Juin 2005
LE FRANCAIS DANS LES MEDIAS PALESTINIENS
Atelier organisé par la Section palestinienne
de l'UPF jeudi 2 juin au Village des arts et de l'artisanat, en
présence notamment de M. Régis Koetschet, consul
général de France à Jérusalem et de
M. Mohammad al Whidi, le nouveau directeur général
de la télévision palestinienne (PBC).
Hassan Balawi, secrétaire général
de la Section, après avoir chaleureusement accueilli l'auditoire,
a demandé une minute de silence pour les journalistes palestiniens
et étrangers morts dans l'exercice de leur fonction et
en particulier pour le journaliste libanais d'origine palestinienne
Samir Kassir, mort le jour même dans l'explosion d'une voiture
piégée à Beyrouth.
Régis Koetschet a rendu hommage au
travail de la Section palestinienne de l'UPF, notamment à
sa solidarité avec les journalistes français enlevés
en Iraq et a lancé un nouveau vibrant appel à la
libération de Florence Aubenas et de son guide Hussein
Anoun (NDLR - Libérés samedi 11 juin 2005).
Parmi les points forts de son intervention, soulignons :
· L'importance de la langue française
dans les médias palestiniens :
o Apport de linformation palestinienne
en français en Palestine et diffusée dans le
monde par la chaîne satellitaire et Internet, qui montre
quentre autres on peut faire de linformation rigoureuse
et de qualité même dans des conditions difficiles.
Par exemple les émissions de la radio universitaire de
Naplouse sont rediffusées en France sur des radios locales.
o Communication importante de la diversité culturelle
et linguistique. Toutes les langues sont des vecteurs de communication.
Linformation pour la diversité culturelle doit se
faire dans toutes les langues.
o Formation : témoigner de lusage de la langue
des médias dans le processus de formation linguistique
comme par exemple le magazine Crayon palestinien. Le consulat
souhaite également accompagner la formation de journalistes
et propose de mettre les CCF (centres culturels français)
à la disposition des médias palestiniens. Le centre
culturel franco-allemand de Ramallah a déjà reçu
du matériel dArte, symbole de diversité linguistique
et du rôle de la presse dans ce domaine.
· La pertinence de l'atelier qui vient
à point nommé après neuf ans dexpérience,
moment de réflexion pour aller de lavant, linformation
étant au service du développement : promouvoir les
médias pour un développement citoyen.
· L'opportunité de développement
de la coopération décentralisée avec
les médias locaux francophones.
Mohammad al Whidi a salué les apports
capitaux de la France dans la naissance et le développement
des médias palestiniens, notamment la télévision.
Il a précisé que la télévision palestinienne
est dans une phase d'inspiration du modèle français
notamment le CSA (conseil Supérieur de l'Audiovisuel).
Mohammad al Shrafi, président du syndicat
des journalistes, s'est félicité de l'usage de la
langue française dans les médias palestiniens, une
langue certes difficile pour les Palestiniens, mais belle et riche
qui exprime les valeurs dégalité, de fraternité
et de solidarité de la révolution française
qui ont inspiré la lutte palestinienne. Il a ensuite souligné
les positions politiques courageuses de la France et de son président
à l'égard de la Palestine, notamment en accueillant
le président Yasser Arafat lors de son dernier voyage.
Ali Hussein président de la section
palestinienne de lUPF, a placé la naissance et le
développement des médias palestiniens francophones
dans le contexte de l'évolution des relations franco-palestiniennes
contemporaines. Contrairement à beaucoup de mouvements
de luttes d'indépendance de l'époque, l'OLP s'est
tournée en plus de l'Union Soviétique vers l'Occident
et en particulier vers la France.
Ce processus est parti de la position du Général
de Gaulle contre l'occupation israélienne de 1967 et de
la rencontre de son représentant avec Yasser Arafat chef
de la résistance palestinienne en Jordanie en 1968. De
là est né le premier bulletin palestinien francophone.
