"Médias et Migrations"

publié le 18 septembre 2018

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« Ô mon corps, fais de moi un homme qui interroge », Frantz Fanon


Volontaires, contraints, ou forcés, du Nord vers le Sud. Du Sud vers le Nord. De l’Est à L‘Ouest, les humains, depuis la nuit des temps, n’ont jamais cessé de migrer. Et continueront. Les 47 es assises internationales de l’Union de la Presse Francophone à laquelle l’UJMG (L’Union des Journalistes et Médias de la Guadeloupe) est affilié (et dont RJC et votre serviteur siègent au comité international de l’UPF) auront lieu à Erevan (Arménie) du 9 au 12 octobre 2018, en même temps que le forum économique francophone et le sommet des chefs d’États de la francophonie. Nous aurons d’ailleurs l’honneur d’assister à la conférence de presse de clôture du sommet le 12 octobre. A la conférence Cette année les débats porteront sur le thème "Médias et Migrations". Un thème lié à l’actualité, qui sonde l’intellect, les cœurs et l’esprit. Et notre citoyenneté devenue planétaire. Outre la législation des Etats sur l’émigration, dans une société devenue celle de l’opinion, le rôle des médias, voire leur responsabilité, sur une problématique devenue planétaire, ne peut être neutres. Comme à Montréal, Yaoundé, Rabat, Lomé, Dakar, Madagascar, Conakry, malgré nos faibles moyens, une délégation de l’UJMG représentera le pays de « Guadeloupe ». Comme à l’accoutumée, nous enrichissons notre contribution en portant une réflexion, en amont sur le thème du congrès. D’où cet article


Terre de migration.
Terre d’émigration !

Conquête, nomadisme, cupidité, colonialisme, impérialisme, misère, espérance, rupture, ouverture des marchés, les humains ont toujours migré, et vont continuer. Mais pas toujours pour les mêmes raisons.

Dans notre région des caraïbes, la langue, comme les épidermes et les cultures, portent témoignage de la rencontre des hommes, venus des 4 coins de la planète.
Chez nous l’héritage amérindiens aussi bien dans la langue, les plantes, les sculptures, les ustensiles… les épidermes y sont prégnants. Ayons ici une pensée pour ces « premiers » « migrants » arawaks, ou saladoïdes et pour les kalinas tous, originaires, n’ont pas des îles, mais du continent. Ils venaient du Surinam. Comme leurs prédécesseurs arawak, c’est à la rame, dans leurs grandes pirogues, qu’ils sont partis à la conquête des îles, les unes après les autres, chassant ceux qui les avaient devancés, car plus faibles. Et puis il y a eu les conquistadors, sans y être invités, venus d’Europe et saignant l’Afrique.
Chez nous, en Guadeloupe, après l’abolition, les esclaves quittant les habitations de la servitude, une nouvelle main d’œuvre va être recherchée auprès des comptoirs français d’Inde. Les paysans indiens qui franchissent les océans avec des contrats à durée déterminée en fait ne repartiront pas. Ils amènent avec eux les doctrines et pratiques de la médecine traditionnelle.
Notre Guadeloupe comme les sociétés créoles sont donc les héritières de la superposition, et parfois plutôt de la juxtaposition, d’influences culturelles complexes plus ou moins intégrées. Elles sont le creuset d’un processus permanent de créolisation.
Les identités y sont aussi fortes que contradictoires et les représentations peuvent être inférées aussi bien au substrat « indigène initial » (en fait les premiers occupants connus), qu’à la colonisation européenne, aux descendants des africains déportés, ou aux immigrations ultérieures venues de l’orient (« syro-libanais », Inde, Chine). Ces représentations sociales sont les fondements des identités individuelles et
Collectives, mais aussi des conceptions de la santé et de la maladie, y compris mentale
Notre Guadeloupe donc davantage encore que les autres pays de la caraïbe, a été par excellence une terre de migrations. La Guadeloupe a été une terre de passage, de conquête, de la domination et des préjugés, ou d’adoption, pour les peuples venant de tous les continents.
Nous retiendrons que ces migrations ont été davantage subies et imposées pour les uns. Et plus ou moins choisie pour ceux qui fuyant leur pays (guerre civile, misère, sont partis à la recherche d’une espérance meilleure. Au fil des arrivées des peuples sur notre territoire natif- natal « devenu », des cultures, des confrontations, des préjugés y ont aussi débarquées.

