Maroc : A quoi va servir le Conseil national de la presse ?

publié le 6 juillet 2018

image Maroc : A quoi va servir le Conseil national de la presse ?

Le vendredi 22 juin, après l’élection de 14 de ses membres journalistes et éditeurs, le Conseil national de la presse (CNP) voit pour la première fois le jour au Maroc. Quid de cette nouvelle instance.

Le Conseil national de la presse (CNP) a vu le jour le 22 juin avec l’élection de 14 de ses membres, sept journalistes et sept éditeurs élus par leurs pairs. Au terme d’une campagne marqué par la division de la profession, la liste de sept journalistes « Liberté, professionnalisme et intégrité, conduite par Hamid Saâdani, a remporté la course. Union du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et de la Fédération nationale du journalisme, de l’information et de la communication (FNJIC), affiliée à l’UMT, elle a récolté 981 des 1018 voix des journalistes votants, avec un taux de participation de 43,3 %. A 24 heures du coup d’envoi, les deux listes concurentes – « Le changement », pilotée par Ali Bouzerda et « Fidélité et responsabilité », conduite par Abdessamad Bencherif – s’étaient retirées de la course, arguant que « le résultat est connu d’avance » et remettant en cause les travaux de la commission de supervision des élections. Considérant que le mode de scrutin à liste fermée était anti-démocratique, ils avaient également appelé au boycott du scrutin.
Du côté des éditeurs, les candidatures étaient individuelles. Avec un taux de participation de 62,8 %, sept membres ont été élus du côté des éditeurs. Il s’agit de Fatima Ouarghili (Finances News), Nourredine Miftah (FMEJ), Mohtat Rekkas (Al Bayane), Mohamed Al Hajjam (L’Opinion), Mohamed Selhami (OJD), Abdelmounim Dilami (Eco Medias) et Abdelhak Bakhat (Le Journal de Tanger).
Pour que le jeune CNP soit au complet, sept autres membres seront désignés, parmi des représentants du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), de l’Union des écrivains marocains, de l’Association des barreaux des avocats du Maroc, du Conseil national des langues et de la culture marocaine, ainsi qu’un ancien éditeur désigné par la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) et un journaliste honoraire choisi par le syndicat de la presse.
Comme le dispose la loi instituant le CNP, les représentants élus auront pour mission d’autoréguler la profession. Ils seront amenés à faire respecter les règles déontologiques, à défendre la liberté de la presse, à contribuer à la production des textes de lois relatives au secteur, à délivrer les cartes de presse et à mener des missions d’arbitrage et de médiation entre les organismes de presse et des tiers (déposition d’une société éditrice contre une autre, réclamations contre des organismes de presse…).
Priorité à la déontologie
Pour les élus, journalistes et éditeurs que nous avons contactés, veiller au respect des règles déontologique est l’une des priorités du Conseil. « La problématique de la déontologie est notre véritable souci. C’est un défi. Le Conseil va jouer un rôle dans ce sens dans le but de développer la presse », assure Younes Moujahid, président du Conseil national du SNPM. Il estime que la solution réside notamment dans la « formation continue », mais aussi » par la sensibilisation des journalistes sous les directives d’experts en la matière et dans la mise en place des bonnes pratiques déjà en place à l’échelle internationale ».
Pour Abdelkader Hajjaji, élu issu du SNPM, « la problématique de la déontologie ne date pas d’aujourd’hui au syndicat. Sur la base du travail que nous avions commencé, il y a très longtemps, nous allons essayer de mettre fin aux dérapages, à la diffamation, au plagiat, etc ».
En vertu de la loi, le Conseil national de la presse doit publier dans les six mois qui suivent le début de ses travaux une charte de déontologie professionnelle au Bulletin officiel. Ce texte doit s’appliquer à l’ensemble de la profession, journalistes et organes de presse.
Comme d’autres autorités de régulation, le CNP sera doté d’un pouvoir de sanction. Le Conseil sera notamment en mesure d’imposer des amendes à un organisme de presse s’il estime que celui est en infraction du Code de la presse. Le CNP disposera aussi du droit de retrait provisoire de la carte de presse .
« Il s’agira ainsi de garantir le droit à l’accès à l’information, à veiller au respect de la liberté de presse et à l’expression plurielle des opinions, à renforcer l’indépendance des organes de presse, mais également à veiller scrupuleusement au respect des principes démocratiques », détaille Fatima Ouriaghli, élue arrivée en tête parmi les éditeurs.
Liberté de la presse, oui mais comment ?
Il est aussi prévu que le Conseil national de la presse rende public un rapport annuel sur la situation de la liberté de la presse au Maroc, lequel sera également publié au Bulletin officiel.
« L’actuel état de la liberté de la presse sur le plan national implique que le CNP puisse mettre en œuvre ce à quoi la loi l’autorise, afin de faire avancer la situation. Il s’agit, entre autres, de contribuer à la production des lois qui concernent le milieu », explique Mohtat Rekkas. Et d’ajouter : « Le fait que le Conseil contribue à l’élaboration des lois est une fenêtre pour l’élargissement de la liberté de la presse. Cependant, le Conseil n’a pas vocation à être une institution syndicale ».
Autre rôle du CNP : intervenir dans le cadre de litiges ou de divergences entre des organismes de presse et des tiers. Ceci tout en en respectant les dispositions du Code de la presse. « La commission qui interviendra dans ces cas-là se chargera, à la demande de l’une des parties, d’arbitrer les différends qui les opposent, dans la limite des compétences du Conseil », nous explique Fatima Ouriaghli.
Une instance financièrement autonome ?
Créé dans un esprit d’autorégulation, tant sur le plan décisionnel que financier, le CNP doit veiller à ce que toutes les sociétés éditrices contribuent au budget en versant 1 % de leur bénéfice au Conseil. Outre les contributions des organismes de presse, qui constituent la principale source de financement, le Conseil pourra recevoir des subventions étatiques, des établissements publics ainsi que des dons.
Un mécanisme financier « satisfaisant » selon Younes Moujahid, qui préfère que « le Conseil ne soit pas sujet au financement de l’Etat, à savoir le ministère de la Communication ». Dans ce sens, Mohat Rekkas nous déclare que cette démarche de financement quasi autonome est « une première étape. Et d’ajouter : « L’erreur est toujours possible, mais le plus important c’est que le CNP puisse maintenir sa crédibilité ».


