La chronique de Jean-Claude Allanic* : A n’y rien comprendre !

publié le 4 juin 2018

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Au secours, je ne comprends plus ma langue natale. J’étais déjà perturbé par les ayatollahs de la novlangue qui voulaient que je ne parle plus d’élèves mais d’apprenants et qui préconisaient une éducation aux médias « organisée de façon spiralaire ». Et voici que maintenant même le « Figaro », le journal ayant le plus d’académiciens français dans ses rangs, succombe à la dénaturation* du français avec une photo du festival de Cannes prise lors … « d’un photo call ». Sans doute s’agit-il d’une « séance photo » ?
La même semaine, une école de journalisme à laquelle je collabore m’informe, qu’en vertu d’une réforme de la formation professionnelle, les stagiaires auront désormais le choix entre une formation soit « en présentiel » soit « en « distanciel » avec la possibilité, évidemment, de « blended » entre le présentiel et le distanciel (par parenthèses, moi, je suis plutôt « single malt » que « blended »).
Je ne suis pas contre un « chouia » d’apport étranger dans notre langue. Et quand je dis « notre » langue, j’entends celle de tous les francophones avec leur histoire, leur évolution, leur accent, en un mot leur singularité culturelle.
Les langues sont faites d’échanges, d’influences, voire de modes. Le sens des mots change avec le temps. Ce que je trouvais « très » bien quand j’étais plus jeune, mes petits-enfants vont le trouver « trop » bien. Je ne supporte pas franchement les supporters de football qui supportent leur équipe en se castagnant. Mais je « soutiens », évidemment, les sportifs nationaux.
Une langue vivante, par nature, évolue, s’adapte, s’enrichit. C’est le cycle de la vie. A condition que chacun continue à comprendre ce que veut dire l’autre. Sinon, elle ne peut que s’appauvrir.
Jean-Claude Allanic.
*Selon les dictionnaires : action de modifier les qualités ou les caractéristiques d’un produit en profondeur, jusqu’à le rendre impropre à la consommation.
Notre ami Jean Claude Allanic, successivement présentateur, grand reporter, et médiateur à France 2, a accepté de nous proposer chaque mois une nouvelle chronique consacrée à l’usage du français dans les médias. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

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