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FRANCOPHONIE

TV5Monde. UPF avec Serge HIREL

 

Accord entre les partenaires de TV5 Monde

PARIS, 30 avr (UPF) - Un accord "préservant le caractère multilatéral et pluraliste de TV5Monde" a été trouvé hier entre la France et les autres partenaires de la chaîne francophone - Communauté française de Belgique, Suisse, Québec et Canada -, sur la participation de la chaîne de la Francophonie à la réorganisation de l'audiovisuel extérieur français. Le président de TV5 Monde, M. François Bonnemain, a démissionné.

La nouvelle holding Audiovisuel extérieur de la France pourra détenir jusqu'à 49% du capital de TV5Monde, sur les 66% de capital détenus par les radiodiffuseurs français. L'accord prévoit également "des mutualisations de services" avec France 24 et Radio France Internationale (RFI) à définir plus "précisément", selon le ministère français des affaires étrangères.

M. Alain de Pouzilhac, nommé président directeur général de "Audiovisuel extérieur de la France" par décret publié le 26 avril au Journal officiel, a été nommé président de TV5 Monde. Mme Marie-Christine Saragosse, ancienne directrice générale et vice-présidente de TV5 (1998-2006), a été nommée directrice générale.

Les experts audiovisuels de tous les pays partenaires pourront postuler aux postes de direction de la chaîne, ajoute le ministère.

 

 

21.02.08 - 15.04.08
TV5Monde Pétition de riposte
http://tv5monde.riposte.free.fr/

 

 

TV Monde. Dossier par Serge HIREL

L'orage s'apaise ... TV5-Monde conservera
son autonomie au sein de France Monde

PARIS, mars 2008 - La récente disgrâce du conseiller Benamou et le nouveau plan qui les " associe " à France Monde, semblent avoir rassuré les partenaires étrangers de la chaîne francophone. Bien que regroupée avec RFI et France 24, celle-ci, qui reste au cœur de la réforme de l'audiovisuel français, devrait conserver une réelle autonomie. Sa direction générale sera confiée à une personnalité non française.

Les démonstrations de colère des actionnaires étrangers de TV5 Monde -Belges, Suisses, Canadiens et Québécois-, le courroux du personnel de la chaîne et l'inquiétude exprimée fermement par Abdou Diouf au nom des membres de l'OIF semblent avoir été entendus par Nicolas Sarkozy. La France va certes réformer son appareil audiovisuel extérieur, TV5 Monde sera concernée, mais devrait conserver, sinon son indépendance, du moins une réelle autonomie.

Revenons d'abord sur le film des événements. Avant même son accession au pouvoir, le Président de la République française avait annoncé vouloir donner un nouvel élan à l'audiovisuel extérieur, tout en réalisant quelques économies sur les crédits qui lui sont accordés. Aussitôt nommé, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a reçu mission de " procéder aux réorganisations nécessaires ", mais c'est en fait à l'Elysée, notamment dans le bureau du conseiller Georges-Marc Benamou, que le projet de réforme a pris corps.

Un rapport, dont le texte complet n'a pas été rendu public, a été remis fin novembre à Nicolas Sarkozy. Comme la rumeur, alimentée par des " sources bien informées ", l'avait annoncé dès la rentrée des vacances d'été, il préconisait la création d'un holding absorbant RFI, France 24 et… TV5 Monde, bien que la chaîne internationale francophone dispose d'un statut multilatéral.

Des partenaires attachés à TV5 Monde

Une " fusion " bien sûr combattue par le personnel de TV5 Monde, mais aussi -avec une vigueur parfois peu diplomatique- par ses actionnaires étrangers, inquiets quant à la pérennité de la chaîne et révoltés par la désinvolture -voire l'arrogance- avec lesquelles le conseiller élyséen les traitait.

Présidente de la Confédération suisse, Micheline Calmy-Rey a déclaré que " l'égalité des partenaires dans la prise de décision concernant la gestion et le développement de TV5 " était, selon elle, " primordiale". " TV5 est à la fois mondiale dans sa distribution, multilatérale dans sa gestion et indépendante dans son regard ", a-t-elle aussi affirmé. Premier ministre du Québec, Jean Charest, pour sa part, a souligné son "attachement très, très profond " à TV5 et à son rôle au sein de la Francophonie. Quant à Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel de la Communauté française de Belgique, elle a dit craindre que " TV5 perde sa spécificité " et est allée jusqu'à envisager que la RTBF " mette fin à sa participation au financement " de la chaîne. Abdou Diouf, secrétaire général de l'OIF, a été tout aussi clair en estimant que TV5 n'avait pas sa place dans le schéma de holding que la France veut imposer.

