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DAKAR, Sénégal, 24-26 mai 1989

L 'enracinement en terre africaine

Les 41 participants

17 chefs d'Etat
Bénin : Mathieu Kérékou
Burkina Faso : Blaise Compaoré
Burundi : Pierre Suyoya
Comores : Ahmed Abdallah Abderemane
Côte d'Ivoire : Félix Houphouët-Boigny
Djibouti : Hassan Gouled Aptidon
France : François Mitterrand
Gabon : Omar Bongo
Guinée : Lansana Conté
Guinée-Bissau : Joao Sernardo Vieira
Guinée équatoriale : Obiang Nguema Mbansogo
Mali : Moussa Traoré
Niger : Ali Séibou
Rwanda : Juvénal Habyarimana
Sénégal : Abdou Diouf
Togo : Gnassingbé F-yadèma
Zaïre : Mobutu Sésé Séko

9 chefs de gouvernement
Belgique : Wilfried Martens
Belgique  Communauté française : Valmy Feaux, ministre-président
Canada : Brian Mulroney
Dominique : Maria Eugenia Charles
Maroc : Azzedine Laraki 
Monaco : Jean Ausseil
Nouveau-Brunswick : Franck McKenna 
Québec : Robert Burassa
Tunisie : Hedi Saccouche

15 autres chefs de délégation
Cameroun : Luc Ayang, président du Conseil économique et social
Cap-Vert : H. Almada, ministre de la Formation, de la Culture et des Sports
Centrafrique : Jean-Louis Psimhis, ministre des Affaires étrangères
Congo : Jean-Baptiste Tati-Loutard, ministre de la Culture et des Arts
Egypte : Boutros Boutros-Ghali, ministre d'Etat aux Affaires étrangères
Haïti : Yvon Perrier, ministre des Affaires étrangères
Laos : Soubanh Srithirath, vice-ministre des Affaires étrangères
Liban : Abel lsmail, ambassadeur auprès de l'UNESCO
Luxembourg : Robert Krieps, ministre des Affaires culturelles et de la Justice
Madagascar : Jean Bémananjara, ministre des Affaires étrangères
Maurice : Satcam Boolell, vice-Premier ministre
Seychelles : Danielle de Saint-Jorre, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères
Suisse : Klaus Jacobi, secrétaire d'Etat aux Affaires extérieures
Tchad : Ibn Oumar Acheik, ministre des Relations extérieures
Vietnam : Nguyen Huu Tho, vice-président du Conseil d'Etat

La conférence

Le Sommet de Dakar, le premier en terre africaine, entend ancrer plus fortement la Francophonie dans le Sud pour illustrer sa diversité linguistique et culturelle. Pour le chef de l'Etat sénégalais, président du pays-hôte, ce Sommet est celui "de la consolidation, de l'élargissement, de la maturité et de l'enracinement en terre africaine".

Le président François Mitterrand a créé l'événement, dès le premier jour du Sommet, en se proposant d'effacer la dette publique - quelque 16 milliards de FF - qui est due à la France par 35 pays africains les plus pauvres. Pour le chef de l'Etat français, "la France fait ce qu'elle peut dans son domaine, mais il y a d'autres initiatives à prendre entre pays riches pour attaquer le mal à la racine et aller à la source des difficultés des pays en développement. Il faut également que les pays du Sud veillent à ne pas retomber dans le cycle infernal de l'endettement, ils en ont conscience..."

Le Premier ministre canadien, Brian Mulroney a, lui aussi, longuement insisté sur le nécessaire élargissement du dialogue Nord-Sud pour une solution du problème de l'endettement et la promotion de la protection de l'environnement.

Le chef de l'Etat malien, Moussa Traoré, président en exercice de l'OUA, a, pour sa part, insisté sur les zones de conflit, qu'elles se situent en Afrique australe ou au Proche-Orient.

