Tunisie : le régulateur veut traquer les infox sur les réseaux sociaux

publié le 4 juillet 2019

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En Tunisie, le régulateur veut mettre fin à la prolifération des fausses informations sur les réseaux sociaux. Ce souhait a été réitéré, le 20 juin, lors de la rencontre internationale organisée à Tunis par la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA), en partenariat avec le Conseil de l’Europe. L’évènement a eu pour thème : « Internet, réseaux sociaux et processus électoraux ».
Dans son allocution d’ouverture, Nouri Lajmi, le président de la HAICA, a mis l’accent sur « l’impact des réseaux sociaux en période électorale et l’importance de la coopération des plateformes en ligne pour traquer la désinformation et faire respecter les règles déontologiques ». Après avoir reconnu l’importance des réseaux sociaux pour libérer l’expression des peuples, par exemple, sous les régimes dictatoriaux, il a rappelé que des problèmes tels que la désinformation et l’insécurité des données personnelles pouvaient engendrer des situations très délicates.

Le président de la HAICA a soulevé également la rivalité entre les réseaux sociaux et les médias traditionnels (radio, télévision, presse écrite) en matière de production de l’information. Il explique dans ce sens que les candidats aux élections se sont saisis des réseaux sociaux en mettant en place des stratégies numériques efficaces par le biais des ” community management ” dans le but d’accentuer leur popularité ou encore de gagner la bataille électorale.
Pour lui, les changements dans la production et la consommation de l’information relative aux élections soulèvent un certain nombre de préoccupations notamment en termes de manipulation, de propagation d’informations malveillantes et de discours de haine, ayant pour visée de créer la confusion dans le processus électoral. Il s’agit également des pratiques de profilage de l’ensemble des électeurs, de solution big data ou de calcul algorithmique pour identifier les indécis.

Le défi consiste pour la HAICA à mettre en place un dispositif pour traquer la désinformation et produire une information crédible. A ce propos le président de la HAICA a laissé entendre que des contacts ont été pris avec Facebook pour la mise en place d’une plateforme de ” fake checking ” (vérifications des faits).
Pour sa part, la responsable du projet du Conseil de l’Europe, Roberta Battista, a fait part du lancement officiel du projet d’appui aux instances indépendantes en Tunisie (PAII-T 2019-2021). Ce dernier vise à accompagner la mise en place des instances constitutionnelles et non constitutionnelles et de leur apporter l’appui nécessaire dans l’exercice de leur mandat.
Le Conseil de l’Europe a décidé dans ce sens d’appuyer l’instance de régulation de l’audiovisuel dans son initiative concernant la mise en place d’un débat national avec les parties concernées sur les défis imposés par les nouvelles technologies en vue de se préparer pour les prochaines échéances électorales.
Cet appui va se traduire entres autres par la mise en place au niveau régional de formations visant à outiller des journalistes pour répondre au phénomène de la désinformation.

Il s’agit également ” d’adapter et de rapprocher le cadre juridique tunisien avec les standards européens approuvés par le Conseil de l’Europe et adopté par le Comité des ministres dans ce domaine “, a-t-elle déclaré.
De son côté l’expert technique auprès de la HAICA pour les questions relatives à Internet et les réseaux sociaux, Riadh Bouhouchi, a estimé que la propagation et l’utilisation massive des réseaux sociaux exige des dispositifs permettant de les contrôler, étant donné qu’ils sont devenus des espaces propices à la diffamation, aux attaques personnelles et aux violations des données personnelles.
Bouhouchi a présenté lors de son intervention des statistiques relatives aux usages quotidiens d’Internet en Tunisie. Ainsi, sur 11 millions de tunisiens, 7 millions sont des utilisateurs de Facebook et plus d’un million et demi ont recours à Twitter. Ces statistiques devraient selon lui, inciter toutes les parties prenantes, en particulier la HAICA et l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE) à plus de coordination pour faire face aux tentatives de désinformation et éviter toute répercussion néfaste non seulement sur le processus électoral mais aussi sur l’opinion publique.

Michèle Léridon, membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel Français (CSA) a passé en revue l’expérience de la France en matière de régulation et lutte contre l’infox. Elle a dans ce sens évoqué la loi française du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information, laquelle oblige notamment les plateformes en ligne (Mozilla, Facebook, google, Twitter) à coopérer et à faire preuve de transparence.
L’obligation de coopération se traduit concrètement par une prise de mesures contre la dissémination d’infox dont notamment la transparence des algorithmes et la mise en avant des contenus fiables, mais aussi par l’envoi d’une déclaration annuelle au CSA.

Pour ce qui est des obligations de transparence renforcée pour les plateformes en ligne durant la période électorale, elles touchent toute information ou contenu relatifs à un sujet d’intérêt général. Il est question aussi de communiquer une information loyale et transparente sur l’identité des personnes payant pour ce genre de contenu et sur celle relative à l’utilisation des données personnelles des utilisateurs.
Léridon a également souligné l’importance du renforcement de l’éducation aux médias pour les élèves et les étudiants dans le cadre de la lutte contre l’infox et la propagation des discours haineux.
Elle a dans ce sens mis en valeur le projet de recommandations aux plateformes adopté le 15 mai visant notamment à lutter contre les comptes propageant massivement des infox.

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