Egypte : la liberté de la presse est-elle à l’agonie ?

publié le 3 août 2018

L’Egypte occupe la 161e place sur 180 dans le classement mondial sur la liberté de la presse établi par RSF. Plusieurs journalistes sont emprisonnés.

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Le verdict était attendu samedi 28 juillet La justice égyptienne a finalement décidé de le repousser. Shawkan, de son vrai nom Mahmoud Abou Zeid, lauréat cette année du prix mondial de la liberté de la presse de l’Unesco, reste donc en prison. Il y croupit déjà depuis cinq ans. Le photographe de 30 ans, accusé d’acte de terrorisme, risque la mort par pendaison. Son tort ? Avoir couvert, le 14 août 2013, une manifestation des partisans de l’islamiste Mohamed Morsi, place Rabaa-al-Adawiya au Caire, qui demandaient son retour à la présidence. Les forces de l’ordre ont chargé, des centaines de personnes ont été tuées et Shawkan a été arrêté. La Cour a en revanche prononcé samedi la peine de mort contre 75 islamistes présents ce jour-là, dont des dirigeants des Frères musulmans.
Le calvaire de ce photographe illustre les difficultés extrêmes auxquelles les journalistes sont confrontés en Egypte pour exercer leur travail. Des conditions qui se sont dégradées au fil des années. "Avec l’arrivée d’Internet, le régime de Hosni Moubarak s’était libéralisé, sur la fin, dans son rapport aux médias, rappelle Sophie Anmuth, responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières. En 2011, lorsque la révolution a commencé, l’information était partout. Dans le même temps, des blogueurs étaient arrêtés, le matériel des journalistes était vandalisé… Lorsque Mohammed Morsi est arrivé au pouvoir, en 2012, les télévisions se sont polarisées entre pro et anti-Frères musulmans. Enfin, sous le régime du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, les arrestations se sont multipliées. Surtout depuis fin 2017."
32 journalistes emprisonnés
Près de 500 sites Web sont aujourd’hui bloqués, dont des dizaines de sites d’information. Au moins 32 journalistes seraient actuellement privés de liberté. La loi adoptée le 16 juillet au Parlement ne devrait pas arranger la situation : ce texte octroie au Conseil supérieur de régulation des médias le pouvoir de suspension ou de blocage d’un site – mais aussi d’une page de réseau social ayant plus de 5.000 abonnés – pour "incitation à la violence" ou "publication de fake news". Une prérogative réservée jusqu’ici au pouvoir judiciaire, qui ne s’est pas privé de l’utiliser. Ces réformes doivent encore être ratifiées par le président Sissi – une formalité. L’Egypte occupe la 161e place sur 180 dans le classement mondial sur la liberté de la presse établi par RSF.

Source : Le JDD

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