MEDIAS ET MIGRATION - Menaces pour la démocratie : les populismes ou les migrations, qu’en disent les médias ?

publié le 22 août 2018

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Chaque semaine, une réalité apparaît : la question migratoire, et non pas « crise » tant la situation paraît organisée, menace la démocratie. Parce qu’elle ferait progresser les populismes, disent les médias officiels. Ne serait-ce pas plutôt ces migrations qui, elles-mêmes, sont une menace pour les démocraties ?

Entre procès d’un demandeur d’asile assassin d’une adolescente à Cologne, arrestation et extradition d’un autre meurtrier du même acabit, anti trumpisme généralisé concernant sa politique migratoire, fake news à la Une des magazines (une enfant « mexicaine » – mais qui ne l’est pas – « séparée » de ses parents mais qui n’est pas séparée en réalité), pérégrinations de l’Aquarius et autres navires semblant se multiplier, crise au sein de LR au sujet de « l’identité », accouchement somptueusement médiatisé d’une ivoirienne dans le RER (à partir de 2’) à Paris, vivre ensemble multiethnique trans à l’Elysée, mini sommet de crise (boycotté par des pays de la Mitteleuropa faisant preuve de responsabilité sur ces questions) préfigurant un sommet européen fin juin ou, il y a peu, escalade de façade d’immeuble par l’un des supposés sauveteurs de l’Europe de demain, les semaines se suivent et se ressemblent : la question des migrants occupe l’essentiel de l’espace public. Et cette occupation, symbolique dans l’espace médiatique, mais aussi concrète dans nombre de villes et bientôt de villages, hérisse de plus en plus le poil des peuples européens. Partout, le cri des peuples dit : l’immigration, ça suffit. Les médias officiels entendent-ils aussi peu ce cri que les « élites mondialisées » d’Europe de l’Ouest ? Difficile d’en douter quand, au sujet des migrations entre Mexique et États-Unis, L’Obs peut trouver légitime une fake news telle que celle de la petite fille prétendument séparée de ses parents. Que la photo soit utilisée de manière frauduleuse et qu’elle soit sans rapport avec la question de la séparation des enfants migrants et de leurs parents n’est pas un souci pour l’hebdomadaire. À ce compte-là, pourquoi ne pas publier n’importe quelle photo pour n’importe quel événement ?

Un ordre du jour simple : les migrants
Les européens et les médias officiels n’ont qu’une question importante à l’ordre permanent du jour : les migrants. Un ordre du jour cependant pour le moins orienté. Pire, un ordre du jour dont les effets sont favorisés tant par ces médias que par une partie des gouvernements européens, autour de Monsieur Macron et de Madame Merkel, cette dernière étant prise dans un scandale . Petit tour de piste dans les médias officiels, semaine du 18 au 23 juin :
Le Monde : le week-end du 17-18 juin, le quotidien considère que la question de l’Aquarius se résume à un « piège » tendu par l’extrême droite. Le lendemain, Le Monde, publie une photo émotionnelle en Une, pour annoncer un dossier de trois pages, dossier en forme de récit à bord du bateau.
Le titre ? « L’Odyssée ». Le quotidien a des références grecques antiques semble-t-il, même si sur la photo les revenants de la prétendue actuelle guerre de Troie sont africains et pour nombre d’entre eux musulmans.
Même axe dans Marianne : un récit à bord de l’Aquarius, reportage de trois semaines qui insiste néanmoins sur le naufrage de la politique migratoire européenne.
En règle générale, en ce début de semaine, outre ces deux exemples, la majeure partie des organes de presse s’intéresse à la situation de l’Aquarius et note que « l’errance » (Le Figaro, 18 juin 2018) de ce navire a conduit l’Union Européenne à revoir sa feuille de route concernant les migrations, ce qui ne se fait pas sans divisions.

Le cas allemand
L’Aquarius n’est cependant pas le seul événement lié aux migrations. Au contraire, ces dernières occupent amplement l’espace public. En Allemagne, par exemple, quand le ministre de l’intérieur lance un ultimatum à la Chancelière Merkel, en plus de l’accusation portée par ailleurs contre la Chancelière, concernant la validation sans réelle vérification des profils de plus de 1000 demandeurs d’asile. L’Allemagne, un pays où selon Le Figaro près de « 90 % des habitants réclament une accélération des expulsions des migrants illégaux ». Pour France 24, par ailleurs hébergeur d’un site aidant les migrants à venir en Europe, la « droite allemande » et le ministre de l’intérieur « d’extrême droite » imposent « un ultimatum de deux semaines pour une solution européenne au défi migratoire », « ultimatum » qui provoque bientôt un mini sommet de crise sur cette question, puis l’annonce déjà indiqué d’un sommet à venir. À ce stade :
l’ensemble des médias continue à analyser les migrations du seul point de vue de la situation des migrants et de ce que communiquent des ONG qui, pour nombre d’entre elles, sont maintenant clairement identifiées comme étant des organes politiques en faveur des migrations (voire leurs organisateurs) et non des outils de protection de victimes.
Ces mêmes médias conservent une analyse binaire, la palme revenant ici au Point, en accusant toute volonté de politique autre que celle de l’actuelle UE de politique venue des tréfonds d’une prétendue extrême droite, concept fort heureusement discuté par ailleurs. Cette conception binaire saute aux yeux quand l’un ou l’autre média officiel évoque l’Italie.
Côté allemand, la machine de défense des politiques migratoires actuelles et l’idéologie des frontières ouvertes en vue de sauver la démographie européenne (tel est l’objet de la politique migratoire imposée par l’UE aux peuples européens) se met rapidement en branle. Ainsi :
« renvoyer un migrant, pas si simple »
« populisme et xénophobie, les fléaux de l’Europe »
La lutte en faveur des migrations passerait en Allemagne, comme en France, pays où actuellement circule dans toutes les médiathèques une exposition « bandes dessinées et migrations » diffusant l’idée fameuse selon laquelle les migrations seraient la chance ou le Sauveur des peuples européens, par l’ouverture de « musées de la migration ».

Négation du réel
Notons qu’aucun média officiel ne dit le réel, ne nomme, ni n’accuse clairement. Il est pourtant devenu évident que c’est la politique d’appel migratoire, au prétexte - depuis remisé sous le tapis tant il était grossier - d’accueil de réfugiés des guerres, qui apporte le malheur.
Une politique d’appel et d’ouverture volontaire, qui est responsable de la situation actuelle, de la division de l’Europe, des réactions des peuples européens et des souffrances des africains en route vers l’eldorado promis par les libéraux libertaires au pouvoir. Les prétendus populismes, les migrants, les européens de souche ne sont pas responsables des drames actuels, pas plus que les jeunes femmes violées dans toute l’Europe. La responsabilité incombe aux gouvernements sociaux libéraux en place depuis des décennies.
Ce fait qu’aucun média officiel n’informe ni n’enquête à ce propos est révélateur de la collusion idéologique entre les médias et les pouvoir politiques européens actuels dans leur majorité, les deux ayant officiellement des prétentions démocratiques. Ce dont les peuples européens semblent douter de plus en plus. Pour l’ensemble de ces médias et de ces politiques, du côté occidental de l’UE, exceptées l’Italie et une frange des pays de l’est, la tragédie en cours incomberait aux populistes, extrémistes de droite, intellectuels émeutiers, médias de réinformation etc. Autrement dit à tous ceux qui n’ont absolument aucune responsabilité dans les décisions politiques ayant conduit à ces tragédies.