En ce qui concerne la crise entre le Sénégal et la Mauritanie - dont la chaise est restée vide pendant les trois jours du Sommet - le président Abdou Diouf a fait preuve d'esprit de conciliation, en affirmant fortement qu'il faut négocier, et que son pays "ne veut pas la guerre". Le président Mitterrand - dont le ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, a rencontré le président mauritanien à Nouakchott, le 25 mai - a appelé, lui aussi, à la négociation entre les deux pays, sous l'égide de l'OUA, et assuré que "la France ferait tout pour faire avancer les choses..."

Dans une longue intervention consacrée à l'économie, le président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, a notamment traité de la baisse des prix des matières premières et des préoccupations des états africains à ce propos. Un sujet qui, avec l'endettement et les problèmes d'environnement, a occupé la majeure partie des débats.

La condamnation de l'apartheid, le maintien en détention de nombreux prisonniers politiques, notamment Nelson Mandela, le droit à l'indépendance de la Namibie et à l'autodétermination du peuple palestinien, la nécessité urgente de rétablir la paix au Liban, le cessez-le-feu intervenu le 20 août 1988 entre l'Iran et l'Irak ont également fait l'objet de résolutions du Sommet, tout comme l'utilisation du français dans les organisations internationales et la défense de l'environnement. Après Paris et Québec, Dakar a incontestablement constitué un tournant : la Francophonie n'est plus ce cénacle proposé à la défense et à l'illustration de la langue française. Elle est devenue une force publique et économique qui entend désormais peser sur la balance des relations internationales.

Les décisions pratiques

Le Sommet a décidé, sur proposition du Canada, la création d'un fonds spécial pour la protection de l'environnement. En outre, le Canada, par le biais de l'Agence canadienne de développement international, annonce qu'il consacrera 5,5 millions de dollars à la mise sur pied d'un réseau agro-forestier destiné à appuyer les services nationaux du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Les autres domaines essentiels d'action retenus par le Sommet de Dakar concernent la formation, la communication, avec, notamment, l'extension de TV5 en Afrique et la diffusion de Canal France International, une banque de programmes française dans laquelle les télévisions des différents Etats peuvent choisir ce qui les intéresse.

Outre la remise des dettes publiques de 35 pays africains les moins avancés - quelque 16 milliards de FF - la France a décidé de porter sa contribution totale, pour le suivi du Sommet de Dakar, à 237 millions de FF par an, soit le double de la contribution du Canada qui est de 280 millions de FF pour deux ans et demi.

Le Sommet de Dakar s'est également attaché à institutionnaliser les instances du mouvement francophone :

Le Comité international du suivi (OIS) : il est maintenu dans l'intégralité de ses fonctions et de ses pouvoirs : assume son rôle d'arbitrage et d'évaluation des actions confiées aux opérateurs directs du suivi du Sommet et fait rapport aux chefs d'Etat et de gouvernement ; il demeure l'instance finale de coordination et de décision, sous l'autorité des chefs d'Etat et de gouvernement, approuve les projets et affecte les budgets. En conséquence, l'ACCT et les autres opérateurs directs, s'agissant des fonds du Sommet, doivent lui soumettre leurs propositions ; il reflète la diversité de l'espace francophone, et assure une rotation suffisante, tout en garantissant la continuité des travaux.

Le Comité international de préparation (CIP) : il constitue l'instance finale de préparation des propositions de programmation et d'affectation budgétaire à présenter aux Sommets. L'ACCT et les autres opérateurs directs lui proposent les différents projets. Tous les pays participant aux Sommets en sont membres.

