Processus de certification pour les médias : L’UPF soutient l’idée d’une labellisation

publié le 4 avril 2018

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Le développement des fausses informations nécessite que les médias dont la raison d’être repose sur des principes de vérification de l’information soient valorisés. Il est en effet essentiel pour la démocratie et la liberté de la presse que les citoyens puissent identifier ces médias. Une labellisation apparait comme un des moyens d’atteindre ce but. C’est pourquoi le bureau international de l’Union de la presse francophone, réuni le 29 mars à Paris, a décidé d’apporter son soutien à l’initiative de Reporters Sans Frontières de mise en place d’un processus de certification des médias afin de mieux lutter contre la désinformation.
En apportant son soutien, l’UPF attire également l’attention sur le fait qu’au sein de nombreux pays francophones, les médias sont encore trop souvent laissés pour compte. Elle rappelle son engagement, pris en 2016 à Madagascar, d’agir pour que des moyens suffisants soient dégagés à l’intention des médias, et que les journalistes perçoivent une rémunération suffisante pour leur permettre d’exercer leur métier en toute indépendance.

Fait à Paris, le 3 avril 2018


Ci-après le communiqué de RSF

RSF et ses partenaires dévoilent la “Journalism Trust Initiative (JTI)”, un dispositif innovant contre la désinformation

Un dispositif d’autorégulation des médias visant à lutter contre la désinformation en ligne, la Journalism Trust Initiative (JTI), vient d’être lancé par Reporters sans frontières (RSF) et ses partenaires lors d’une conférence de presse organisée le 3 avril 2018 à Paris le lancement d’une initiative d’autorégulation innovante, la Journalism Trust Initiative (JTI), que l’on peut traduire en français par Initiative pour la fiabilité de l’information, qui vise à favoriser le respect des processus de production journalistique et à donner des avantages concrets à ceux qui les mettent en oeuvre.

“Dans le nouveau système de l’espace public, les informations fausses circulent plus vite que les vraies : la défense du journalisme suppose de renverser la logique en donnant un avantage réel à tous ceux qui produisent des informations de manière fiable, quel que soit leur statut”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.

La Journalism Trust Initiative consiste à créer un référentiel pour le journalisme sous la forme d’indicateurs sur la transparence des médias, l’indépendance éditoriale, la mise en oeuvre de méthodes journalistiques et le respect des règles déontologiques. Ces normes (ou “standards”) seront établies dans le cadre d’un processus concerté sous l’égide du Comité européen de normalisation (CEN), ouvert à compter du 3 avril 2018 aux acteurs concernés du secteur : médias, associations et syndicats professionnels, instances d’autorégulation comme les conseils de presse et les organismes de réglementation, ainsi que plateformes numériques, annonceurs et représentants des intérêts des consommateurs. Ces normes sont destinées à devenir une référence en matière d’autorégulation des médias et de bonnes pratiques pour tous ceux qui produisent des contenus journalistiques, qu’il s’agisse de blogueurs ou de groupes de médias internationaux. L’adoption des règles ouvrira la voie à un processus de certification.

“Nous avons conçu un dispositif d’autorégulation fondé sur une analyse globale du champ de l’information, qui permet de relier les aspects déontologiques aux questions économiques. Nous croyons profondément que notre initiative contribuera à favoriser l’intégrité du débat public en garantissant le pluralisme le plus large”, a ajouté Christophe Deloire.

Des avantages pourront ainsi être attachés à la qualité et à l’indépendance du journalisme à travers une distribution et un traitement privilégiés par les algorithmes des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, avec pour résultat une meilleure visibilité, une plus grande portée et de plus importantes recettes publicitaires. Des représentants des annonceurs, soucieux d’établir une “liste blanche” de médias auxquels associer leur image, ont par ailleurs affirmé leur intérêt pour l’initiative, qui pourrait leur fournir des critères pour affecter leurs dépenses publicitaires. Le dispositif pourrait aussi servir de référence pour les aides publiques à la presse, offrant ainsi aux médias des sources de financement complémentaires. Il pourra être utilisé par des organes de régulation et servir de base à un label des médias de confiance.