Toutes ces réactions hostiles au projet de fusion n'ont pas empêché néanmoins le président Sarkozy, le 8 janvier, d'officialiser publiquement le projet en annonçant la création imminente de France Monde. Une annonce aussitôt confirmée par un document non signé envoyé par l'Elysée aux partenaires étrangers de TV5 Monde et reprenant pour l'essentiel le projet du conseiller Benamou.
Six semaines plus tard, le 20 février, après, semble-t-il, quelques hésitations, l'Elysée annonçait que le président de la nouvelle société publique serait l'actuel PDG de France 24, Alain de Pouzilhac, un homme issu du monde de la publicité, qui a notamment été président d'Havas jusqu'à son limogeage par Vincent Bolloré.

Benamou en disgrâce

A la veille de cette annonce, dans le quotidien montréalais " Le Devoir ", Louise Beaudoin, ministre québecoise de la Culture et de la Francophonie, avait indiqué : " Pour assurer la relance de la Francophonie internationale et plus particulièrement de TV5 Monde, les partenaires principaux, la Suisse, la Communauté française de Belgique, le Québec et le Canada, doivent investir massivement de telle sorte que la France ne soit plus majoritaire ou du moins que le financement multilatéral soit plus équilibré ". Est-ce la fermeté de cette proposition qui a incité Alain de Pouzilhac à se montrer conciliant ? En tout cas, à peine nommé, il déclarait qu'il n'était " pas question " de fusionner TV5, RFI et France 24, mais de trouver des " synergies " et de les " faire travailler ensemble "…

Depuis lors, les choses ont beaucoup évolué. Aujourd'hui, la fusion pure et simple de la chaîne francophone avec RFI et France 24 au sein de France Monde n'est plus du tout à l'ordre du jour. En disgrâce, l'auteur du rapport qui a mis le feu aux poudres, Georges-Marc Benamou, a quitté l'Elysée… Quant à Jean-Marie Bockel, qui n'avait pas, sur ce dossier, fait montre de beaucoup de pugnacité pour défendre TV5 Monde, il a laissé le secrétariat d'Etat à la Coopération et à la Francophonie à un nouveau venu au gouvernement, un homme de presse, Alain Joyandet. Même Alain de Pouzilhac ne fait plus aucune référence au plan Benamou, désormais oublié…

TV5 Monde, " partenaire " de France Monde

Le Président de la République française, toujours soucieux de redonner de l'élan à l'audiovisuel extérieur, tout en rationalisant son coût, maintient certes son choix de regrouper les trois sociétés au sein de France Monde, mais il a promis cette fois d'" associer les partenaires francophones de TV5 Monde ". Dans le nouveau plan qui leur a été présenté, ceux-ci obtiennent de sérieuses garanties. Ils semblent aujourd'hui rassurés sur l'avenir de la chaîne et, surtout, sur son rôle au service de la Francophonie. En clair, TV5 Monde ne sera pas " la filiale de la France " que redoutait Abdou Diouf.
" Même si la contribution de la France est importante dans TV5 Monde, cette chaîne ne peut être traitée de la même façon que RFI ou France 24, mais comme un partenaire à part entière ", précise le nouveau plan, qui préconise un nouveau profil de France Monde. Le conseil d'administration de la maison mère de l'audiovisuel extérieur français devrait être composé de douze membres, six représentants du gouvernement et six personnalités qualifiées. Une ou plusieurs de celles-ci pourraient être désignées parmi les actionnaires étrangers de TV5 Monde. Il se dit même qu'un siège pourrait être réservé à Abdou Diouf lui-même…

Par ailleurs, le capital de la chaîne francophone sera profondément modifié. Les actionnaires français actuels -France Télévisions, Arte et Ina-, qui en possèdent 66,5%, en conserveront 17,5%, France Monde ne récupérant que 49%, alors que, dans le plan Benamou, elle prenait possession de l'ensemble des actions aujourd'hui détenues par l'audiovisuel public français. Autre garantie donnée aux partenaires étrangers de TV5 Monde : Alain de Pouzilhac prendra bien la présidence de la chaîne, en remplacement de François Bonnemain, mais la directrice générale de TV5 Monde, Christine Ockrent n'occupera qu'un poste d'administrateur. La direction générale de TV5 Monde qui devait lui revenir dans la version Benamou, sera réservée à une personnalité non française. En cas de désaccord avec le président de France Monde, celle-ci pourra saisir hauts fonctionnaires et ministres des pays partenaires…

