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QUEBEC, Canada, 2-4 septembre 1987

Vers une "institutionnalisation" de la Francophonie

Les 41 participants

16 chefs d'Etat
Bénin : Mathieu Kérékou
Burundi : Jean-Baptiste Bagaza
Comores: Ahmed Abdallah Abderemane
Djibouti : Hassan Gouied Aptidon
France : François Mitterrand
Gabon : Omar Bongo
Guinée : Lansana Conté
Guinée-Bissau : Joao Berriardo Vieira
Liban : Amine Gemayel
Madagascar : Didier Ratsiraka
Mali : Moussa Traoré
Mauritanie : Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya
Rwanda : Juvénal Habyarimana
Sénégal : Abdou Diouf
Togo : Gnassingbé Eyadèma
Zaïre : Mobutu Sésé Séko

10 chefs de gouvernement
Belgique : Wiffried Martens
Canada : Brian Mulroney
Dominique : Maria Eugenia Charles
France : Jacques Chirac
Luxembourg : Jacques Santer
Monaco : Jean Ausseil
Niger : Hamid Algabid
Nouveau-Brunswick : Richard Hatfield
Québec : Robert Bourassa
Sainte-Lucie : John Compton

15 autres chefs de délégation
Belgique : Philippe Monfils, ministre-président de la Communauté française
Burkina Faso : Djibrima Barry, ambassadeur en France
Centrafrique : Jean-Louis Psimhis, ministre des Affaires étrangères
Congo : Antoine Ndinga-Oba, ministre des Affaires étrangères
Côte d'Ivoire : Siméon Aké, ministre des Affaires étrangères
Egypte : Soutros Soutros-Ghali, ministre des Affaires étrangères
Haïti : Luc Hector, membre du Conseil national de gouvernement
Laos : Kithong Vougsay, ambassadeur à l'ONU
Maroc : Abdellatit Filali, ministre des Affaires étrangères
Maurice : Chitmansing Jesseramsing, haut-commissaire au Canada
Seychelles : Danielle de Saint-Jorre, secrétaire d’Etat
Suisse : Edouard Brenner, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères
Tchad : Hissein Grinky, ministre de la Culture
Tunisie : Hedi Mabrouk, ministre des Affaires étrangères
Vietnam : Nguyen Huu Tho, vice-président du Conseil d'Etat

La conférence

Le Sommet de Québec a adopté, dès le premier jour, une série de neuf résolutions sur la politique internationale, qui, certes, apportent peu de nouveautés sur le plan diplomatique, mais témoignent de la vigueur du jeune mouvement francophone et de sa volonté de s'affirmer comme forum international. Ces résolutions portent sur le Tchad, le Liban, l'Afrique du Sud, la situation économique internationale, Haïti, la politique agricole, l'environnement, la guerre Iran-Irak et le Moyen-Orient. Sur ce dernier point, le Canada a fait bande à part, en émettant des réserves sur la reconnaissance du "droit des Palestiniens à l'autodétermination", expression qu'il souhaitait voir remplacer par la notion de "foyer national".

Sur le Tchad, les participants ont évité toute allusion à la situation politique et militaire, se bornant à créer un fonds pour l'éducation, qui est laissé à la générosité des pays. Le Canada a annoncé qu'il doterait ce fonds d'un million de dollars canadiens (4,60 millions de FF).

Une formule similaire a été retenue pour le Liban.

Les participants demandent à l'Iran et à l'Irak l'application "sans délai" de la résolution adoptée le 20 juillet dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU appelant à un cessez-le-feu immédiat.

L'Afrique du Sud est condamnée pour sa politique d'apartheid et les francophones demandent à Pretoria d'ouvrir, sans attendre, des négociations avec la majorité noire. Les pays francophones "s'engagent à maintenir les pressions économiques et politiques sur le gouvernement d'Afrique du Sud", précise la résolution qui demande aux autorités de Pretoria d'entamer "des négociations avec les représentants authentiques de la majorité noire et les autres composantes de la société sud-africaine".

"Le gouvernement d'Afrique du Sud doit clairement déclarer son intention de démanteler l'apartheid, mettre fin à l'état d'urgence, libérer tous les prisonniers politiques (y compris Nelson Mandela) et lever l'interdit frappant le Congrès national africain (ANC) et d'autres organisations politiques anti-apartheid", déclarent encore les participants au Sommet francophone.

Sur ce dossier de l'apartheid, une mesure concrète a été décidée par les francophones, qui consiste à mettre en place un système de "bourses d'études pour venir en aide aux victimes de l'apartheid'. Le Canada a offert 260 000 dollars pour participer à cette "action de solidarité".

