre 2005

Mes amis de la grande famille du Prix Bayeux
Chers Bayeusains,

Pour la douzième année consécutive, nous sommes, à Bayeux, réunis pour dire notre attachement à la démocratie et à son expression essentielle: la liberté de la presse. Ce soir, nous rendons à nouveau hommage à celles et ceux qui, dans des conditions parfois périlleuses, acceptent d'être au coeur des conflits qui malheureusement font le quotidien et la réalité du monde.

Regarder le monde en face est difficile, souvent insoutenable. Les images, les mots, les sons et les émotions qui nous sont délivrés frappent, souvent dérangent. Ils nous empêchent de céder à la confortable torpeur dans laquelle nous risquerions d'entraîner, si l'on n'y prenait garde, la démocratie à notre suite. C'est pourquoi la mission première de la presse est d'être libre. C'est son rôle, c'est son devoir... Le nôtre, en tant que citoyens, est de veiller à ce qu'elle le demeure.

Le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre s'est donné pour ambition de faire partager au plus grand nombre les valeurs qu'il défend. Et je tiens à souligner le soutien du Conseil général du Calvados qui nous accompagne dans ce défi permanent. Mme le Président, cher Jean-Léonce, vous et l'ensemble des conseillers généraux soyez-en chaleureusement remerciés.

Au travers de ce Prix, c'est aussi aux jeunes générations que nous devons adresser notre message. Nous avons souhaité, cette année encore, renforcer le travail mené avec les collégiens et lycéens. Merci au Conseil régional et au CLEMI pour leur implication dans cette démarche essentielle de sensibilisation à l'image, à la complexité du monde et à la compréhension des autres peuples. Je tiens à souligner la disponibilité des reporters qui nous font l'amitié de venir à la rencontre des lycéens, un moment si particulier et si essentiel pour les plus jeunes. A tous, merci de votre engagement à nos côtés.

J'ai coutume de dire que nous sommes les dépositaires de la liberté dont nous avons hérité ici à Bayeux, première ville libérée au lendemain du Débarquement, une liberté qui nous a été offerte au prix de nombreux sacrifices et qu'il nous appartient de faire vivre.

L'enjeu est de taille. Pour nous qui n'avons connu qu'elle, demeure malgré tout la tentation d'oublier. Oublier que, ce qui pour nous est évident, ailleurs, est un luxe. Oublier que sans liberté de la presse, seul le silence ferait écho à la propagande. La méconnaissance, la crainte ou l'incapacité à comprendre nos voisins laisseraient bien peu de chances à la paix. Nous léguerions alors, un monde aveugle, sourd et divisé, sans avis ni controverse, un monde au premier degré, primaire comme les hommes savent parfois l'être.

Au cours des derniers mois, nous avons assisté à de grands moments de mobilisation, de joies et de victoires. Je pense bien sûr aux libérations de Florence Aubenas et de son guide Hussein Hanoun, de Mohammed Ouathi, ou encore Chen Shaowen, libéré des geôles chinoises et auquel la ville de Bayeux avait souhaité apporter son soutien.

Il y a un an, tous ensemble à Bayeux, en France et au-delà, nous nous mobilisions pour la libération de deux grands reporters et de leur guide détenus en Irak. Et il est symbolique de voir aujourd'hui Christian Chesnot et Georges Malbrunot, libres, présider le jury de notre prix. Spécialistes du Moyen-Orient, leur présence a été particulièrement précieuse quand nombre de reportages ont concerné cette région du monde. C'est avec l'œil de l'expert et simplicité qu'ils ont animé les débats du jury. Merci à tous les deux, ainsi qu'à Mohammed Al Joundi, d'être parmi nous.

Pourtant les bonnes nouvelles n'effacent pas la cruauté des faits... 2004 aura été l'année la plus meurtrière de la décennie pour la profession. Plus de 100 reporters restent emprisonnés de par le monde et les atteintes à la liberté de la presse restent monnaie courante en de nombreux points de la planète.

Au-delà de ce moment privilégié que constitue le prix Bayeux-Calvados, le questionnement et la sensibilisation de nos concitoyens doit se poursuivre tout au long de l'année. La ville de Bayeux a décidé, avec Reporters sans frontières, de réaliser un lieu dédié à l'ensemble des reporters de guerre tombés dans l'exercice de leur métier. Cet hommage concret que nous rendrons à la profession, unique en Europe, contribuera à créer un véritable pôle de reflexion commémorant à Bayeux, de juin 1944 à nos jours, le sacrifice d'hommes et de femmes de tous pays pour la démocratie et la liberté des peuples.

" Se vouloir libre, c'est aussi vouloir les autres libres ". Que ces mots de Simone de Beauvoir, gravés dans la pierre, résonnent à jamais dans nos coeurs.
Nombreux sont ceux qui, désormais viendront à Bayeux rendre hommage aux reporters qui ont payé, trop cher, le prix de la vérité.

Patrick GOMONT