Les dangers liés aux migrations, cela n’existe pas ?
En plein cœur de la crise migratoire de 2015 et 2016, diverses voix non officielles s’étaient exprimées, à l’instar de TV Libertés (ce qui souligne combien ce type de médias est une nécessité et parallèlement les raisons profondes de la volonté de les censurer), pour indiquer que la masse des migrants en route vers l’Europe portait forcément en elle des terroristes islamistes assassins. Les médias et politiques officiels hurlèrent alors à « l’extrême droite ». Il s’est avéré qu’en effet ces vagues migratoires ont porté leur lot de tueurs d’européens. Seule une vision idéologique de la situation pouvait empêcher de saisir combien les migrations actuelles sont une menace en règle générale, et sur le plan terroriste en particulier. En juin 2018, les mêmes médias et politiques officiels semblent ne pas voir combien les peuples européens désavouent leurs politiques, envisageant parfois de punir plutôt que d’écouter la voix des peuples, autrement dit de la démocratie. La Croix, continue de considérer que ce qui « menace les démocraties occidentales » est « la peur des migrations » et non pas les migrations en tant que telles. La réalité, contrairement à La Croix, au Monde, Libération, France Inter et autres, les européens et les Français la voient : la violence liée aux migrants est devenue délirante en Europe, et en particulier les agressions sexuelles. La violence, cette réalité que des médias continuent à nier ou minimiser, ainsi le Huffpost et l’AFP le 19 juin 2018.

Occulter l’essentiel
Entre propagande permanente et mensonges récurrents, les médias officiels occultent l’essentiel : ce sont les peuples, européens mais aussi africains qui sont actuellement victimes des politiques migratoires, relayées de manière larmoyante par les médias officiels. Les premiers car ils sont face à une volonté claire de remplacement civilisationnel. Les seconds car ces politiques prétendument humanitaires sont en réalité inhumaines, une inhumanité dont les décideurs de ces politiques sont complices.
L’idéologie du vivre ensemble multiculturel, de la repentance et la volonté de rajeunir la démographie européenne à coups de migrations ne doit pas faire oublier que d’autres politiques sont possibles. Le respect des frontières et des aires civilisationnelles mettront un terme à ce trafic inhumain d’êtres humains que sont les migrations, ainsi qu’une politique souveraine des pays africains, à l’échelle du continent. Pas l’accueil incontrôlé de populations incontrôlables.

Source : Observatoire du journalisme


MEDIAS ET MIGRATION PAR L’UNESCO - Migrations et réfugiés : les médias font-ils bien leur travail ?

UNESCO
(Date non précisée)

Alors que de nombreux médias abordent la question des réfugiés d’un point de vue humanitaire et rapportent l’histoire de ces hommes, femmes et enfants qui fuient leur pays, peu de journalistes sont formés pour couvrir ce sujet, ce qui n’est pas sans conséquences. Ce sont quelques-unes des conclusions des experts réunis le 18 mars à Paris pour un débat thématique sur les médias et la migration organisé par le Programme international pour le développement de la communication (PIDC) de l’UNESCO.

La question du déplacement de populations a été mise à la une par l’exode syrien et ses répercussions sur le Liban, la Turquie, la Jordanie et l’Europe, mais ce problème frappe également le continent américain, les pays d’Afrique de l’Est, l’Afghanistan, l’Iraq et l’Inde, notamment.

Dans ce contexte, les reporters non formés ont du mal à faire la différence entre les termes « migrants », « chercheurs d’asile » et « réfugiés ». Or les « mots ont leur importance », comme l’a fait observer Melissa Fleming, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Une autre conséquence de ce manque de préparation des journalistes, c’est que les médias donnent souvent une image réductrice des réfugiés, qui sont considérés soit comme une menace (les hommes) soit comme un groupe de victimes, selon l’universitaire néerlandais Jacco van Sterkenburg.

Il considère que ces deux approches se rejoignent. Dans les deux cas, elles créent des différences entre « nous et les autres », au lieu de traiter des questions humaines qu’ont en commun les résidents et les nouveaux arrivants.

Dans tous les pays, « les médias ont été manipulés par les dirigeants politiques et se sont trop souvent pliés devant leurs déclarations scandaleuses », a ajouté Aidan White, directeur du Réseau pour un journalisme éthique qui a récemment publié « Moving Stories (link is external) », une enquête internationale sur la couverture médiatique de la migration.
https://ethicaljournalismnetwork.org/moving-stories-international-review-of-how-media-cover-migration.

En outre, comme l’a remarqué Guita Hourani, directrice du Centre de recherche libanais sur l’émigration de l’Université Notre-Dame (Liban), « la formation est indispensable »,
aussi bien pour les journalistes que pour les rédacteurs en chef et non seulement sur les questions déontologiques, mais également pour lutter contre l’intolérance dans la rhétorique politique et replacer les événements dans leur contexte.

L’universitaire turque Nevin Yildiz, de l’Université Hacettepe, a proposé d’accorder une attention prioritaire aux femmes réfugiées, pour faire en sorte que d’autres femmes puissent s’exprimer à travers elles, « car la visibilité des femmes est très restreinte ».
Les experts sont tombés d’accord sur le fait que les salles de rédaction n’étaient pas prêtes pour faire face à cette situation sans précédent et qu’elles avaient besoin de plus de moyens pour informer convenablement sur le sujet.

Fleming a invité les reporters spécialisés dans la question des réfugiés, ainsi que la couverture sociale complémentaire de l’ONU, à promouvoir une meilleure compréhension de ce sujet complexe auprès du public.

« Les médias et les réseaux de journalistes réfugiés ont également besoin de soutien, pour que les réfugiés puissent raconter eux-mêmes leur histoire », a ajouté Mogens Bjerregard, membre du Bureau du PIDC pour le Danemark.

White a conclu que « la migration fait partie de la condition humaine, nos nations se sont construites sur la migration », d’où la nécessité de remettre en contexte et de s’intéresser de plus près aux raisons.

Le PIDC est le seul forum multilatéral du système des Nations Unies ayant pour objectif de mobiliser la communauté internationale pour débattre et promouvoir le développement des médias. Non seulement ce Programme apporte une assistance aux projets de développement des médias, mais il favorise également le débat international sur les questions importantes relatives aux médias.

A l’issue du débat, le Bureau du PIDC a convenu d’entreprendre des actions de suivi pour promouvoir les bonnes pratiques professionnelles et des normes déontologiques de haut niveau dans ce domaine.


