Crimes et atteintes envers les journalistes : l’Afrique également concernée

publié le 5 novembre 2018

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En décembre 2013, lors de sa 68e session, l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé le 2 novembre Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes. Une date choisie en mémoire de l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, au Mali, le 2 novembre 2013. Partout dans le monde, des journalistes sont tués pour l’exercice de leur métier, celui d’informer les populations. Le continent africain ne fait pas exception.
Au cours des 12 dernières années, plus de 1 000 journalistes ont été tués pour avoir voulu couvrir des évènements et informer le public. Dans neuf cas sur dix, les meurtriers restent impunis. Si les envoyés spéciaux sont parfois tués sur des terrains de guerre, ce sont les journalistes locaux enquêtant sur la corruption, la criminalité et la politique qui constituent, de loin, le plus grand nombre de victimes.
Selon Reporters sans frontières, la Syrie est le pays le plus meurtrier au monde pour les reporters, suivie du Mexique, le pays en paix le plus dangereux. Mais en Afrique aussi, l’exercice de la profession peut être périlleux, et les crimes commis contre des journalistes restent souvent impunis.
« La RDC reste le pays d’Afrique sub-saharienne où sont enregistrées le plus grand nombre d’atteintes à la liberté de la presse », selon l’organisation Journalistes en danger (JED) qui publie son rapport annuel.
De la menace à la mort, la triste réalité du journalisme en RDC
Ces 15 dernières années, 12 professionnels des médias ont été assassinés dans le pays, le dernier en 2015, sans que les véritables auteurs de ces crimes ne soient inquiétés. Une « culture de l’impunité » qui, selon Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de l’organisation, « tue la liberté de la presse ».
En 2018 encore, l’organisation a recensé 121 cas de journalistes interpellés, arrêtés, menacés ou encore victimes de censure. Le même chiffre qu’en 2017, selon ce rapport baptisé « Les élections de tous les dangers pour les journalistes ». Quelque 54 journalistes ont été, à un moment donné, privés de libertés en RDC en 2018. Un chiffre quasiment stable comparé à l’an passé mais avec une évolution notable : les cas de détention de plus de 48 heures ont doublé, 15 contre sept recensés l’an passé. Parmi eux, un seul journaliste, Tharcisse Zengia, du journal satirique Le Grognon, est actuellement détenu dans une affaire de diffamation.
Viennent ensuite les pressions ou censures : 37 cas recensés ; puis les menaces et les agressions : 30 cas cette année. En première ligne, selon JED, on trouve les journalistes couvrant les manifestations de la société civile et de l’opposition, régulièrement interpellés, privés de leur matériel ou « passés à tabac » selon ce rapport qui revient également sur le cas de trois journalistes de la télévision publique « révoqués » selon JED pour avoir « tenté de diffuser » un reportage sur une marche hostile au pouvoir. L’organisation déplore également la tendance des autorités à couper l’Internet et les services de messagerie lors de ces manifestations.
La « crise » en RDC génère de la pression sur les médias
Les journalistes d’investigation ne sont pas épargnés. Un exemple : celui de ces deux documentaristes contraints, toujours selon JED, « de vivre en clandestinité après la diffusion de témoignages de personnes expropriées d’un terrain revendiqué par le chef de l’Etat ».
Cette année encore, selon JED les services de sécurité, police, armée et agence nationale de renseignements sont responsables de 44% des cas de violations recensés.
Pour JED, la « crise » dans laquelle se trouve plongée la RDC depuis 2016, suite aux différents reports de l’élection présidentielle désormais prévue en décembre, accentue la pression sur les journalistes.
L’organisation déplore enfin que deux projets de loi, l’un sur l’accès à l’information et l’autre sur la liberté de la presse, soient bloqués à l’Assemblée nationale depuis 2015 et que « par manque de volonté politique », la RDC s’appuie toujours sur une législation « répressive » adoptée en 1996 du temps de Mobutu. Une loi qui « fait référence au Code pénal » et « prévoit des peines de prison et de fortes amendes pour l’injure et la diffamation », au point selon JED « d’anéantir par exemple toute possibilité pour les journalistes de dénoncer des tentatives de fraudes ».
■ Ailleurs sur le continent
Au Burundi. Le président de l’Observatoire de la presse au Burundi qui vit en exil (au Rwanda) dénonce l’impunité dont jouissent les responsables des crimes commis contre les journalistes depuis 2015 et la crise que traverse ce pays. Il parle notamment du cas de deux journalistes tués dont l’un exécuté ouvertement avec toute sa famille par des policiers d’une unité d’élite chargée de la protection des institutions. Innoncent Muhozi accuse le pouvoir d’être responsables de ces crimes, malgré les dénégations répétées de ce dernier.
En Algérie, une centaine de journalistes mais aussi employé de médias, chauffeurs, correcteurs, ont été tués pendant la décennie noire.
Parmi eux, Saïd Mekbel, directeur du jounal Le Matin, assassiné en décembre 1994. Lassé de commémorer uniquement sa mort, son fils a décidé de commémorer - chaque 22 mars, car ce jour-là, deux années de suite en 1993 et 1994 -, les Algériens ont marché contre le terrorisme, toutes les mémoires, celles des journalistes, mais aussi de toutes les victimes anonymes du terrorisme des années 1990 en Algérie. Pour ne pas oublier, et pour ne laisser ni l’Etat ni les islamistes réécrire l’histoire de ces années-là, Nazim Mekbel appelle aussi à se souvenir de tous les autres.

Source : RFI

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