La chronique de Jean-Claude Allanic : C’est pas tout bon

publié le 5 janvier 2019

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La loi Toubon, qui voulait bouter les mots anglais hors de la francophonie, aura vingt-cinq ans, cette année. Pour défendre la langue française, elle imposait l’usage systématique, dans les administrations et services publics, de mots français, quitte à en créer de nouveaux si nécessaire. Elle obligeait également les entreprises étrangères installées en France à rédiger tous les documents fournis à leurs salariés dans la langue de Molière. Concernant les publicités, elle n’interdisait pas les slogans dans une autre langue mais rendait leur traduction obligatoire.
A l’heure d’un bilan, un quart de siècle plus tard, qu’en est-il de cette loi « Allgood » comme l’appelait ses détracteurs ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas tout bon !
Du côté des médias, il y a longtemps que les « battles » et autres « voices » ont envahi les programmes de télévision. Le virus a même touché des magazines d’information jugés sérieux comme le « 7 à 8 » de TF1 avec sa séquence « 7 à 8 life » (à ne pas confondre avec un direct « live », comme dirait Coluche). Quelqu’un pourrait-il expliquer ce que veut dire ce « life » ? S’agirait-il de reportages sur des « tranches de vie » ? Il est vrai que « tranches de vie », cela fait un peu charcutier. Ce qui me rappelle ce charcutage grammatical décidé par un de mes anciens patrons qui avait baptisé une nouvelle antenne de Radio France « Radio bleu » - sans « e ». Car, disait-il, « il s’agit du mot bleu, pas de l’adjectif » (sic). Après cela, allez expliquer aux écoliers qu’une fleur, qu’une peur, qu’une baleine, s’accorde, comme une radio, au féminin …
Si les journalistes se creusent parfois les méninges pour faire preuve d’originalité, les publicitaires, eux, pratiquent naturellement le « brain storming » qui ne peut se faire qu’en anglais, of course. D’où ce véritable tsunami anglo-saxon qui submerge nos « pubs ». La preuve avec ces quelques exemples relevés, en une semaine, dans les « news magazines » (pardon pour l’anglicisme) ou à la télé (pardon pour l’apocope). Ainsi, Peugeot nous garantit « motion and emotion » avec sa nouvelle 508 et se demande (nous aussi) : « What drives You ? ». That is the question. De leur côté, Lexus nous promet une « experience « amazing », Mercedes nous donne le choix entre « The best or nothing » et Citroën se sent « inspired by you ». Quant à Seat, il se pose cette existentielle interrogation : « What not now ? ». To have or not to have ?
What else ? J’aime le « Say Yes To the World » de Lufthansa et son astérisque qui, conformément à la loi Toubon, est traduit (ce que font rarement les marques françaises). Félicitons, au passage, Rochebobois qui réussit avec son « French art de vivre », à s’exprimer en anglais tout en faisant du « en français dans le texte ».
Inspiré peut-être par le « life » de sa cousine TF1, Bouygues Télécom déclare sa flamme téléphonique également en anglais : « We love technology ». C’est beau comme un « French kiss » et c’est tout de même plus excitant qu’une banale déclaration en français ! « Que je t’aime, que je t’aime, que je t’aime » chantait le francophone belge Jean-Philippe Smet. Aurait-il eu le même succès s’il ne s’était pas fait appeler Johnny Halliday ? C’était le temps des « yéyés » très prisé des « babyboomers ». C’était la mode à l’époque. Mais la mode, ça se démode.
Que ceci ne m’empêche pas de vous dire à toutes et à tous, consœurs et confrères de la francophonie : « Happy new year* ».
* « Bonne année » (traduit, conformément la loi sn°94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française).

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