MEDIAS ET MIGRATION – couverture médiatique de la migration : l’influence des différents médias sur l’opinion publique au Maroc

Par Elisabeth Byrs et Julia Burpee

Elisabeth Byrs est consultante en communication et journaliste, ancienne porte-parole aux Nations Unies.
Julia Burpee est consultante en média et développement et journaliste, spécialisée en questions audiovisuelles

REMERCIEMENTS
Salaheddine Lemaizi, journaliste, spécialisé dans les questions migratoires dont les conseils et les articles sur le traitement médiatique de cette question au Maroc nous ont été indispensables.
Nous tenons également à remercier les partenaires du projet, les collègues de l’OIM Maroc pour leurs commentaires et leurs révisions pertinents.
Les journalistes marocains qui ont facilité nos recherches.
Nous tenons aussi à remercier tous les migrants et les membres d’associations, notamment le GADEM (Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants) qui ont partagé leurs expériences.
Massimiliano Di Tota, chercheur en migration, installé au Maroc depuis plus de douze ans.

SOMMAIRE

1. Introduction
1.1 À propos du projet de l’Union Européenne 1.2 Méthodologie de l’étude 1.3 Rapport de synthèse
2. Contexte de l’étude
2.1 Le contexte migratoire au Maroc 2.2 Le paysage médiatique
3. La couverture médiatique de la migration au Maroc depuis les années 2000
3.1 La presse arabophone 3.2 La presse francophone 3.3 Les réseaux sociaux
4. L’influence des médias auprès de l’opinion publique
4.1 Statistiques de l’audience des différents média 4.2 L’audience des réseaux sociaux 4.3 L’audience de la presse écrite en ligne 4.4 L’audience de la presse papier 4.5 L’audience de la radio 4.6 L’audience de la télévision
5. Le futur paysage médiatique au Maroc et son impact potentiel sur l’opinion publique de la migration
6. Recommandations
7. Conclusion
8. Bibliographie

https://morocco.iom.int/sites/default/files/MÉDIA%20ET%20MIGRATION%20OIM.pdf


MEDIAS ET MIGRATIONS INTERNATIONALES - par Pierre Henry, Directeur général de France terre d’asile

Par Pierre Henry, Directeur général de France terre d’asile.
Dossier paru dans le site de Grotius international

L’image du migrant ne fait pas « conscience commune » ici comme ailleurs, aujourd’hui comme hier. L’altérité semble toujours menacer l’identité. Autrui chez moi c’est pourtant moi chez lui ! Les migrations font peur en France comme ailleurs en Europe. S’ils ont une mémoire, les Français d’origine italienne, polonaise, portugaise en riraient presque pour leurs aïeux ; leurs compatriotes de l’autre côté de la Méditerranée beaucoup moins tant les préjugés ont la vie dure.

Les outils porte-parole de la peur de l’autre ont acquis une puissance inégalée avec les médias de masse. C’est par leur intermédiaire que la peur conquiert ses lettres de noblesse. Car la peur ne naît pas dans les choux. Elle se construit. Elle s’élève patiemment à force d’engrais, de paroles azotées et susurrées. Elle grandit avec force dès lors qu’elle est exposée dans les lieux officiels – palais et autres bâtiments publics marqués du sceau de la République. Elle prospère dans des forums politiques, des symposiums. Et sûrement, elle s’étale dans les salles à manger à l’heure du vingt heures.

La peur ne se tue pas par décret, c’est sa force. Depuis près de trente ans le schéma est sensiblement le même : le politique agit et les médias audiovisuels « gros porteurs » relaient le message. L’invasion est un programme politique, l’invasion est au programme médiatique.

Les trois peurs constitutives de la figure de l’altérité : le nombre, l’insécurité, l’identité. Elles sont étroitement liées à la production d’images récurrentes et spectaculaires de l’immigration. L’exclusion, la délinquance, l’islam radical se mettent facilement en boîte. Des situations de squats, l’insécurité en banlieue, l’agression d’un retraité ou encore les propos d’un illuminé extrémiste font dès lors facilement sens à la télévision, davantage en tout état de cause que les réussites de l’intégration.

Il suffit d’ethniciser les récits, l’origine supposée des auteurs de délit ou de révolte sera volontiers mentionnée – africaine, asiatique, maghrébine, alors que ces personnes sont le plus souvent françaises- pour évincer durablement la question sociale, parce que grossière, forcément grossière. Face au chômage de masse, il est utile de trouver des substituts détournant de légitimes colères populaires. Le thème de la concurrence économique des étrangers avec les nationaux, voire entre les étrangers en situation régulière et irrégulière est un argument simpliste qui fonctionne à plein en ces temps de crise.

Certains politiques l’utilisent sans vergogne contre toutes les évidences statistiques.
Mais comment en est-on arrivé là ? Le modèle économique des médias est évidemment à interroger. Le management des équipes de journalistes dans la plupart des rédactions est soumis à l’urgence et la non spécialisation. La thématique immigration est reléguée à la colonne « faits divers » dans la plupart des JT, voire de la presse écrite. La concurrence exacerbée entre les supports médiatiques, la modélisation moutonnière des formats, la répétition des sujets garantissent le succès, l’audimat et alimentent l’angoisse. Chaque jour dans le miroir, le buzz se regarde. La perception tient lieu de réalité.
Dans un tel cadre, il n’est nul besoin de hiérarchiser l’information, ni parfois de la vérifier. Il suffit de la reproduire pour lui imposer son caractère de vérité et la faire consommer, digérer à l’opinion publique. Il reste alors à appeler cette dernière à la rescousse à coups de sondages pour justifier le choix précédent.

Les migrations, sujet de raison et de prévisions, deviennent vite objet de division. Les médias vous reflètent, les médias vous conduisent. Il ne reste plus alors aux commentateurs autorisés qui constituent « l’oligarchie des visibles » de prospérer sur un océan de passion.

Un intérêt partagé bien compris
Les réseaux industriels et financiers, le lobby industriel de la sécurité, les amitiés politiques et médiatiques, ont beaucoup et depuis longtemps contribué et collaboré dans la construction d’un imaginaire du risque migratoire et de ses produits dérivés : l’étranger du dehors et du dedans. Il ne s’agit nullement d’un complot mais de la constitution – et dès lors de la préservation – d’intérêts croisés.

C’est que dans l’ère de la gouvernance par la peur se développe un véritable marché de l’industrie de la sécurité : des milliers de kilomètres de murs virtuels avec des senseurs, des capteurs et autres matériels de surveillance technologique, de la biométrie, des drones et des aéronefs pour surveiller les frontières, les déserts, les espaces marins comme les zones ghettoïsées. Spot image, Boeing, Dassault, Bouygues et quelques autres y font recette.

Les barrières migratoires prolifèrent dans la mondialisation, dressent des clôtures entre le Sud et le Nord, mais pas seulement. Dès que des différentiels économiques apparaissent quelque part, les hommes construisent des murs !

Ces questions complexes ont rarement droit de cité dans les médias « chauds » tout comme les sujets liés au défi démographique mondial, aux déplacements climatiques, aux migrations Sud-Sud. Le point de vue des pays d’origine est le plus souvent nié et le choc des représentations ignoré. Dès lors, la place est béante pour les confusions, les amalgames, les stratégies électorales de court terme, et les déclarations peuvent proliférer sur fond d’affrontement des civilisations.