Abdelmounaïm Dilami, ancien président international de l’UPF et Meriem Oudghiri, présidente de l’UPF-Maroc élus au CNP

Abdelmounaïm Dilami, ancien président international de l’UPF (2010-2014) et Meriem Oudghiri, actuelle présidente de la section marocaine de l’UPF comptent parmi les quatorze membres élus au Conseil national de la presse marocaine. Abdelmounaïm Dilami, ancien président de la Fédération marocaine des éditeurs des journaux (FMEJ) a été élu à titre personnel et Meriem Oudghiri a été élue au sein de la liste professionnelle commune au syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et la Fédération nationale du journalisme, de l’information et de la communication (FNJIC).
L’UPF présente ses félicitations aux élus en leur souhaitant bonne chance dans leur nouvelle mission.


« A la suite de l’élection d’Abdelmounaïm Dilami et de Meriem Oudghiri au Conseil National de la Presse, nous publions ci-dessous une interview de la Présidente de la section marocaine de l’UPF parue peu avant l’élection dans le quotidien économique « L’Economiste ».

Conseil national de la Presse au Maroc : « Une fenêtre historique pour notre profession »

Le 22 juin auront lieu les élections des membres du futur Conseil national de la Presse. Une instance qui aura un rôle primordial dans la mise à niveau du secteur. Meriem Oudghiri, Secrétaire Générale de la Rédaction de L’Economiste est candidate sur la liste du Syndicat national de la Presse marocaine (auquel s’est allié le syndicat de journalistes affilié à l’Union marocaine du travail), menée par notre confrère de 2M Hamid Saadani. Elle en explique les enjeux.
L’Economiste : La campagne pour l’élection des membres du Conseil national de la Presse s’achève ce soir avec le vote demain vendredi 22 juin. Quels sont vos arguments pour convaincre les journalistes en faveur de votre liste ?
Meriem Oudghiri : Parler le même langage que nos confrères, en toute transparence. Leur dire que le Conseil est notre instance à tous et que nous sommes le dépositaire de leur confiance. Voter pour notre liste c’est voter pour des compétences et des parcours divers, des profils ayant une expertise reconnue et bâti leur carrière dans le monde des médias au Maroc et à l’international. Voter pour notre liste serait de travailler ensemble pour la mise à niveau de notre secteur et l’amélioration de l’environnement dans lequel nous évoluons tous. Cela signifie le respect des pratiques déontologiques, la rigueur, l’éthique, l’indépendance. Tous ces fondamentaux vers lesquels tend notre profession. Ce sont toutes ces préoccupations et ces défis sur lesquels nous devons travailler ensemble pour restaurer le cœur du métier de journaliste et des médias en général. Ce premier Conseil est une fenêtre historique pour notre profession.
Comment se déroule la campagne électorale ? Sur les réseaux sociaux et sur des sites d’informations, la bataille fait rage…
Pour notre liste, le mot d’ordre a été de mener une campagne propre, la plus digne et la plus saine possible pour un Conseil sur lequel tous les espoirs sont portés et qui est appelé à faire preuve de crédibilité pour être à la hauteur de sa mission. Dès le démarrage de la campagne, une extraordinaire mobilisation et un engouement sans précédent ont été enregistrés au sein de notre profession.
Quels sont les dossiers urgents qui doivent être défendus, selon vous, par le Conseil national de la Presse ?
Le Conseil est un organe d’autorégulation des médias et les missions qui lui sont confiées ont pour objectif ultime de contribuer à une information de qualité et au droit des citoyens d’être informés correctement.