Politique migratoire : Le BUBIDOM

Le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer, ou Bumidom, créé en 1963, fut un organisme public français chargé d’accompagner l’émigration des habitants des départements d’outre-mer vers la France métropolitaine. Fondé en 1963, il disparaît en 1981 pour céder la place à l’Agence nationale pour l’insertion et la protection des travailleurs d’outre-mer (ANT), renommée Agence de l’outre-mer pour la mobilité ou LADOM depuis 1992. Il était surnommé "Bimidom" par les Antillais.

Société d’État dotée de la personnalité civile et de l’autonomie financière, le Bumidom est placé sous la tutelle du ministère des DOM-TOM et du ministère de l’Économie. Ses missions sont multiples : information des futurs migrants, formation professionnelle, regroupement familial, gestion des centres d’accueil
Les déplacements des Antillais vers la France durant cette période, s’opèrent aussi dans le cadre de leur service militaire, d’une mutation de la fonction publique ou d’une migration plus spontanée.
D’une façon générale, l’émigration organisée par le Bumidom n’a d’abord été qu’une émigration de travail. Mais avec la multiplication des procédures de regroupement familial, l’émigration organisée par le Bumidom devient au début des années 1970 une migration de peuplement.
Beaucoup pensent que l’époque du Bumidom fut celle du remplacement dans les DOM des migrants par des Métropolitains à qui on assurait une prospérité dans ces colonies vidées de leur force de travail. En même temps, quel que soit le niveau d’instruction des migrants antillais, ils furent embauchés à des tâches subalternes. Généralement dans la fonction publique (hôpitaux, Métro, Poste…). D’autres plus résilients, ont par leur effort et détermination, ont trouvé une véritable ascension sociale et professionnelle. Pour s’élever et réussir.
D’autres hélas ont payé le lourd tribut de la solitude, de la drogue, la prostitution, suicide, et délinquances.
Le Bumidom fut décrié et a été remplacé par l’Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer en 1982., à la suite de l’arrivée de la gauche au pouvoir. Entretemps, il a procédé au déplacement de milliers de personnes vers Paris et la province française. Certaines personnes disent que les conditions d’accueil des migrants n’étaient pas celles qui leur avaient été présentées lors de leur départ : Bumidom, Bumidom, tu nous voles nos frères. Bumidom, Bumidom, ne mens pas. Bumidom, Bumidom, tu fais mal à nos cœurs. Bumidom, Bumidom, nous casserons tes fers. »
De nos jours , c’est un Antillais sur quatre qui vit dans l’Hexagone (plutôt en « Ile de France »), Leur taux d’emploi et leur niveau de formation sont comparables à ceux des autres hexagonaux. Les Domiennes travaillent essentiellement dans la fonction publique, territoriale ou hospitalière. Tandis que les Domiens dans les secteurs des transports, de la logistique ou du bâtiment. Les Domiens de métropole sont plus diplômés que les résidents des DOM. La plupart vit en couple. La situation économique en métropole étant plus favorable que dans les DOM, les Domiens accèdent plus facilement à un emploi en métropole. Au total, 216 000 natifs des DOM ont un emploi dans l’Hexagone en 2008. Par ailleurs, 28 000 Domiens âgés de 15 ans et plus y poursuivent des études : dont, 8 000 Guadeloupéens, 8 000 Martiniquais et 3 000 Guyanais.

L’identité - La Guadeloupe - Une terre créole

Après les amérindiens, à partir de 1492 les Antilles vont voir débarquer marchands, colons et missionnaires. Ils amènent avec eux les représentations en vigueur. Dans le processus de créolisation et de la rencontre, d’autres vagues continueront de se succéder, chacune avec ses traditions versées dans le « melting pot » commun. Notamment du Liban et de Syrie, plus récemment de Chine. Sans oublier la poursuite de l’influence de « l’Hexagone » et des effets de la colonisation, puis de la décolonisation.
Le peuplement des Antilles s’est réalisé par vagues consécutives de migrants d’origines très diverses. Chacune de ces migrations successives, dont certaines étaient des colonisations, a amené avec elle des apports ethniques et culturels propres.