Décision finale fin mai

Enfin, si la recherche de synergies entre les trois sociétés est toujours au cœur du projet, l'idée d'une rédaction commune semble quasiment abandonnée. Même le portail Internet France Monde, qui verra effectivement le jour, laissera une très large autonomie à TV5 Monde, qui, dans ce domaine, a une longueur d'avance.
Ce nouveau plan, qui ne devrait plus subir que des retouches mineures, sera soumis fin mai à l'approbation officielle du conseil des ministres de TV5 Monde, seul habilité à approuver l'intégration de la chaîne dans France Monde. Ensuite, enfin rassurée sur son avenir, la chaîne internationale francophone, dans sa nouvelle organisation, aura encore à retrouver une sérénité déjà perdue bien avant le plan Benamou. On ne peut qu'espérer que les mécontentements de ces dernières années, que les violents remous de ces derniers mois iront vite rejoindre au placard le rapport de ce conseiller boutefeu.

Serge HIREL

 

 

François Bonnemain : " TV5 Monde
manque de moyens, pas de projets "

PARIS, février (UPF) - Dans son édition du 14 février, " La Correspondance de la Presse ", une lettre quotidienne qui, éditée à Paris, est considérée comme " la bible " par les professionnels de la communication, a publié de larges extraits de la réponse qu'a apportée François Bonnemain, le PDG de TV5 Monde, au document " Quel TV5 voulons-nous pour demain ? ", envoyé par l'Elysée, à la mi-janvier, aux partenaires de la chaîne internationale en langue française.

Dans ce texte d'une trentaine de pages, intitulé " TV5 Monde, aujourd'hui et demain ", le PDG de TV5 Monde se montre très critique. Selon lui, l'auteur du rapport élyséen, Georges-Marc Bennamou, méconnaît " ce que TV5 Monde réalise " et ses propositions sont " en décalage avec l'objectif recherché, à savoir: obtenir des évolutions politiques et stratégiques importantes ".
Nommé, le 20 février dernier, président de France Monde, qui détiendra 49% du capital de la chaîne francophone, Alain de Pouzilhac en prendra aussi la présidence dans les prochaines semaines. De ce fait, le document de François Bonnemain prend l'allure d'un bilan personnel, mais aussi d'un état des lieux qui pourra servir de référence pour juger des progrès qu'elle fera, " associée " aux sociétés de l'audiovisuel extérieur français.
" Confronté à un environnement mondial des médias en profonde mutation, TV5 Monde a choisi la seule stratégie susceptible d'asseoir sa place : créer, développer et décliner une marque forte et pérenne ", écrit François Bonnemain, qui estime que " son identité est déjà forte et cohérente ". Celle-ci est articulée autour de son " statut de mini-généraliste ", sa " forte vocation culturelle ", sa " dimension internationale " et sa vocation à être " un vecteur de la francophonie multiculturelle ", précise-t-il. Ainsi, malgré une " multiplication des chaînes dans l'univers local, TV5 Monde, par son format généraliste rare, pour ne pas dire unique (…), a su non seulement résister, mais n'a cessé de se développer ".

"Pas question d'abandonner des modes de diffusion"

Sur le plan éditorial, le rapport élyséen souhaitant que TV5 Monde devienne " la grande chaîne internationale de la culture et du réel ", François Bonnemain s'insurge contre ce qu'il considère comme " la remise en cause du caractère généraliste de la chaîne " . Loin de " juxtaposer des programmes trop hétéroclites ", comme l'affirme le rapport élyséen, l'antenne de TV5 Monde est " plurielle, conformément à la mission dévolue par la charte ", écrit-il. " En suivant les recommandations de la note, il faudrait supprimer : la jeunesse, le sport, le divertissement, les jeux, le spectacle vivant et l'information propre, poursuit-il. Notre positionnement actuel (…) est déjà très segmentant. Une spécialisation thématique (…) risquerait de nous couper de pans entiers de population ".