Une exigence démocratique et un travail commun
Arrivés à ce point il nous faut pourtant apporter quelques nuances et notes d’espoir ; les médias sont pluriels, la journée a 24 heures, les programmes aussi et les journalistes, avant de constituer une communauté homogène, sont d’abord des citoyens qui manifestent bien souvent leur empathie à l’égard des migrants.
Si le pluralisme des médias est certainement un facteur essentiel pour l’élaboration d’une société démocratique, pacifique et citoyenne, les professionnels des médias sont aussi nombreux à participer à un travail critique sur leur métier et leur pratique. Parfois même, et dans un registre plus concret, les journalistes se moquent d’eux-mêmes en tournant au ridicule l’objet-même de leurs errances.

Lors du démantèlement de la « jungle » de Calais, deux jours avant le top de départ de l’opération, il y avait environ une caméra pour cinq réfugiés et une chaîne anglaise avait même réquisitionné un hélicoptère en dépit des interdictions de survol de la zone… La machine alors a dérapé, au grand dam du metteur en scène ministériel qui dénonça une grave dérive médiatique avec le reportage de Canal + d’un humour très politiquement incorrect intitulé « Adoptez un afghan de compagnie »… Et la créature échappa encore à son concepteur devant une préfecture où se tenait un débat sur l’identité nationale quand un édile de la République déclara devant les caméras de France 2 à propos des immigrés : « On va se faire bouffer… Il y en a déjà dix millions en France, dix millions payés à rien foutre »… C’est alors le Front national qui sourit.

Les médias piègent et sont piégés. Tout ceci finit par former un jeu dangereux dont il est difficile de comprendre les règles. C’est pourquoi, établir des chartes, des codes éthiques pour normaliser et harmoniser les pratiques, fait sans doute partie de l’exigence démocratique. C’est de Rome et de l’Italie Berlusconienne que vient l’exemple, avec l’adoption en juin 2008 par le Conseil italien des journalistes d’un code de conduite sur les reportages relatifs aux problèmes d’asile et de migrations.

Cette « Charte de Rome », élaborée par l’association des journalistes italiens et la fédération italienne de la presse nationale, en collaboration avec le Haut commissariat aux réfugiés, contient des lignes directrices visant à assurer que les informations concernant les demandeurs d’asile, les réfugiés, les victimes de la traite et les migrants (sur le territoire italien) soient précises, justes et impartiales, et obtenues dans des conditions légales et respectueuses de la dignité humaine. La Charte appelle aussi à ce que les problèmes de migration et d’asile soient inclus dans les programmes de formation des journalistes ; un observatoire autonome et indépendant, chargé de contrôler régulièrement le traitement médiatique des questions migratoires, sera aussi mis en place. Assurément, un exemple à suivre.

C’est ainsi, en rassemblant les bonnes volontés démocratiques et républicaines, en déconstruisant le discours dominant et en cessant d’appuyer sur les fêlures d’une société pour éviter sa rupture, que nous accroitrons nos chances de vivre ensemble.


MEDIAS ET MIGRATION – publication de l’ouvrage « Médias, migrations et cultures transnationales » sous la direction de Tristan Mattelart

« Médias, migrations et cultures transnationales »
Sous la direction de Tristan Mattelart

Année : 2007

Pages : 160

Collection : Médias-Recherches

Éditeur : De Boeck Supérieur

ISBN : 9782804153366

ISBN version en ligne : 9782807305045

Présentation

Comment les populations issues de l’immigration articulent-elles, dans leurs pratiques de consommation médiatique, leurs différentes appartenances culturelles ? Quels usages les groupes politiques de l’exil font-ils des moyens de communication transfrontières ? Comment les États répondent-ils aux logiques transnationales qui régissent la circulation des médias et des migrants ? Dans quelle mesure les publics diasporiques constituent-ils de nouveaux marchés pour les industries culturelles du Nord comme du Sud ?

Rompant avec une tradition de recherche privilégiant la représentation des populations d’origine immigrée dans les médias nationaux, cet ouvrage collectif, organisé autour de ces interrogations, analyse les principaux enjeux transnationaux que suscitent les flux concomitants de médias et de migrations.

Introduites par un long chapitre de mise en perspective théorique, les contributions de ce livre éclairent ainsi tour à tour les tactiques mises en œuvre par les minorités noires en France pour pallier les carences de leur représentation télévisuelle ; les stratégies qu’a développées le cinéma indien pour séduire ses publics diasporiques ; les efforts de l’État turc pour interdire les télévisions par satellite kurdes ; la manière dont les chaînes par satellite arabophones ont été reçues dans l’Hexagone, tant par la classe politique que par les populations d’origine maghrébine ; et, enfin, l’utilisation politique des radios cubano-américaines de Miami.

À travers cette réflexion sur les croissants flux transnationaux de médias et de migrations, c’est à une exploration des défis que recèle la déterritorialisation de la culture, de la politique et de l’économie à l’heure de la mondialisation que nous convient les auteurs de ce volume.

Il s’adresse à ce titre non seulement aux étudiants et chercheurs en information, communication ou médias, mais aussi aux sociologues et politologues, de même qu’à un plus large public.


MEDIAS ET MIGRATION - Migration, chiffres et médias : du problème de l’accès aux données à l’utilisation des statistiques par les médias

Par Alain Bleu, diplômé du Master professionnel en « Conception de projets en coopération internationale »de l’Université de Poitiers / laboratoire de recherche Migrinter. En 2011, il a participé au lancement d’un programme mené par l’Institut Panos Paris (IPP) sur la couverture médiatique des migrations à destination des journalistes de sept pays européens et africains. IL est actuellement journaliste indépendant.

La migration, l’immigration font parfois les titres des journaux et bulletins d’informations. Elles sont le plus souvent représentées à travers des faits collectés directement par les journalistes ou produits par les agences de presse. Les migrations sont aussi traitées par le biais de débats relayés – et même nourris – par les médias. Mais la représentation médiatique des migrations passe aussi par les chiffres. Des chiffres qui alimentent parfois des polémiques. Un souci se pose en ce que les données chiffrées (statistiques, sondages, chiffres des ministères) représentent une catégorie d’information délivrée au public qui n’est pas produite directement par les professionnels des médias. Pourtant, ceux-ci introduisent ces éléments dans l’actualité et les présentent souvent comme des informations en tant que telles. Les journalistes sont-ils suffisamment prudents ?

C’est en réalité toute une série de questions qu’il faut se poser pour concevoir que l’on doit nécessairement soupeser ce que représentent et ce que valent les statistiques sur les migrations dans les productions médiatiques. Par exemple, peut-on réellement appréhender avec des chiffres un contexte migratoire étendu à plusieurs pays lorsqu’on veut représenter les routes migratoires sub-sahariennes remontant vers l’Europe ? Comment fait-on ? Les chiffres sur la migration en Mauritanie sont-ils fiables ? Si l’on veut tenter d’y croire, il faudra réfléchir à la disponibilité, à la fiabilité puis à l’objectivité des données statistiques. Ensuite, il faudra mettre en perspective ces données les unes avec les autres pour que l’on puisse éclairer ces faits migratoires réduits à l’état de chiffres.

