La chronique de Jean Claude Allanic : Une journée de francophone

publié le 6 juillet 2018

image La chronique de Jean Claude Allanic : Une journée de francophone

En ouvrant mon journal parisien, ce matin, une publicité m’apprend que le « Carrefour city » de mon quartier ouvre un « drive piéton » ! Moi qui croyais me souvenir que « drive » s’appliquait à la conduite automobile. Après avoir vérifié que nous n’étions pas le 1° avril, j’ai compris qu’on pouvait retirer ses commandes à un comptoir spécial, comme dans n’importe quel « fast food ». Ma journée de francophone commençait mal.
Après une dure journée au travail dans « l’open space » bruyant d’une rédaction et un « brainstorming » qui a tourné au casse-tête, j’ai voulu me détendre en regardant la télé (chez Coca Cola, on dit qu’on se « vide le cerveau »). Au programme, il y avait « The Voice » et ses « battles » entre candidats sur une chaîne, « Safe » et « Magic in the moonlight » sur les chaînes publiques, « Ghost in the Shell » sur une autre, ou encore « The assassination of Gianni Versace » ou « Die Hard » ou « Blood Ties ». Les « pitchs » des uns et les « trailers » des autres ne m’ayant pas convaincu, je me suis rabattu sur un « match » (une rencontre ?) de la coupe du monde de « football ».
Je n’ai pas voulu terminer ma journée sur ces anglicismes. Les journalistes québécois étant de meilleurs gardiens du temple francophone que les journalistes français, j’ai donc envoyé un « mail » à un ami québécois pour lui demander quelques traductions pour ce billet publié dans « l’infolettre » de l’UPF – à ne pas confondre avec une quelconque « newsletter ».
Il m’a répondu par « courriel ». Dans la belle province, « The Voice » s’appelle « La voix » et ses « battles » sont des « champs de batailles ». Un « drive in » se dit « service-au-volant » ou « service à l’auto » et un « brainstorming » est « remue-méninges ». Et pas besoin de se creuser la cervelle pour savoir qu’un « pitch » est, tout banalement, un « résumé » et qu’un « trailer » est une bande-annonce. Il est vrai que le français tel qu’on le parle au Québec, ça fait un peu « vintage » dans les salons parisiens !
Il était temps pour moi d’aller dîner. Mais quand je suis à Montréal, le soir, je ne dîne pas, je soupe. Le midi, à Paris, je déjeune et à Montréal je dîne. Bonjour les quiproquos !
Mais la richesse de notre langue commune est de s’enrichir des cultures et des langues nationales, des dialectes, des accents, des expressions et des déformations locales. A Madagascar, je suis un « vazaha », au Burundi un « mzungu », à la Réunion un « z’oreille », en Belgique et en Suisse, j’ai passé le cap de septante ans. Ce qui ne m’empêche pas de me reconnaître dans une communauté de 274 millions de personnes de par le monde.

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