Le PDG de la chaîne francophone défend aussi la pérennité de son réseau de distribution. TV5 Monde est aujourd'hui reçue dans plus de 180 millions de foyers. Georges-Marc Benamou, lui, en relativise l'importance " en raison de la future prédominance à terme rapproché de l'Internet comme mode de réception des images ". Or, selon François Bonnemain, " un mode de réception ne se substtitue jamais entièrement à un autre ". " Il n'est pas question pour TV5 Monde d'abandonner des modes de diffusion, mais plutôt d'accompagner leurs évolutions ", écrit-il, estimant aussi que " la disponibilité de programmes pour une diffusion mondiale sur Internet est à ce jour quasiment nulle (…), à moins (…) de disposer de capacités financières sans commune mesure avec notre budget actuel ".
" Diffuser une chaîne par le biais d'Internet est déjà pour TV5 Monde une réalité partout où cela est possible ", ajoute François Bonnemain, qui considère que le site Internet actuel " préfigure " la " plateforme " souhaitée par le rapport élyséen. En désaccord également quant à l'audience de ce site -" les positions de TV5 Monde sont fragiles ", avait écrit Georges-Marc Benamou-, le PDG assure qu'il " génère deux fois et demi plus de visites que ceux pourtant riches de RFI et de France 24 ", ces résultats ayant " été obtenus avec des moyens financiers modestes (moins de 1,5 million d'euros par an) ".

"Notre financement par les Etats a atteint ses limites"

François Bonnemain se montre encore plus ferme sur la question du modèle économique et n'hésite pas à qualifier de " fausse " l'affirmation du document élyséen selon lequel TV5 Monde en a " atteint les limites ". " Ce n'est pas le modèle économique de TV5 Monde qui a atteint ses limites, mais la volonté de financement de l'activité de la chaîne par les États bailleurs de fond ", assure-t-il, précisant que " les contributions des États n'ont augmenté entre 2005 et 2008 que de 2,5 %, alors que les charges ont augmenté automatiquement de près de 10 % sur la même période ". " Les contributions des pays partenaires augmentent proportionnellement plus que la contribution française sur les cinq dernières années ", ajoute-t-il, regrettant " des gels et amputations de budget très significatifs de la partie française ".

Examinant ensuite le projet de " rationalisation " imaginé par le conseiller de Nicolas Sarkozy, le PDG de TV5 Monde estime que les mesures prévues " ne conduiront à dégager des économies importantes que de façon fort peu probable ". Après avoir indiqué que les ressources propres de la chaîne ont augmenté de 50 % en cinq ans, il s'inquiète de l'arrêt de la publicité à France Télévisions. Le groupe public " génère la majeure partie de notre chiffre d'affaires publicitaire ", indique-t-il.

La simplification de l'actionnariat de la chaîne francophone, préconisée par Georges-Marc Benamou, ne parvient pas non plus à le convaincre. Si l'idée est " séduisante ", elle " mettra en cause la dynamique fondatrice de TV5 Monde ", notamment en cas de désengagement de France Télévisions, d'Arte-France et de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), écrit-il. " L'alimentation des antennes par des programmes achetés en remplacement de ceux de France Télévisions et d'Arte France coûterait plus de 30 millions d'euros la première année et 24 millions les années suivantes ", argumente-t-il.

"Nous pratiquons la maîtrise des coûts depuis longtemps"

Enfin, concernant la mutualisation des moyens entre les rédactions de TV5 Monde et de France 24, François Bonnemain estime que sa chaîne apparaît comme " la vitrine télévisuelle de l'espace francophone ", et que la création d'une " news room " devra " nécessairement tenir compte des spécificités de TV5 Monde ". Quant à la fusion des " fonctions supports " de TV5 Monde, RFI et France 24 (ressources humaines, finances, affaires juridiques, technologies et études), elle ne dégagera pas, selon lui, les économies escomptées. TV5 Monde " pratique la maîtrise des coûts depuis longtemps " et il " serait illusoire de croire que l'on pourrait aller plus loin à périmètre d'activité constant ", écrit-il.
En conclusion, François Bonnemain souligne que le document envoyé par la France à ses partenaires " ne comporte ni conclusion, ni étude de faisabilité technique, ni évaluation juridique, ni expertise fiscale, ni chiffrage, ni prise en compte du contexte social, alors qu'il fait des dizaines de propositions qui ont des conséquences importantes dans ces domaines ".
Assurant que " les personnels de TV5 Monde sont déstabilisés par ce qu'ils lisent sur leur travail et leur entreprise ", le PDG de la chaîne internationale en langue française juge également que sa chaîne " manque de moyens pour mieux valoriser ses actions et assurer son développement ", mais " pas de projets ".

Serge HIREL
avec La Correspondance de la presse 14.02.08