Il faudra encore rechercher dans quelle mesure les chiffres – catégories et proportions à la fois – sont appropriés à la lecture journalistique de l’actualité. Et parmi les questions qui doivent être posées, celle-ci : comment les journalistes s’y prennent-ils pour traiter les statistiques qui nous amènent à de nouvelles lectures de l’évolution des sociétés ?
En matière de migration, ces données disent beaucoup et peu à la fois. C’est bien là une difficulté : on s’aperçoit que l’on parle de phénomènes importants, désignant des millions de migrants, avec probablement très peu de chiffres fiables à la clé. Il se trouve que ces données ont une valeur narrative particulière, et même emblématique.

Est-ce pour cette raison que les médias semblent en consommer souvent et les intègrent rapidement dans leurs productions informatives ? Et que sait-on en fin de compte de la façon dont le public perçoit ces données numériques ? Les estimations sur le nombre supposé de migrants sub-sahariens traversant des pays musulmans ou le nombre de migrants africains improprement qualifiés d’« illégaux » par les médias doivent-elles être traitées comme de l’information ?
Quelle que soit leur source, les chiffres sur les migrations pourraient bien stimuler les préjugés et crispations de certaines opinions publiques. Ne doit-on pas s’interroger puisque les médias sont la clé de leur diffusion à grande échelle et qu’ils ont la main sur leur interprétation finale ?
Il convient évidemment de se préoccuper des enjeux de la qualité et de l’usage des statistiques sur les migrations, notamment lorsque celles-ci entrent de plain-pied dans le champ politique. Il en résulte une question finale qui ne peut être éludée : quelle est la responsabilité des journalistes dans l’utilisation de ces chiffres parfois suspects aux proportions toujours saisissantes ?
Les statistiques ne sont certainement pas toujours fiables, alors les journalistes le sont-ils face à elles ?

1. Accès aux données, qualité, disponibilité des chiffres, profils de producteurs et… intentions prévalant à l’élaboration de certaines catégories statistiques
Tout professionnel de l’information qui veut travailler sur le thème des migrations peut avoir intérêt à trouver des données synthétiques et faciles d’accès offrant une vue d’ensemble et aussi vraisemblable que possible d’un contexte géographique ou sociétal, incluant des focales dans des domaines plus thématiques (migrantes, catégories d’emploi des migrants, atteintes ou défense des droits, dynamiques des diasporas, etc). Mais on se doit de comprendre la difficulté des professionnels de l’information de produire des articles citant les données avancées notamment par les géographes et les sociologues qui sont parmi les plus fines et aussi les plus intéressantes, mais circonscrites à des études difficiles à détecter. Généralement, on se contentera des statistiques provenant des institutions qui les produisent (UNHCR, Eurostat, INSEE, etc.) et de centres de recherche bien connus.
On peut aussi compter sur des données à la fois rassemblées et pour une part produites par des associations comme la CIMADE, ou de données transitant par des agences de presse qui se chargent d’en donner une première lecture, lorsque par exemple est édité le rapport d’Amnesty International.
A l’utilisation, quelques chiffres suffisent car dans un article ou un reportage, il ne peut être question de proposer différentes catégories de statistiques, seul un angle est traité. Cependant, une recherche plus volontaire finira par confronter le journaliste à la question de l’origine des statistiques, et plus encore, à la raison de leur production (l’intention), et à l’utilisation politique qui pourra en être tirée.
Le problème est bien là : pour le journaliste, le risque de simplification ou de manichéisme est réel. Les statistiques sont des indications évoluant vers le statut d’information déterminante, alimentant souvent des discours politiques et les représentations de l’opinion publique. C’est fortement le cas pour les statistiques des migrations et des catégories de migrants. Alors, comment produire de l’information fiable lorsque les chiffres sur lesquels on s’appuie sont trop généraux, mal compris, et lorsque l’on veut définir exactement ce à quoi ils se rapportent ?

La qualité des sources
Le problème ne se situe pas seulement dans l’accès aux données, mais aussi dans la sélection des sources. Il faut principalement privilégier les sources indépendantes et le moins possible celles des autorités ou de certains instituts officiels dont les missions sont orientées, et mettre au conditionnel les sources policières ou judiciaires lorsqu’on les cite. Parfois, certains oublient.
Le problème est que les chiffres pleuvent et qu’on finit parfois par ne pas se préoccuper de leur origine ni de leurs conditions de production. Les journalistes ne sont d’ailleurs pas en situation de bien analyser ces conditions de production de sondages par exemple (qui sont perçus comme des statistiques tendancielles par le public) ni les supposées statistiques policières afin d’en déterminer le bien fondé. C’est bien le cas avec ces chiffres qui demandent pourtant des précautions étant donné la façon dont sont construites certaines catégories statistiques intégrant des logiques policières et judiciaires.
En effet, les données que saisissent les agents de la force publique obéissent à des normes internes aux services, à des positions personnelles, aussi. Elles ne sont pas recueillies dans des conditions professionnelles et strictes de collecte de données selon des standards de qualité exigeants. Elles n’ont rien à voir avec le travail minutieux de statisticiens travaillant dans des instituts et dont c’est le métier.
Qualifier de statistiques les données produites par les services de police pose donc problème. Or ce sont bien ces données publiées par les ministères de l’intérieur que les journalistes (ou des journalistes) traitent au même niveau que des statistiques de l’OCDE, de l’INSEE ou de centres de recherche.
A signaler aussi : certains chiffres ne sont pas si bien « sourcés » que l’on pourrait le croire. C’est bien ce qui surprend, car la norme exige que cela soit le cas. Dans certaines études spécialisées, des chiffres sont repris à partir d’autres études, mais lorsqu’on veut remonter à leur origine exacte (date, auteur, producteur), on est bien en peine d’identifier la première fois que ces chiffres ont été publiés et il faut un certain acharnement pour remonter la piste.
Prenons encore un autre champs, celui des statistiques internationales sur les migrations où sont couverts de larges territoires : comment expliquer des statistiques générales impliquant des millions de migrants lorsque l’on sait si peu sur quelques milliers dans certains pays ? Et comment les tenir pour acceptables dans des pays où les recensements ne sont pas précis ? (en Afrique par exemple). Pourtant, l’Union Européenne se base sur ce type d’estimations dans ces pays pour compléter l’assise de ses programmes migratoires.
A-t-on jamais su exactement combien de migrants vivaient en Libye avant la guerre ? On parle de 1 à 2 millions d’étrangers, notamment d’origine subsaharienne. Le chiffre n’est pas précis. Apparaît aussi la fourchette de 1,5 à 2,5 millions de migrants pour une population libyenne de l’ordre de 6,4 millions de personnes. Mais il ne s’agit plus là des seuls migrants sub-sahariens, puisque l’on inclura des chinois, des philippins, des marocains, des égyptiens, des pakistanais, des indiens, etc. Tout est réduit à des estimations. Quel sérieux peut-on accorder à des estimations aussi imprécises ? Et au moment des guerres, quelles précautions prendre pour faire face à l’affluence des estimations dans des régions en crise ? Ces estimations ne sont parfois même pas mises au conditionnel.