C’est vrai. Si les rapports de force, les combats ou les épidémies, les déportations, ont pu conduire à la prééminence plus ou moins durable de tel ou tel groupe, il en a résulté une société dépositaire de contributions multiples.
Dans le contexte des îles créoles, et surtout chez nous, dont la politique migratoire est de la compétence exclusive de Paris, l’identité, comme la citoyenneté, n’est jamais simple. Le vécu, le bien vivre ensemble chez nous, ne répond pas à l’image d’une « identité-racine » unique, comme en Europe, surtout de l’EST ou ces pays qui, eux, n’ont pas eu des colonies. L’identité chez nous se mofwaz dans une terre irriguée la rencontre heureuse des cultures. Reprenons à notre compte cette citation de Saint-Exupéry « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis »

Nous renvoyons ici le lecteur pour ce qui nous concerne, à « l’identité-rhizome » plurielle développée et j’insiste, en premier lieu par le docteur Hélène, maire du Gosier : « La Guadeloupe, comme les Antilles, préfigure le monde de demain. Puis par Guy Tirolien « J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme. Et le rossignol chante sur plusieurs cordes, finies, nos complaintes monocordes A Edouard Glissant, Chamoiseau, certes à la suite de Gilles Deleuze et Félix Guattari .Aux Antilles la « normalité » et davantage chez nous où les migrations sont « plus ouvertes et sollicitées » se conjugue à partir de représentations multiples et ne s’exprime que dans le pluralisme, des soins, des cultes, des cultures comme des populations. Il y est impossible de se soustraire comme le souligne le docteur EYNAUD, à la rencontre de l’autre, l’étranger, le migrant, tour à tour ancêtre ou voisin.

Chez nous, l’altérité s’y vit ainsi dans la proximité. Même quand ils occupent des « niches écologiques » (ou socioéconomiques) différentes, même quand ils se réfèrent à des systèmes culturels différents, les créoles disposent toujours de matériaux communs."

Droit d’asile européen ? Quid du collorisme !

La France champion du monde de foot ! La polémique combien insultante, au bas de la ceinture et indigne. Dans une France aux racines républicaines et laïques, les déterminismes des origines, ont supplantée, la citoyenneté, la laïcité. Le problème de l’identité trop mal posée, instrumentalisée, est devenue une affaire de politicien, de populistes, surfant sur les peurs, les ignorances, pour justifier les prisons identitaires, les exclusions, les discriminations et pire les « illégitimités ».
L’immigration désigne aujourd’hui l’entrée, dans un pays ou une aire géographique donnée, de personnes étrangères qui y viennent pour un long séjour ou pour s’y installer. Le mot immigration vient du latin in-migrare qui signifie « rentrer dans un lieu ». Elle correspond, vue du côté du pays de départ, à l’émigration. En marge de ce phénomène existe celui de la double nationalité et du nomadisme. La notion d’immigré repose sur les déclarations de lieu de naissance et de nationalité.

Disons-le. Avant que les colorés viennent en Europe, les européens sont venus d’abord chez eux ! D’où leur richesse, la peur du déclassement et cette sécheresse de cœur. Et du retard de développement des « indigènes ». Quid ici non pas de la repentance, mais de la solidarité, et du droit d’asile ? Quid donc de la fraternité et du rôle du Vatican, des laïcs, ainsi que de celle des ex pays Marxistes, où tous les hommes, avec l’international, étaient des frères !

Notre conclusion

Il y- a t- il encore des valeurs en Europe ? C’est un constat avant - gardiste. Les terres nouvelles d’Amériques (caraïbe, du sud, du nord), ces terres de la rencontre rhizomique, sont mieux armés pour la rencontre. Car elles préfigurent le métissage inéluctable et l’efficacité des talents de demain. Il n’y a qu’une seule race, la race humaine. Mais comme partout, chez nous aussi, il y a des retardés de l’histoire, communiant dans l’épiderme, le sexisme, la tradition, l’exclusion, l’égoïsme, le droit du sol, du sang, et de la religion. C’est à croire pour ces « immaculés » qu’il ne faut rien changer. Et pour ces « puristes », retourner aux temps primitifs des cavernes. Donc aux temps obscurs.

Et l’Europe ne fait pas mieux : championne de l’universalisme dans les discours, en matière de migrants elle pratique la discrimination et se montre incapable d’appliquer le droit d’asile, ni même de le réformer. La désunion la menace, en attendant qu’elle accepte son inéluctable créolisation…

DURIZOT JOCELYN

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