L'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) :  elle constitue, par sa qualité d'unique organisation intergouvernementale de la Francophonie découlant d'une convention, une garantie institutionnelle pour la dimension multilatérale devant présider à la conception et à la mise en oeuvre des projets découlant des décisions des chefs d'Etat et de gouvernement ; . elle continue d'exercer les rôles d'animation, de consultation et de concertation du monde francophone, tels que prévus à sa charte ; elle doit enrichir sa mission actuelle par l'intégration, en son sein, du rôle et de la fonction des réseaux du OIS. Il est entendu que la participation à ces réseaux demeure ouverte, sans restriction aucune, à l'ensemble des Etats et gouvernements présents aux Sommets ; elle se voit, en conséquence, investie du mandat de proposition, de programmation et de suggestion d'affectation budgétaire des propositions et suggestions à être soumises au CIS et au CIP selon le cas. En vertu de ce mandat, le secrétaire général de l'ACCT participe, de plein droit, aux séances du CIS, du CIP et au volet Coopération des Conférences ministérielles préparatoires ; elle accueille et gère, dans une perspective de multilatéralisme et de simplification budgétaire, un fonds multilatéral unique destiné au financement des actions engagées par les Sommets. Ce fonds est distinct de son budget régulier.

Les Conférences ministérielles

L'ACCT assume la responsabilité de la préparation et du suivi de toutes les Conférences ministérielles sectorielles convoquées dans le cadre des Sommets. Les Conférences ministérielIes permanentes (CONFR-JES - Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports des pays d'expression française, et CONFEMEN - Conférence des ministres de l'Education des pays ayant en commun l'usage du français), tout en conservant leur autonomie, sont invitées à collaborer étroitement avec l'ACCT dans le cas de Conférences élargies aux autres membres de l'Agence qui ne font pas partie de ces deux Conférences permanentes.

Les organes subsidiaires

Lorsque la mise en oeuvre de projets à long terme nécessite la création d'une structure spécialisée dotée d'une personnalité juridique, l'ACCT est invitée à examiner l'opportunité de créer des organes subsidiaires ouverts à l'adhésion de l'ensemble des participants du Sommet, comme elle l'a fait pour l'institut de l'énergie.

Les autres opérateurs

Lorsque la mise en oeuvre des projets à long terme nécessite le choix d'opérateurs à mission spécialisée, le Sommet en décide, à l'exemple de ce qui a été fait à Paris et à Québec dans le cas de l'Association des Universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF), de TV5 et du Centre d'échanges multilatéraux d'actualités francophones (CEMAF).

Le mandat spécifique confié à l'AUPELF lui confère la qualité d'opérateur multilatéral privilégié du programme majeur UREF (Université des réseaux d'expression française) concernant la recherche universitaire et l'enseignement supérieur. Il en va de même pour TV5 et le CEMAF dans les domaines spécifiques de leur compétence.

Le Comité consultatif conjoint (CCO)

Créé au Sommet de Québec et réunissant le GIS et l'ACCT, le CCO est élargi aux autres opérateurs directs, afin de favoriser la concertation et l'information réciproques une fois l'an.

Le monde associatif

Les chefs d'Etat et de gouvernement reconnaissent la contribution du monde associatif multilatéral francophone. Ils estiment qu'il doit être renforcé dans son rôle de relais. A cet effet, une réunion d'information annuelle avec le CIS lui sera réservée. De plus, le Sommet francophone souhaite que les instances de l'ACCT procèdent à l'examen d'une réforme du Conseil consultatif de l'Agence, réforme faisant de cet organe le lieu fonctionnel de rencontres et d'échanges des associations francophones multilatérales et l'instrument de coordination entre elles. Cette réforme devrait tenir compte des rôles divers de chaque catégorie d'association. Elle pourrait être complétée par la création d'un poste permanent d'agent de liaison chargé des associations, auprès du secrétaire général de l'ACCT.

L'Association Internationale des parlementaires de langue française (AIPLF)

Le Sommet francophone tient à reconnaître le rôle éminent que l'AIPLF, seule organisation interparlementaire des pays francophones, joue dans la construction et le développement de la Francophonie. La représentation des Parlements qu'elle constitue, l'influence qu'elle exerce sur l'opinion, ainsi que les actions de coopération qu'elle a menées, sont un élément important de stimulation pour le succès des projets décidés par les Sommets. Aussi, demande-il au CIS d'organiser la consultation et l'information réciproques.

Enfin, il est décidé que le prochain Sommet se tiendra, en 1991, au Zaïre.