Mahmoud Al Hamshari, premier représentant du Fatah en France,
a créé le bulletin francophone "Fatah-Info"
en 1970. Après l'assassinat de Mahmoud Al Hamshari en 1972,
Ezzedine El Kalak, premier directeur du "bureau de liaison
et d'information" de l'OLP en France reconnu par les autorités
françaises, reprend en 1974 "Fatah-Info" devenu
par la suite "Palestine-Info". C'est à
cette époque qu'a lieu la première rencontre à
Beyrouth entre le chef de l'OLP, Yasser Arafat et Jean Sauvagnargues,
ministre des affaires étrangères français.
En 1979, l'Information Unifiée de l'OLP (organe regroupant
tous les médias de l'OLP), lance depuis Beyrouth le magazine
"Palestine" en anglais et en français
jusqu'au départ de l'OLP du Liban en 1982. L'édition
francophone est ensuite réalisée en Belgique avant
d'être installée à Tunis jusqu'en 1994. Toujours
dans les locaux de l'Information Unifiée, "Palestine"
continue à sortir en français, en plus des éditions
anglaise et espagnole. Autres publications éditées
en français : "Lettre de Palestine", sur
un nombre réduit de pages, sans oublier la "Revue
d'études palestiniennes" de l'Institut des études
palestiniennes, publiée à Paris à partir
de 1980 sous la direction de l'écrivain et poète
Elias Sanbar. Elle regroupe l'élite des écrivains
palestiniens de pays arabes et européens. De retour en
Palestine, le jeune Ministère de l'Information reprend
en 1995 la publication du bulletin "Lettre de Palestine",
diffusé dans un public francophone de plus en plus large
en Palestine, et envoyé dans les pays francophones.
Hassan Balawi a ensuite résumé
le développement du programme français à
la PBC "Palestine-Info"(en hommage à Ezzedine
El Kalak) démarré le 9 janvier 1996.
L'équipe d'abord composée de bénévoles
francophones sans formation journalistique, a acquis une expérience
sur le terrain et a été salariée un an plus
tard. Son contenu s'est diversifié, allant de l'actualité
palestinienne à l'actualité internationale, en passant
par des reportages sur la vie culturelle et sociale. La Francophonie
dans ses diverses manifestations a occupé, et occupe encore
une place importante sur "Palestine-Info". Son contenu
s'est également enrichi de l'apport essentiel de CFI (Canal
France International) qui a offert à la télévision
palestinienne un décodeur permettant de recevoir tous les
jours un bulletin d'informations en français, des images
sans logo, des documentaires et des variétés, pas
seulement utiles au programme français car certains sujets
doublés ou sous-titrés en arabe profitaient à
tous. Le programme francophone permet de renforcer les liens de
la PBC avec des institutions médiatiques euro-méditerranéennes,
telles que la CMCA et la COPEAM. C'est ainsi que l'équipe
de "Palestine-Info" a coordonné une série
de co-productions entre plusieurs télévisions étrangères
et la télévision palestinienne. C'est aussi l'équipe
francophone qui assure des projets importants pour la télévision
palestinienne, tels que le CAPMED sur la conservation des archives
audio-visuelles dans tout le bassin méditerranéen.
S'en est suivi un duplex avec les radios de Ramallah
(Voix de Palestine), Hébron radio Mara),
et Naplouse (radio al Najjah) qui ont chacune un programme
en français.
- Fatima Nasser, responsable du programme
français à la radio Voix de Palestine, est
intervenue depuis Ramallah en rappelant que le programme est né
en mars 1996 et que l'équipe de trois personnes prépare
un programme d'une demi-heure quotidienne sur l'actualité
avec une revue de presse, un reportage sur le patrimoine palestinien
et un programme de variétés.
- Isabelle Auras, enseignante de français
à l'université el Najjah de Naplouse, a donné
par téléphone une courte présentation du
programme mensuel, transmis par Internet en France. Comme l'indiquait
une étudiante, ce programme contribue à l'amélioration
de leur niveau en français.
- Chantal Abu Eisheh, de l'Association
déchanges culturels Hébron-France, a expliqué
depuis Hébron la naissance de leur programme bilingue "regards
croisés", bihebdomadaire avec une revue de presse,
des interviews, des sujets de société et des variétés.
Une radio est en cours d'élaboration également
à Bethléem à la faculté et gestion
hôtelière et de sciences humaines.