La situation économique mondiale et la dette sont abordées en termes très généraux, les participants estimant que cette dernière pose des "problèmes extrêmement difficiles et nécessite un traitement spécial".

Les participants ont, enfin, adopté deux résolutions sur la lutte contre la désertification et les calamités naturelles. La résolution sur Haïti ne dit pas un mot de la difficile situation politique de l'île, mais s'attache aux problèmes de reboisement du pays.

Au premier Sommet de Paris, les francophones avaient été nettement moins ambitieux, se contentant d'une seule résolution, sur l'Afrique du Sud. Celles de Québec prouvent que si, en raison de la diversité des régimes qui composent le mouvement, ils ne peuvent avoir de position très tranchée, ils n'hésitent plus à débattre des grands problèmes mondiaux.

Les décisions pratiques

Contrairement au Sommet de Paris, en février 1986, où les "bonnes-résolutions des participants à la première Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement ayant en commun l'usage du français, étaient, de l'avis général, trop nombreuses, à Québec, les dirigeants francophones se sont attachés à mettre sur pied des projets concrets et réalisables à court terme. Preuve de cet effort : alors qu'en deux ans (1986-1987), 270 millions de FF (46 millions de dollars) ont été dépensés pour la Francophonie, C'est un montant sensiblement égal qui sera affecté à des programmes pour la seule année 1988, la France et le Canada ayant décidé de doubler leur mise.

Cinq secteurs d'activité "porteurs d'avenir" ont été retenus : l'agriculture, l'énergie, la culture et les communications, l'information scientifique et le développement technologique, ainsi que les industries de la langue (technologies appliquées au français). L'accent a été surtout mis sur la formation, l'audiovisuel, les banques de données, et, d'une manière générale, toute l'informatique. Par ailleurs, les institutions multilatérales de la Francophonie demeurent pratiquement inchangées. Ainsi, le Sommet a décidé de .maintenir l'existence et les fonctions d'un Comité du suivi chargé expressément de "transmettre systématiquement les comptes rendus des séances à l'ensemble des membres du Sommet, afin qu'ils puissent exprimer des suggestions et observations". Comme prévu depuis la réunion ministérielle de Bujumbura, en juillet 1987, un Comité consultatif conjoint sera créé, comprenant le Comité du suivi assisté des chefs de réseau et le Secrétaire général de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) assisté de ses directeurs généraux et du contrôleur financier. Ce Comité consultatif sera chargé de donner des avis sur la programmation des décisions du Sommet et d'établir les modalités d'un appui technique de l'ACOT au Comité du suivi. L'ACCT est chargée de l'exécution des actions décidées par le Sommet, soit sur son budget ordinaire, soit grâce à un financement complémentaire. Les Etats contributeurs pourront créditer soit directement leurs comptes, soit des comptes spéciaux créés auprès de l'ACCT, la préférence allant à la deuxième solution. Le Comité du suivi est chargé, pour sa part, d'examiner avant le Sommet de Dakar, en 1989, les rôles respectifs de l'ACCT, des réseaux et des autres organismes de la Francophonie et d'étudier, notamment, la possibilité d'intégrer les réseaux à l'ACCT. Les travaux du Comité du suivi seront présidés par le Canada jusqu'au prochain Sommet, la France et le Sénégal assurant la vice-présidence. Le Canada a aussi profité de la tribune du Sommet pour annoncer qu'il effaçait la totalité de la dette publique de sept pays de l'Afrique francophone subsaharienne. Cette mesure, qui représente 246 millions de dollars américains, touche même le Cameroun qui n'est pas membre du mouvement, mais où les investissements canadiens sont très importants. Les autres pays sont le Sénégal, le Zaïre, Madagascar, le Congo, la Côte d'Ivoire et le Gabon. Enfin, la Francophonie s'est dotée d'une Déclaration de solidarité francophone, mise au point par le Canada et le Québec. Cette charte de la Francophonie affirme les grands principes de solidarité et de compréhension mutuelle entre tous les pays membres, et leur volonté de relever les défis qui s'imposent aux francophones, s'ils veulent que leur seul lien, le français, continue de jouer son rôle de deuxième langue de communication mondiale.

Avec la fixation des Sommets à un rythme désormais régulier - tous les deux ans - la Francophonie s'est, en quelque sorte, institutionnalisée. Si elle n'a pas encore d'hymne officiel, elle a désormais un drapeau. En effet, sur proposition du Niger, le Sommet a adopté, comme couleurs permanentes du mouvement, l'emblème de la conférence de Québec, formé, sur fond blanc, d'un cercle composé de parties rouge, bleu, jaune, vert et violet, symbolisant les cinq continents.