La qualité et la disponibilité des données est donc une priorité pour une utilisation sensée des statistiques, quantités, estimations dans l’espace informatif public. Dans un document intitulé « Utopie, science et statistiques officielles. Réflexion sur le recours aux registres statistiques administratifs pour la production statistique »[1], deux auteurs belges, le sociologue Patrick Deboosere et la démographe Godelieve Masuy‐Stroobant font le lien entre la qualité, l’utilisation des statistiques et leur rôle social : « Chaque grand débat de société fait usage de statistiques. Aussi est-il impératif que les statistiques officielles répondent à des normes élevées de qualité et qu’elles soient accessibles à tous les acteurs politiques et sociaux. (…). Les statistiques alimentent le système nerveux d’une société moderne, et il importe donc grandement que les politiciens, mais aussi les médias, les organisations sociales et les citoyens soient convaincus de l’importance qu’il y a à produire des statistiques fiables et de bonne qualité. »

Sur qui compter ?
C’est là tout le problème. Les sources telles que les ministères de l’intérieur, tout le monde en convient, sont discutables (mode de collecte des données, interprétations électoralistes par les ministres ou candidats). Les sources fiables sont insuffisantes, irrégulières, occasionnelles, presque confidentielles parfois (il faut du temps pour trouver ce que l’on cherche).
Bien sûr les rédactions des médias connaissent bien les publications de différents organismes fortement dotés en moyens et qui ont une politique de communication de leurs production. Rien ne garantit que leurs données soient toujours indiscutables, mais elles sont produites professionnellement. Ces organismes élaborent des statistiques migratoires au niveau international, en premier lieu dans ce domaine, il faut citer l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Réparties entre plusieurs départements, les Nations Unies en produisent souvent et dans des registres variés, tels la Division de la population, la Division de la statistique, les commissions économiques régionales, le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR).
On compte encore parmi les mastodontes de la production de données l’OCDE, la Commission des Communautés européennes, l’Organisation internationale du Travail (OIT), Eurostat.
Par ailleurs, des ONG, réseaux, plates-formes produisent ou collectent et compilent eux aussi des données dans leurs registres d’action thématique ou à des niveaux nationaux ou régionaux :
En France on se tournera vers la Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty international France, France Terre d’Asile, le Gisti, le Forum réfugiés, la CIMADE . En Espagne on trouvera la Commission Espagnole d’Aide au Réfugié (CEAR), au Maroc, le GADEM, Groupe Antiraciste de Défense et d’Accompagnement des Étrangers et Migrants.
Des centres de recherche et laboratoires universitaires produisent des données thématiques dans des champs plus concis et thématiques, par exemple : le CNRS, Migrinter, le GERM (Sénégal)
Ensuite des données peuvent être trouvées par le nom de leur auteur ou en effectuant une recherche par mot-clés sur internet, ou en explorant des documents à partir de notes bibliographiques d’ouvrages.

Exemple de producteur de données à prendre avec précaution
Les journalistes peuvent se trouver confrontés à des données qui posent possiblement des soucis éthiques sur les intentions prévalant à leur collecte et sur leur objet.
La revendication d’objectivité par des professionnels de la statistique peut être mise en question et même, contestée. Ce pourrait être le cas avec le Réseau Européen des Migrations (REM)[2] qui compile et harmonise « des données et des informations détenues ou rassemblées au niveau national et européen. En outre, il analyse et synthétise ces informations pour améliorer la comparaison et l’harmonisation au niveau européen. De cette manière, le REM contribue précieusement à l’élaboration des politiques sur la base d’éléments concrets. »
On voit bien ici que l’idée de centraliser des données à l’échelle de l’UE au niveau de cette agence est de fournir des informations « à jour dans les domaines des migrations et de l’asile afin d’appuyer l’élaboration des politiques et la prise de décisions en la matière. »
La mission de cette agence est donc de fournir des éléments précis à la Commission Européenne. Le prisme est celui de l’élaboration de champs statistiques et d’informations pouvant conduire aux commandes passées à ce réseau : ils doivent correspondre aux attentes de la Commission et de ses techniciens, ils doivent fournir ce qui alimentera les décisions et en conséquence, ce qui constituera le discours politique européen en matière de migrations. L’agenda politique au niveau européen qui s’ensuivra amènera les journalistes spécialisés et experts écrivant dans la presse à commenter ces orientations.

Que deviennent les statistiques migratoires dans les mains des journalistes ?

Nous avons pu poser la question de l’accès aux données, de la qualité des statistiques, des profils des producteurs et des intentions qui conduisent à l’élaboration de statistiques. Ceci nous amène à prendre du recul et à réfléchir plus étroitement à la relation entre statistiques et médias. Car ces statistiques sont publiées. Toutes ne sont pas produites par des sources indépendantes dénuées d’arrières pensées politiques. Mais elles sont disponibles et ne demandent qu’à être diffusées, commentées. Les médias ont la main. Que vont-ils en faire ? Et d’abord, d’où vient ce besoin de recourir aux statistiques dans le journalisme ?

L’entrée en scène des chiffres

L’intérêt des journalistes et du public pour les statistiques semble lié à ce qu’elles passent pour être des informations globales et impersonnelles, objectives et rationnelles, qui confortent les besoins de schématisation propres aux formats journalistiques actuels, de plus en plus courts, où peu d’information est traitée, où la gestion de la complexité est vouée à la synthèse permanente. De ce fait, les statistiques sont idéales. Elles sont le résumé confortable d’un travail complexe, qualifié de scientifique ou de technique qui coupe court aux interprétations. Pourtant elles sont commentées et donc, interprétées. Le problème est que les journalistes ne sont pas toujours mieux armés que le public pour décrypter certaines statistiques livrées brutes.
Le journaliste est le médiateur hebdomadaire ou quotidien, ou parfois occasionnel de ces données. Même s’il convoque des experts et autres spécialistes qui en parlent mieux que lui, le journaliste est celui qui met des chiffres dans l’espace public. Le journaliste est un passeur.
Médiatisées, ces statistiques deviennent parfois des questions de sociétés. Mais qui est le passeur pour le journaliste dont on peut se demander à quel point il sait manier les statistiques ?

Une lecture du monde
Les données chiffrées appartiennent-elles aux mêmes catégories d’informations qui s’inscrivent dans notre expérience du monde ? Les médias ne se cantonnent pas à une fonction de diffusion, ils ont une fonction de consécration. Notre compréhension du monde tel qu’il nous est raconté par les médias est donc aussi nourri de statistiques dont les proportions nous affectent (les chiffres de la délinquance) ou dans lesquelles nous sommes nous-mêmes représentés (recensement, consommation).
Elles sont à la fois des outils aidant à la connaissance des sociétés ou de certains de leurs registres, mais elles sont aussi des contributions au regard que les sociétés portent sur-elles mêmes. Elles sont le produit de choix d’études spécialisées décidées en amont débouchant sur des interprétations pour des publics très divers en aval.

