La chronique de Jean Claude Allanic

publié le 3 août 2018

L’héroïsme n’est plus ce qu’il était !

Les journalistes ont le sens des formules. Ce serait encore mieux s’ils avaient davantage le sens des mots. Ainsi donc, les médias français ont glorifié à longueur de colonnes, d’antennes et de superlatifs les « héros » de la coupe du monde érigés en demi-dieux. Comme dit l’autre, trop d’héroïsme tue l’héroïsme. Nos footballers sont des « champions » et même, si cela vous fait plaisir, des « super champions ». Gloire donc à Mbappé, LLoris, Giroud, Griezmann, Pavart, Hernandez, Umtiti, Didier Deschamps et tous les autres qui ont bien défendu les couleurs de la France. Une gloire qui rejaillit aussi sur la francophonie grâce à nos joueurs dont les aïeux sont nés dans des pays francophones d’Afrique.
Encore bravo. Mais un sportif n’est pas un héros si ce n’est de sa propre histoire. Un héros est quelqu’un qui se distingue par sa bravoure exceptionnelle, souvent au péril de sa vie. Le colonel Beltrame est un héros, Mamoudou Gassama qui a escaladé la façade d’un immeuble pour sauver un enfant est un héros et les quelques trois cents personnes qui, tous les ans, plongent dans les rivières ou entrent dans des maisons en feu pour sauver des vies méritent bien davantage le titre de héros que des champions sportifs.
Si les mots ont un sens, autant les utiliser dans leur bon sens et d’une manière sensée ; ce que tout journaliste est censé savoir. Entendu ainsi, au hasard des radios et télés (pardon pour l’apocope), parler d’une « piscine provisoire qui avait l’avantage d’être pérenne » (comprenne qui pourra), parler de la « bouche » d’un chien (c’est vrai que cela a plus de gueule), décrire la Marne comme un « fleuve » se jetant dans la Seine (« rivière » devrait couler de source ) ou, encore, évoquer une supposée (surtout pas soit disant) « grossesse royale » de la jeune épouse du prince Harry (jusqu’à preuve du contraire, le roi d’Angleterre est une reine et elle ne s’appelle pas Harry). Et, passons sur les clichés comme le « tsar de la Russie » pour Poutine, « l’évasion du siècle » à propos de Rédoine Faïd ou les « jamais vu depuis…. » (Faudrait savoir : cela a déjà été vu ou jamais vu ?). Quant à la polémique sur Alexandre Benalla, j’ai lu que c’était une « affaire d’état ». C’est, sans doute, moins grave que si cela concernait l’Etat. Il faut reconnaître que le français est parfois un vrai casse-tête.
Pour me « vider le cerveau », comme disait un ancien patron de télévision, je me suis détendu en regardant « Pékin Express » sur M6. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les concurrents ne mettront pas les pieds en Chine mais vont parcourir l’Asie du sud-est jusqu’au Japon. Pendant plus d’une heure les candidats, ramant sur une pirogue, enchaînaient les « putains », « merde » et « fait pas chier ». Dieu soit loué, je n’ai entendu ni invocations blasphématoires ni allusions à une certaine partie (basse) de l’anatomie humaine. Rien à redire du point de vue du français ; tous ses jurons sont acceptés par l’académie française. Même la vulgarité a sa place dans le monde merveilleux de la francophonie !

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