Liberté de la presse : score mitigé pour les pays francophones

publié le 3 mai 2018

image Liberté de la presse : score mitigé pour les pays francophones

Le classement de Reporters Sans Frontières (RSF) sur l’état de la liberté de la presse en 2018 est tombé. Si la Suisse et la Belgique caracolent dans le top 10, les autres pays francophones sont de moins bons élèves.
"La haine du journalisme menace les démocraties" : voilà comment s’intitule l’analyse de RSF sur son classement de la liberté de la presse dans le monde en 2018. Toujours en tête du classement, la Norvège et la Suède restent les meilleurs élèves. Les premiers pays francophones du classement sont la Suisse et la Belgique.

Une cinquième place pour la Suisse dûe au fort attachement des citoyens à la liberté de la presse. Dernier exemple en date : le rejet, à plus de 70% des voix, du "No Billag" lors d’une votation (référendum d’initiative populaire). Cette initiative visait à démanteler le service public en supprimant la redevance audiovisuelle.

La Belgique, quant à elle, doit sa septième place à l’arsenal juridique qui protège les journalistes et surtout le secret des sources. Pour rompre ce secret, il faut remplir des critères très précis et très strictes.
Bilan en demi-teinte pour le reste de la francophonie
Le Luxembourg et le Canada arrivent respectivement en 17e et en 18e position. De bonnes places mais qui ne sont pas pour autant exemptes de tous reproches. Le Canada, malgré des efforts, n’assure pas la protection d’une presse libre et indépendante (un journaliste de Vice est toujours en procès, il doit fournir l’intégralité de ses échanges avec une source et une quarantaine de médias indépendants ont mis la clé sous la porte) et la loi C-51 de lutte contre le terrorisme met en danger la liberté d’expression sur internet.

Quant au Luxembourg, avec le refus d’accorder le statut de lanceur d’alerte à Raphaël Halet (l’homme à l’origine de l’affaire des LuxLeaks), il apparaît comme plus préoccupé par la protection des évadés fiscaux que par celle des journalistes.

La France, 33e, est en progression de 6 places mais son score global augmente timidement de 0,37. Elle stagne au même niveau, les problèmes de 2017 existant toujours en 2018. Sa montée vient donc de la dégringolade de pays comme la République Tchèque.

Du côté de l’Afrique francophone, le Burkina Faso occupe la 41e place, en hausse. Le Bénin, dont le président, Patrice Talon, était l’invité d’Internationales, est en chute de 6 places (84e). En queue du classement, le dernier pays francophone est le Burundi (159e).
L’hostilité envers les médias, danger pour la liberté de la presse
Si les pays bien classés perdent des places cette année, c’est notamment à cause de l’hostilité envers les médias, alimentée par des dirigeants comme Donald Trump. Des chefs d’État qui voient la presse non comme un pilier de la démocratie mais comme un adversaire à faire taire. Les reporters deviennent des "ennemis du peuple", une expression de l’actuel président américain, employée en son temps par Joseph Staline.

À côté de ce phénomène, dans les pays plus sensibles, la violence, physique ou morale, se développe à l’égard des journalistes. Exemple en Turquie, où les journalistes sont emprisonnés arbitrairement ou encore aux Philippines, où le président, Rodrigo Duterte, a déclaré qu’être journaliste "ne préserve pas des assassinats". En Birmanie, deux journalistes de Reuters qui avaient couvert le massacre des Rohingyas ont été arrêtés et sont poursuivis en justice : le procureur requiert 12 ans de prison... Soit deux ans de plus que les militaires condamnés pour avoir pris part au massacre.

Source : TV5Monde

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