« L’AFP, agence de presse mondiale et multimédia dont la mission est de fournir “une information exacte, impartiale et digne de confiance”, place le combat contre la prolifération des manipulations et fausses informations au cœur de sa mission, souligne la directrice de l’information de l’Agence France-Presse Michèle Léridon. Leader du projet CrossCheck qui a permis à une quinzaine de médias de lutter contre la désinformation avant l’élection présidentielle française, partenaire de différents projets contre les “fake news”, membre du groupe d’experts de l’Union européenne sur la désinformation, l’AFP se félicite de participer au programme Journalism Trust Initiative pour la défense d’une information fiable et de qualité. »

« Alors que le prochain Règlement général européen relatif à la protection des données (RGPD) est prêt à montrer au monde entier l’unité des Européens en matière de protection de la vie privée, cette initiative de RSF est plus que bienvenue, a déclaré Bertrand Pecquerie, directeur général du GEN. Il est évident que nous avons besoin d’une plus grande transparence sur les fournisseurs de contenu, et nous nous accordons sur le fait qu’une référence volontaire et autorégulatrice pour l’ensemble des sources de contenu journalistique constitue une partie de la solution. Le Global Editors Network est prêt à participer - avec d’autres organisations de presse - à la discussion ouverte par la Journalism Trust Initiative »

Le directeur général de l’UER, Noel Curran, a ajouté : "L’UER estime que la présence en ligne d’organisations de médias de service public est essentielle pour soutenir une citoyenneté informée et représente un outil essentiel pour lutter contre la propagation de fausses nouvelles. Un journalisme digne de confiance et de qualité est la marque des médias de service public et l’UER soutient pleinement cette initiative qui aidera le public à identifier des sources fiables et à soutenir un journalisme de qualité."

Le Groupe de travail du CEN sera présidé par Claudio Cappon, ancien directeur général du radiodiffuseur public italien RAI, tandis qu’Olaf Steenfadt, ancien journaliste des chaînes allemandes ARD et ZDF, représentera RSF. Le “Plan de projet” publié aujourd’hui sur le site Web du CEN est dès aujourd’hui soumis aux commentaires et à l’approbation de tous les groupes concernés. Ceux qui soutiendront le document seront ensuite appelés à collaborer pendant une période de 12 à 18 mois, afin d’élaborer les indicateurs, et ce sous l’égide de l’organisme français de normalisation, l’Association française de normalisation (AFNOR), et de son équivalent allemand, le Deutsches Institut für Normung (DIN).

La Fédération européenne des journalistes (FEJ), associée aux réflexions, a formulé des propositions qui ont été prises en compte. Dès septembre 2017, RSF organisait à Bruxelles une consultation préparatoire avec, outre les partenaires, l’Ethical Journalism Network (EJN), la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ), la chaîne allemande ARD, la European Magazine Media Association, RTL Group, l’Association mondiale des journaux (WAN-IFRA), la European Association of Communication Agencies, le Center for Media, Data and Society (CMDS) à la Central European University (CEU) de Budapest, l’Observatoire de la Déontologie de l’Information (ODI), le World Economic Forum (WEF) et le Bureau du Haut représentant de l’OSCE pour la liberté des médias. En février 2017, une réunion de travail était également organisée à Oxford à l’initiative du Reuters Institute for the Study of Journalism.

Le leader des moteurs de recherche, la société américaine
Google, a fait savoir à RSF avoir pris la décision de participer au processus JTI.

« Nous soutenons et encourageons pleinement les initiatives qui garantissent aux marques des environnements numériques sûrs et dignes de confiance. Nous saluons les programmes qui, comme celui-ci, tendent vers plus de transparence, et nous sommes impatients de suivre son évolution », affirme par ailleurs dans une déclaration à RSF Stephan Loerke, le PDG de la Fédération mondiale des annonceurs (FMA).

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