La chronique de Jean Claude Allanic : marronniers et jeux d’été

publié le 31 juillet 2019

image La chronique de Jean Claude Allanic : marronniers et jeux d'été

J’ignore quelle est l’influence du réchauffement climatique sur les marronniers mais que deviendrions-nous sans ces passages journalistiques obligés à chaque rentrée scolaire, à chaque période de vacances, à chaque changement d’heure pour les uns, à chaque commémoration officielle pour les autres ?
Les « marronniers », comme les « chiens écrasés », ont leurs lettres de noblesse. L’exercice exige du style, de l’imagination et du talent pour sortir des chemins battus et des clichés. Les plus vieux du métier – qui ne sont pas toujours les plus motivés - repassent volontiers le bébé aux plus jeunes de la rédaction ; une aubaine pour les meilleurs qui réussissent, de temps à autre, à réinventer le genre.
Et, puisque l’actualité est supposée être « creuse » pendant cette période estivale de l’hémisphère nord, cette chronique va donc sacrifier à ce marronnier qui fleurit dans les colonnes de nos journaux entre juillet et août : les jeux de l’été.
Comme les écoliers ont leurs devoirs de vacances, voici l’occasion de revisiter notre français et de se souvenir de quelques pièges à éviter.
Savez-vous, pour commencer, que le terme journalistique de marronnier remonte à un épisode tragique de la Révolution française : le massacre des gardes Suisses, dans les jardins des Tuileries, le 10 août 1792 ? La floraison de marronniers au-dessus des tombes était devenue le prétexte d’une célébration annuelle. C’est ainsi que cet arbre est entré dans l’histoire du journalisme francophone.
Deux siècles et quelques plus tard, les académiciens avaient-ils l’esprit botanique quand ils ont décidé de traduire le terme informatique « bug », non pas par insecte, mais par « bogue », comme l’enveloppe du marron ? L’essentiel étant de ne pas céder à l’anglomanie, on ne ressassera jamais assez qu’il existe toujours un mot français face à un mot anglais.
A propos de « ressasser », voici un mot que vous pouvez lire dans les deux sens. Et si vous avez trouvé que c’est le palindrome le plus long de la langue française, vous avez gagné ! A ne pas confondre avec un anagramme qui comporte exactement les mêmes lettres, comme « guérison » et « soigneur ». Si vous croyez aux médecines parallèles, vous pouvez vous faire soigner par une guérisseur ou une guérisseuse. Sinon, si vous préférez vous pouvez vous adresser à un médecin ... dont le sexe est grammaticalement indéterminé.
Si vous voulez briller auprès d’un ou d’une de vos collègues, citez-leur des exemples d’énantiosémie. Rassurez-vous, ce n’est pas une maladie. Il s’agit de termes polysémiques dont au moins deux des sens sont des antonymes. Ça, c’était pour faire savant. En clair, c’est beaucoup plus simple puisqu’il s’agit de mots qui ont au moins deux sens contraires sinon contradictoires . Ainsi, un hôte est à la fois quelqu’un qui reçoit un invité et l’invité qui est reçu . Et si votre patron vous remercie, cela peut être très agréable ou très désagréable. Ou encore, comme disait Pierre Lazaref , feu directeur du feu « France Soir » : « Ce métier sacré est un sacré métier ».
Pour les amateurs du « mot le plus long », la palme revient à « anticonstitutionnellement » - un terme que certains dirigeants politiques connaissent fort bien (ne suivez pas mon regard !). Plus sympathique (bien que pour ma part, je n’ai jamais réussi à le prononcer correctement à l’antenne) est le lipogramme « institutionnalisation » ; pas le moindre petit « e » !
Remontons sur les branches de notre marronnier où des « oiseaux » ont fait leur nid et s’attribuent le mot comportant toutes les voyelles de l’alphabet et dont aucune lettre ne se prononce.
Pour les poètes de la francophonie, inutile de tenter d’écrire un sonnet sur les blagues belges. Le mot « belge » ne rime avec rien, pas plus d’ailleurs que « triomphe », « simple » ou « monstre ».
Enfin, pour les amoureux de la langue française que nous sommes tous, terminons ce petit jeu par les délices de l’amour. Un amour est un délice. Au singulier, les deux mots sont du genre masculin. Au pluriel, les amours, comme les délices qui les accompagnent, s’accordent au pluriel. Confusion des sentiments, théorie du genre ? L’amour est, parfois, une chose aussi compliquée que la langue française.

jcallanic@gmail.com

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