- Nathalie Pépiot, coordinatrice de
l'enseignement du français à Gaza a présenté
le magazine Crayon palestinien publié à 3000
exemplaires, créé par et pour les élèves,
se félicitant de cette graine de francophonie et de ce
ferment journalistique.
- Walid el Louh du Comité général
de l'information (SIS), a présenté sa page quotidienne
en ligne traitant de l'actualité et destinée aux
journalistes et ONG. Liée à la deuxième Intifada,
et démarrée en 2002, elle est rédigée
par deux fonctionnaires non formés et un budget très
réduit. Ils sont aidés de façon ponctuelle
par des bénévoles internationaux de passage.
Après la présentation des différents
médias, Hassan Kashef écrivain et conseiller
du ministre de l'information, a estimé que tout ce
qui a été présenté n'était
pas suffisant et que les médias palestiniens francophones
devaient faire un effort pour développer les programmes.
Il a ajouté que la francophonie devait être une contre
culture américaine et que les palestiniens "souhaitaient
consommer de la culture francophone", précisant que
les médias devaient sadresser à la jeunesse
et non plus seulement à une élite et qu'ils devaient
promouvoir des programmes pédagogiques et éducatifs
avec entre autres des dessins animés absents de ces médias.
- Marianne Blume, enseignante au département
français de luniversité el Azhar, après
avoir rappelé que la francophonie ce n'était pas
seulement la France, a mis l'accent sur l'importance d'adapter
le langage à la cible et donc qu'il ne suffisait pas de
traduire de larabe en français pour être compris
par lOccident mais qu'il était nécessaire
de sadapter à la forme de pensée occidentale
pour que le message puisse passer.
- Ziad Medoukh, responsable du département
français à luniversité al Aqsa
a regretté que la PBC soit peu regardée par les
étudiants, au profit de TV5. Il a indiqué qu'il
se servait lui-même de ce programme dans ses cours et a
proposé que soient élaborés des programmes
pédagogiques dans lesquels les étudiants seraient
impliqués.
- Rami Fayyad, coordinateur des écoles
a rappelé que 80% du public potentiel des médias
francophones étaient les élèves des collèges
et lycées et les étudiants des universités.
A ce titre, il était important de promouvoir leur travail
par une couverture médiatique qui participait à
l'essor de la francophonie pour les encourager. La transmission
par la chaîne satellitaire palestinienne de ces programmes
contribuerait également à donner une image positive
et dynamique de la Palestine. Des programmes d'apprentissage linguistique
pourraient être développés à la PBC,
et les élèves devraient pouvoir être partie
prenante dans la création d'émissions de Palestine-Info.
Dynamique de latelier :
La Section palestinienne de l'UPF tiendra prochainement
une réunion pour tirer les enseignements et les conclusions
de cet atelier-débat, une autre est prévue entre
les acteurs de la francophonie dans les médias palestiniens
pour élaborer des propositions concrètes.
Pour autant, nous pouvons déjà dégager
un certains nombre d'enseignements qui nourriront le débat
La présence du nouveau directeur général
de la PBC et celle du conseiller du ministre de l'information,
en ces temps où les médias palestiniens sont dans
une phase de transition, marquent une continuité de l'intérêt
que porte l'Autorité Nationale Palestinienne au développement
de la francophonie dans les médias palestiniens.
Au-delà de son soutien moral, Régis
Koetschet, consul général de France a donné
sa définition d'axe d'intérêt commun entre
la francophonie et les médias palestiniens.
Il est clair à partir de cet atelier que
ceux qui sont intéressés au développement
de la francophonie disposent d'une première ébauche
de base de données sur les actions en faveur de la francophonie
dans les médias palestiniens. Une première évaluation
dans le public a permis aux journalistes de ces médias
et à leurs responsables de se rendre compte de l'écho
de leur travail et d'en tirer surtout les enseignements :
Cet atelier a permis aussi de donner des
orientations vers lesquelles les médias palestiniens doivent
concentrer leur travail, notamment dans le domaine pédagogique
et éducatif, en collaboration avec les écoles et
les universités.
Cet atelier a aussi permis d'établir un
lien entre les acteurs à Gaza et ceux de la Cisjordanie.
Des perspectives d'actions communes sont déjà en
préparation.
Un sondage réalisé actuellement
auprès du public va nourrir encore les réflexions
à venir.
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