La chronique de Pierre Ganz : Une nouvelle charte d’éthique pour les journalistes

publié le 4 juillet 2019

image La chronique de Pierre Ganz : Une nouvelle charte d'éthique pour les (...)

Le 30e Congrès de la Fédération internationale des journalistes fera date. Pour la première fois, une capitale africaine, Tunis, a accueilli, du 11 au 14 juin, les représentants des 600 000 journalistes regroupés, via leurs syndicats nationaux, par la F.I.J. Pour la première fois, un africain, le marocain Younes M’Jahed, a été élu à la présidence de cet ensemble. Mais ce que l’on retiendra surtout ici, c’est l’adoption par le congrès de Tunis d’une « Charte d’éthique mondiale des journalistes ».

La Fédération internationale des journalistes porte depuis sa création une attention vigilante au respect des bonnes pratiques professionnelles, corolaire de la défense matérielle des journalistes et de la liberté de la presse. En 1954, elle avait adopté à Bordeaux les « Principes de la FIJ sur la conduite des journalistes ». Mais même amendé en 1986 à Helsingor, au Danemark, ce document datait. « La situation des journalistes dans les années 1950 n’a absolument plus rien en commun avec celle de 2019 », expliquait avant le congrès de Tunis le secrétaire général de la F.I.J., Anthony Bellanger.

Le document adopté à Tunis modernise la réflexion actée en 1954 à partir des travaux les plus récents sur l’éthique du journalisme et des réponses apportées par les journalistes à des questionnements nouveaux, et en s’inspirant de précédents comme la Déclaration des syndicats européens de 1971 dite Déclaration de Munich ou comme la Charte d’éthique professionnelle des journalistes français revue en 2011.

Cette charte mondiale comprend 16 articles. Elle insiste d’entrée sur le rôle essentiel des journalistes pour le bon fonctionnement de la démocratie. Son préambule fonde le travail du journaliste sur un droit affirmé par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « le droit de chacun à avoir accès aux informations et aux idées ». Ce qui exclut toute approche corporatiste de la déontologie du journalisme. Mais n’ignore pas le rappel des responsabilités des pouvoirs publics et des employeurs pour que ce droit soit respecté : « l’exercice [du journalisme] demande du temps et des moyens et suppose une sécurité morale et matérielle, indispensables à son indépendance » souligne également le préambule.

Respect des faits, distinction nette entre leur exposé et leur commentaire, rectification des erreurs, respect de la vie privée, vigilance aux conflits d’intérêt, protection des sources confidentielles : on retrouve dans cette charte les principes bien connus de la déontologie du journalisme.

Mais elle est du XXIe siècle par la prise en compte d’un environnement nouveau. La « prudence dans l’utilisation des propos et des documents publiés sur les médias sociaux » est ainsi portée au rang de règle éthique dans l’article 3. C’est en effet le recul, le souci de recouper et de vérifier, la prise de distance par rapport à l’urgence, à l’émotion et à la passion, moteurs des réseaux sociaux, qui font la différence entre le journaliste et le quidam qui utilise ces réseaux. L’article 5 relève de la même approche, en édictant que « la notion d’urgence ou d’immédiateté dans la diffusion de l’information ne prévaudra pas sur la vérification des sources et/ou l’offre de réplique aux personnes mises en cause ».

D’autres considérations marquent cet ancrage dans notre époque. La responsabilité des journalistes est rappelée vis-à-vis des personnes vulnérables (article 8) ; les « services de sécurité » sont ajoutés à la liste des corps dont il ne faut pas imiter le comportement (article 11) ; le refus de contribuer à propager la haine et les discriminations, notamment de genre (article 9) fonde la responsabilité sociale des journalistes. On notera aussi l’utilisation, dans les versions françaises et espagnoles, de l’écriture inclusive.

Enfin, cette charte introduit une ouverture importante vers les sociétés dans lesquelles s’expriment les journalistes. Elle pose que les juges de paix des bonnes pratiques professionnelles ne sont plus uniquement pour le journaliste « la juridiction de ses pairs » comme l’écrivait la déclaration de Bordeaux mais des « instances d’autorégulation indépendantes, ouvertes au public ».

Pour Anthony Bellanger, ce document sera désormais une référence pour « tous/toutes les journalistes et toutes les rédactions du monde ». On ajoutera que c’est à eux de s’en emparer, pour que ce texte soit connu et les principes qu’il rappelle respectés.

Pierre Ganz

Le texte de la Charte d’éthique mondiale des journalistes est disponible ici : https://www.ifj.org/fr/salle-de-presse/nouvelles/detail/category/principles-on-conduct-of-journalism/article/le-congres-de-la-fij-adopte-la-charte-mondiale-dethique-des-journalistes.html

Même rubrique