Les médias et l’appétit des chiffres
Les médias constituent la fenêtre (ou le moyen) par laquelle les statistiques sont délivrées au public. Ces statistiques commentées ou citées dans des articles participent, comme d’autres informations, à la formation des opinions. Si certaines données sont traitées de façons indicatives par les professionnels des médias, elles peuvent toutefois représenter des quantités, des volumes, des catégories d’idées, de faits, de situations.
Les statistiques permettent aussi de comprendre en un chiffre, un changement dans la société, en économie par exemple. Et le chiffre est en général en augmentation. Certaines statistiques, qui sont relatives au fait migratoire nourrissent l’inquiétude ou l’indisposition des citoyens crispés sur ces questions : “des immigrés, il y en a toujours plus” disent les statistiques et les bonnes gens.
Les statistiques peuvent très bien servir à donner de la consistance aux faits sociaux intenses : « S’appuyant sur les statistiques, les faits divers, les reportages, les médias ont le pouvoir de consolider l’existence d’un fait social en lui attribuant un label et un « visage » : les « apaches » de la Belle Époque, les « blousons noirs » de la fin des années 1950, les « loubards » de la fin des années 1970, les « jeunes des cités » et leurs « violences urbaines » régulièrement « à la une » de l’actualité depuis le début des années 1980. »[3]
Les statistiques commentées présentent l’intérêt de pouvoir devenir des objectivations rendant concret ce qui est abstrait. Elles peuvent être traitées quotidiennement dans les médias, et consommées par le public, prenant une place considérable dans les représentations de l’opinion publique.

Le public et les chiffres
Les statistiques constituent, lorsque l’on se place du point de vue de l’auditeur ou du lecteur de nouvelles, un élément précis de connaissance technique du monde dans lequel on vit. Elles sont, pour certains, perçues comme des faits scientifiques, indubitables, fruits d’un long travail pratiqué sans émotion, au nom de l’intérêt public. Cette connaissance statistique est sans cesse réactualisée, et les médias en sont friands (milliers de migrants en Italie, millions de consommateurs de viande halal…).
Ces informations sont tenues pour être un savoir social utile et compatible avec la vie des opinions publiques, ce que les mathématiques, par exemple, ne sont pas. Elles permettent même de conforter ce que l’on sait déjà : il y a beaucoup de personnes d’origine étrangère en France. Et ce beaucoup est désormais chiffré, et ce chiffre est une précision. Le chiffre démontre, il est sûr, il est incontournable.

Il signifie, il incarne techniquement une réalité qu’on ne pouvait percevoir autrement : chiffres du chômage, nombre de fraudeurs à la sécurité sociale, nombre de personnes vivant dans des logements insalubres, nombre de maghrébins en France, de musulmans…
La donnée statistique mise en évidence, celle qui impressionne, aura toujours une place de choix dans les bulletins d’information.

Les chiffres, de vraies vedettes
Ce qui est remarquable avec eux, les chiffres, c’est qu’ils sont presque toujours en augmentation. Les chiffres ont une puissance frappant l’imagination : ils sont croissants et nous font mesurer soudainement l’avant et l’après. Ils nous permettent de se représenter un état de la société avant et après en moins d’une seconde !
Il faut bien le reconnaître, ces chiffres ont une forte valeur narrative. Ils sont un autre levier du récit journalistique. Les données sur les migrations commentées dans les médias sont à la limite de devenir un genre journalistique, surtout en période électorale (et en période d’emballement médiatique, encore plus).
Les statistiques peuvent alors devenir objets de controverses. Et les controverses sont médiatisées, c’est à dire qu’elles envahissent l’espace médiatique des jours durant. Ce sera le cas par exemple avec le nombre de régularisations sous le gouvernement Fillon (2007-2012) ou les nombres fantasmés lors de la crise médiatique de Lampedusa en 2011.
Ces chiffres récurrents qui font l’actualité des migrations dans les médias ne peuvent en disparaître, tant ils font corps avec les représentations actuelles de la majorité des citoyens – et des journalistes aussi. Controversées ou non, médiatisées ou non, les statistiques sont des vedettes des médias.

Comment font les journalistes ?
Savent-il réellement traiter ces données ? Comment font-ils ? On sait que dans les écoles de journalisme la question des statistiques est traitée à un moment ou à un autre. En revanche, le traitement des statistiques par les médias est peu documenté. Nous ne savons pas comment les journalistes s’y prennent, comment ils s’en servent pour alimenter des « papiers », des analyses, des éditoriaux.
Et pourquoi les statistiques, les recensements, la classification chiffrée intéresse-t-elle les médias ? Cela aide-t-il tant à mieux à faire comprendre l’évolution des sociétés ? La façon dont le public reçoit ces informations traitées via les journalistes n’est pas non plus documentée.
L’utilisation des statistiques par les médias pose peut-être problème, et certains s’intéressent à ce qu’ils font des statistiques, comment ils les emploient, s’ils s’en servent de façon pertinente. A défaut de données sur leur usage commentées par les professionnels de l’information, les animateurs d’éducation aux médias (EAM) entraînent des publics populaires à exercer leur sens critique. Des pédagogues demandent à leurs étudiants d’acquérir des compétences spécifiques sur l’utilisation des chiffres par les médias. C’est ce qui ressort de ce questionnaire du Centre ontarien de ressources pédagogiques (CFORP) où sont décrites les compétences que doivent acquérir à l’issue d’une UV les étudiants canadiens francophones d’un cours de mathématiques [4] :
• Interpréter des statistiques présentées dans les médias.
• Expliquer l’emploi approprié et non approprié des statistiques par les médias.
• Évaluer la validité des conclusions présentées dans les médias.

Des chiffres, oui, mais de quoi parle-t-on ?
Les médias ont besoin de statistiques fiables, provenant de sources indépendantes. Ensuite, on leur demande de bien s’en servir et de ne pas se laisser bousculer par l’actualité, sous peine de perdre la maîtrise des chiffres au cours de débats publics où les statistiques et autres estimations sont lancées à la volée. Les approximations polluent des débats.
Mais à quoi se rapportent les chiffres ? Les catégories des statistiques sont aussi à questionner. Le vocabulaire n’est pas fiable, surtout lorsqu’il s’appuie sur des données policières, et encore plus lorsqu’il est manié par le politique…