Le Conseil doit être une référence pour ceux qui veulent respecter et faire respecter une déontologie qui doit aussi évoluer, parce que les médias eux-mêmes changent. Les nouveaux outils technologiques, notamment, modifient profondément la manière de produire de l’information. Nous vivons une époque où l’information est instantanée, où la profession du journaliste est attaquée et en cours de route des dérives se sont installées. Il faut réapprendre la notion de l’importance de l’information indépendante et de la qualité du travail de journaliste. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies c’est une marche forcée dans laquelle les codes ont changé, imposent de nouveaux défis et transforment en profondeur la recherche, la production et la diffusion de l’information. Le Conseil va s’atteler à codifier les règles déontologiques, ce qui signifie rassembler ce qui existe, et combler les lacunes, loin des clivages idéologiques qui poussent parfois les uns et les autres à camper sur des positions qui freinent l’action.
Quelle est votre vision pour la mise à niveau du secteur ?
La presse marocaine a encore d’importantes perspectives de développement mais elle est arrivée à un stade où elle a besoin de commencer à penser à sa propre réorganisation, sa modernisation pour pouvoir effectivement continuer son développement. Elle fait face aux mêmes défis rencontrés par les médias dans le monde. Nous vivons de plus en plus selon un mode fondé sur la rapidité de l’information et au centre duquel se trouvent des lecteurs de plus en plus dépendants de l’information. Cette nouvelle donne ne doit en aucun cas constituer une excuse à l’altération de la qualité des médias et de la profession de journaliste.
La régulation ce n’est pas simplement élaborer des règles, c’est disposer également d’une vision structurelle sur ce que nous voulons faire en tant qu’acteur institutionnel de l’espace public.
Quel équilibre observer au sein du Conseil entre les journalistes et les éditeurs ?
Un éditeur ne peut exister sans journalistes et vice versa. Les réunir au sein d’une même structure ne fera qu’avancer le secteur. Les discussions et les débats entre les deux corps n’en seront que plus riches, à condition de ne pas considérer le Conseil comme une structure de revendications. Ce serait là une grosse erreur.
Propos recueillis par Mohamed CHAOUI


Une voix francophone

« La presse francophone a toute sa place dans le paysage médiatique marocain et donc au sein du Conseil national de la Presse », estime Meriem Oudghiri. Elle rappelle que parmi les membres de cette instance figurent des représentants du Conseil national des Langues et de la Culture marocaine qui devra être bientôt mis en place.
« Un signe de la volonté du Maroc de s’ouvrir sur les langues et les autres cultures. Cette pluralité et cette diversité des identités est une chance dans un pays où nous avons la possibilité de parler plusieurs langues », poursuit la présidente de l’Union de la presse francophone, section Maroc.
Selon elle, la francophonie n’est pas simplement une langue, « c’est un ensemble de valeurs de respect, de tolérance, d’humanisme, d’ouverture....Ces valeurs, l’UPF les traduit en actions mobilisatrices, à savoir aider au développement d’une presse francophone indispensable au développement économique, social, culturel ».
La section marocaine de l’Union de la presse francophone va dans ce sens et sa relance il y a un an et demi était arrivée à un moment important de la vie du secteur, notamment avec l’adoption du code de la presse et de la loi sur le droit d’accès à l’information.

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