Le problème des catégories
La séquence politico-médiatique, exemples à l’appui
Donc, à quoi se rapportent exactement les chiffres ? Quelle est leur valeur « politico-médiatique » ? Prenons le cas des « sans-papiers » : non seulement l’intention qui détermine la production des données est sans doute discutable car à usage électoral in fine, mais les catégories auxquels ils se rapportent sont variées. Parmi les sans papiers se trouvent des personnes entrées irrégulièrement sur le territoire (les fameux clandestins), d’autres sont régulièrement entrés et ne sont pas clandestins par leur mode d’arrivée sur le territoire mais en attente de renouvellement légitime de leur titre de séjour, retardé pour des raisons administratives, et sans que cela suppose qu’on n’en veut plus. On compte ainsi des réfugiés, des demandeurs d’asile, des étudiants, des étrangers hospitalisés, des conjoints de français. Or la catégorie « sans-papiers » est une simplification et par un usage médiatique sans suffisante prudence, le « sans papier » est devenu un « immigré clandestin ». Ce problème est connu. Et si l’on ajoute la question de la fiabilité des chiffres des régularisations, l’opacité augmente, là où le doute devrait être levé.
Il faudra donc se préoccuper des catégories comme des nombres. On pourra se pencher ainsi sur le cas du « Huitième rapport établi en application de l’article L. 111-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile »[5] qui présente les données consolidées de l’année 2010 et des données provisoires de l’année 2011, car ce n’est pas clair : François Hollande, candidat à la présidence de la république évoque dans l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2 (le 15 mars 2012) le chiffre de 30 000 régularisations en 2010 en citant ce rapport.
En fait, personne ne dit qu’il ne s’agit pas du nombre total de régularisations mais bien plutôt du nombre de délivrances de titre à des personnes ayant déclaré être entrées irrégulièrement sur le territoire. Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP qui débat avec F. Hollande au cours de cette émission cite 6000 régularisations d’étrangers, chiffre démenti aussitôt par le présentateur qui lui, cite 28 000 régularisations. Un chiffre, selon la dépêche de l’AFP citée dans le Figaro[6], qui était avancé dès le mois de janvier 2012 par le président de la Cimade, Gérard Sadikla.
Nous avons là un cas de figure typique de querelle de chiffres susceptible d’intensifier le soupçon. La question se pose de savoir à quoi se rapportent ces chiffres, car tout dépend aussi de ce que l’on désigne.
De quelles sortes de régularisations s’agit-il, validées par quels titres de séjour, et même sur quels critères (puisque cela détermine le nombre) ? Plusieurs cas de régularisations se présentent : les récépissés pour quelques mois, des autorisations provisoires de séjour, des titres valables un an. Si l’on s’en tient au chiffre de 30 000 régularisations, le problème est qu’il ne se rapporte qu’à ceux des demandeurs de titres de régularisation ayant déclaré être entrés irrégulièrement sur le territoire.
De plus, les critères prévalant à ces régularisations ne sont pas clairement définis : « Il y avait 30 000 régularisations par an sous le précédent gouvernement, dont 15 000 purement discrétionnaires » [7] déclare Manuel Valls lors de l’audition devant la Commission des Lois le 25 juillet 2012.
On ne connaît donc pas le nombre total de personnes régularisées au moment du débat public pour l’élection présidentielle alors que tout le monde a compris que c’était bien de ce dont on parlait. A un moment aussi fort d’une campagne électorale, peu de personnes auront cherché à en savoir plus et mieux sur l’origine de ces chiffres et des catégories relatives, mais les commentaires des internautes dans les pages ouvertes aux réactions dans les sites des journaux déborderont d’avis en réaction à ces chiffres, sans jamais les remettre en question et uniquement pour les commenter.
La maîtrise des chiffres peut donc manquer aux médias, pourtant on attend d’eux qu’ils en fassent preuve.

La responsabilité du journaliste face aux chiffres avancés par le politique
On dira que la responsabilité des journalistes est de peser la valeur de ces chiffres, de questionner leur origine, de les vérifier à nouveau, de remonter dans l’histoire du journalisme et de comparer les traitements de statistiques à des intervalles longs pour vérifier ce qui change dans la façon de s’en servir. Car les chiffres ont des effets considérables sur l’opinion publique. Or ce n’est pas originellement le travail du journaliste que de devoir interroger de telles données, qu’il voudrait tenir pour raisonnablement fiables. Il faut qu’il se concentre sur ses tâches habituelles. En effet, du point de vue de celle ou de celui qui est quotidiennement en salle de rédaction, ces données sont produites par des institutions où travaillent des personnes formées pour traiter professionnellement ces données statistiques. Faire parler des statisticiens, des démographes est évidemment la solution la plus sage. Mais on ne le fait pas toujours. Les responsables politiques s’arrangent pour lancer avant tout le monde les interprétations à donner à certains chiffres. Et les médias embrayent sans que le temps soit donné à la déconstruction des termes ou à l’évaluation des proportions et quantités que les statistiques représentent.
Que les journalistes aient besoin de données chiffrées pour expliquer des faits, contextualiser des situations, éclairer des débats publics, on le comprend. Il faut que tout cela soit fiable, que la prudence soit du lot, qu’on ne fasse pas preuve de légèreté.
En fait, il n’apparaît pas que les questions de déontologie dans les débats de la profession soient envahies de préoccupations sur les données, les chiffres, les statistiques, l’évaluation et le classement des sources. A-t-on suffisamment pensé au problème ?
Quoiqu’il en soit, le journalisme n’abandonnera jamais une source d’informations et de thèmes d’actualité aussi gigantesque et puissante en représentations du monde. Prendre garde à leur utilisation et aux précautions de maniement est impératif pour des professionnels qui ne soupçonnent pas toujours la valeur et la signification réelle des chiffres. Les statistiques traitées par le journalisme d’information, en particulier celles qui concernent les migrations, parce qu’elles alimentent la xénophobie, parce qu’elles impliquent une responsabilité particulière, nécessiterait des études qui en ce domaine ne foisonnent pas. Ces données sont bien trop régulièrement produites et stimulent sans cesse les opinions crispées, elles alimentent immodérément les controverses.

Nous manquons encore de beaucoup d’informations sur certains composants de la « mise en média » de la migration et de la diversité de phénomènes que la migration suscite dans les sociétés (bénéfices économiques ou non, influences macro-culturelles, interactions non-médiatiques entre des populations sédentaires et des populations en mobilité, etc.)
On demande beaucoup aux journalistes, on leur demande d’être à la hauteur des précautions qu’exige le traitement des thèmes dont ils décident eux-mêmes de se saisir avant de rendre public leur travail. Le domaine de l’information et la diversité de ses constituants en font un art difficile.
On pourra excuser les journalistes de ne pouvoir tout maîtriser, mais il faut bien attendre d’eux qu’ils sachent de temps à autre déconstruire les séquences « politico-médiatiques » dans lesquelles ils sont parfois pris au piège par des acteurs qui n’ont pas les mêmes soucis éthiques et déontologiques qu’eux. On peut espérer de la part des professionnels des médias qu’ils déconstruisent parfois certains termes, représentations, catégories caractérisant la migration (les « sans papiers », « les immigrés illégaux ») et regardent un peu plus précisément qui a intérêt a l’emploi de ces termes schématiques et caricaturaux, et comment les chiffres sont utilisés pour donner une apparence de sérieux à des désignations qui elles non plus, ne sont pas fiables.

[1] Patrick Deboosere et Godelieve Masuy‐Stroobant, Utopie, science et statistiques officielles – Réflexions sur le recours aux registres administratifs pour la production statistique et la recherche démographique http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/demo/documents/Deboosere_Stroobant.pdf

[2] Le Réseau européen des migrations (REM) – http://www.emn.intrasoft-intl.com

[3] Texte « réalisé d’après Gérard Mauger », Médias et « délinquance », extrait de La Revue-Médias, n°23, hiver 2009 –
http://www.enfantsenjustice.fr/public/portail_pB.php?id=12&idst=163

[(4] Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques – Unité 1 Gestion de données a une variable http://www.cforp.on.ca/ressources-cforp/incs/pdf/mathematiques/MAP4C/Unite1.pdf

[5] Huitième rapport établi en application de l’article L. 111-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, p72 – http://www.immigration.gouv.fr/spip.php?page=dossiers_det_res&numrubrique=333&numarticle=2664

[6] Le Figaro, 28.000 sans-papiers régularisés en 2010, AFP, 24/01/2012 – http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/01/24/97001-20120124FILWWW00488-28000-sans-papiers-regularises-en-2010.php

[7] http://www.interieur.gouv.fr/Le-ministere/Manuel-Valls/Interventions-du-Ministre/Audition-devant-la-Commission-des-Lois

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